CHAPITRE II
nous avons plus de temps qu'il ne nous en faut pour chercher et trouver un asile...
— Pourvu que nous ne soyons ni espionnés ni poursuivis, répondit le jeune homme, car voici déjà plusieurs fois quej'aperçois se glissant à travers les rochers une omhre humaine... Tenez !... justement... voyez !...
A la lueur d'un éclair, car l'orage n'avait pas cessé, de Montbars, en suivant des yeux la direction que lui indiquait de Morvan, vit un homme qui essayait de se cacher derrière un rocher.
— Sus à l'indiscret, mon ami ! dit-il en s'élançant de toute la force de sou élan.
Deux minutes ne s'étaient pas écoulées que de Morvan embrassait avec une joie sincère son serviteur Alain!...
— Comment se fait-il que nous te trouvions ici à pareille heure ? lui demanda-t-il.
— Vous m'auriez rencontré hier comme aujourd'hui, et demain comme avant-hier, maître, répondit Alain. M. Cointo m'avait prévenu que vous deviez vous ensauver, et depuis lors, je passe toutes mes nuits à rôder sur la grève. Ah ! jour de Dieu! que je suis donc content! Il me semble qu'on vient de me donner un sac déçus. Je ne me sens pas de joie !... A propos
d'écus, maître, je ne vous ai dépensé que mille livres... Mais, venez, l'embarcation vous atlcnd. Pendant le trajet, de Morvan, après avoir hésité, carde Montbars marchait à ses côtés, finit par demander à son serviteur s'il n'avait pas entendu parler de Nativa.
— Ah ! la petite pâlotte de Penmarck, répondit le bas Breton, mais si fait donc que j'en ai entendu parler... elle est même venue pour vous voir.
— Nativa est venue me voir! répéta le jeune homme avec transport, c'est impossible !
— Mais si donc ! la preuve, c'est qu'elle m'a remis un bout de lettre pour vous...
Deux heures après leur évasion du fort Saint- Michel, les fugitifs se trouvaient à bord du navire que l'armateur Cointo avait frété pour eux, et qui les attendait en louvoyant le long de la côte.
Le premier soin de Morvan fut de lire le billet de Nativa.
La charmante Espagnole lui apprenait que son père venait de recevoir l'ordre du roi de quitter la France, et que le comte de IMonlerey et elle devaient s'embarquer pour retourner en Espagne et de là passer à Saint-Domingue!...
— De Montbars, diL-il, en voyant le bouca-