CHAPITRE n
ment, et manqua, tant sa joie fut vive, de tomber en faiblesse.
— Écoute bien, dit de Monlbars; nous allons, mon ami et moi, te prendre chacun par un bras ; au moindre sii^nc de trahison de ta part, le chevalier te donnera de son poignard à travers le cœur, et moi je te brûlerai la cervelle. Je doute qu'aeconnnodé de celte façon, tu en reviennes. Partons!
Le gouverneur, escorté par les deux fugitifs- Ics conduisit à travers un dédale de salles, de portes et de corridors, jusqu'au dehors du fort Saint-Michel. Chaque fois qu'ils rencontraient une sentinelle ou une patrouille, le chevalier appuyait, un peu lourdement peut-être, son poignard sur la poitrine de leur guide, et de Montbars armait son pistolet : aussi le gouverneur s'empressait-il de se faire reconnaître et de répondre au mot d'ordre!
Une demi-heure plus tard , les deux fugitifs et leur prisonnier se trouvaient sur la grève, au bord de la mer.
— Mon ami Chaveignac, dit de Montbars au gouverneur, serais-tu assez complaisant pour nous apprendre quel est l'inventeur de ce piège, que j'appellerai le piège au précipice, dont nous avons manqué d'être les victimes?
— C'est l'abbc Dubois! repondit Chaveignac.
— Et combien devait-il te revenir une fois la cbute exécutée?
— Rien, baron. Je gardais ma place de gouverneur, voilà tout.
— Tu as donc une femme et des enfants dans la misère?
— Non, baron, mais j'ai des dettes de jeu, ce qui est encore une chose plus sacrée.
— De sorte que c'est seulement pour faire honneur à tes engagements, que tu as consenti a entrer dans le charmant complot tramé contre nous?
— Oui, M. le baron, c'est par honnêteté seulement...
— En ce cas, tu cesses d'être coupable à mes yeux... Au revoir, mon cher M. Chaveignac ! Nous ne vous retenons plus.
De iMontbars, en prononçant ces mots, leva le bras et laissa retomber son formidable poing fermé sur la tête du gouverneur, qui chancela un seconde et roula sur la grève.
— J'ai frappé de façon à étourdir ce gredin pendant une bonne heure, à moins toutefois que je ne l'aie tué, dil-il tranquillement à de Morvan : dici à ce qu'il reprenne connaissance