‹ Les boucaniersChapitre 15 sur 22 · DE MOUVAIS · texte numérisé non relu

DE MOUVAIS

rendre demain une visite d'amitié à cette chère sœur, et comme je me trouve être par hasard en fonds et que je n'aurai pas à lui demander d'argent, je profiterai de l'indépendance momentanée de ma position pour prendre ma revanche des humiliations sans nombre dont elle m'a abreuvé tous ces derniers temps !... Tudieu ! je consens a reconnaître mon beau-frère pour le fils de Sa Majesté Louis XIII, si je ne lui fais pas verser des larmes de repentir, à celte bonne petite sœur !... Vous ne pouvez vous imaginer, cher baron, combien, me savoir de l'or dans ma caisse, me donne de gaîté er d'esprit. Je me

sens rajeuni depuis hier, de dix ans.

— Voici mon adresse , cher comte, dit Legoff, en remettant a d'Aubigné un papier plié; aussitôt que vous aurez obtenu une audience, veuillez me le faire savoir.

— Quoi ! vous vous en allez ainsi !

— J'aurais peur de vous déranger en restant. Votre antichambre est pleine de gens qui attendent...

— Ah ! l'excellente plaisanterie ! s'é-

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cria d'Aubigné qui se mit à rire aux éclats, je parie cent louis, monsieur le baron, que vous ne devinez pas en dix quelles sont les personnes que vous avez vues dans mon antichambre.

— Des solliciteurs sans doute, dit Legoff.

— Des solliciteurs ? allons donc! On sait trop bien que j'emploie tout mon temps a combattre la cuistrerie de mon beau-frère, pour que Ton songe à me prendre comme intermédiaire auprès de lui. Pariez-vous les cent louis? Mais

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non, ce serait vous voler. J'aime mieux vous dire tout simplement la chose.

D'Aubigné se renversa dans son fauteuil, donna de nouveau un libre cours a sa bruyante gaîlé, et se retournant vers Legoff :

- Celte foule, cher baron, lui dit-il, qui meuble mon antichambre, est composée uniquement de mes créanciers, que j'ai fait venir...

— Pour les paver? Je ne vois rien de bien plaisant à cela.

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— Pour les payer ! répéta d'Aubigné avec une indignation réelle; vraiment, cher baron, pour qui donc me prenez vous ? Mon beau-frère et ma sœur m'auraient-ils calomnié de telle sorte que l'on me croie tombé à ce degré d'abaissement et de faiblesse, de solder des créanciers qui menacent et qui crient!

— Alors pourquoi avez-vous donc mandé ces braves gens? dit Legoff avec un sourire.

— Ces braves gens ! vous appelez ça des braves gens?

— Dame, cher comte, je ne connais pas vos créanciers, moi.

— Vous n'êtes donc plus sorcier! Quoi, vous ne songez pas que pour que l'on fasse crédit au beau-frère du cuistre, il faut que l'on espère, vu les mauvais bruits répandus sur mon compte par ma famille de Versailles, il faut, dis-je, que Ton espère un bénéfice de mille pour cent! Mes fournisseurs sont d'infâmes spéculateurs qui prennent des billets de loterie sur ma chance au jeu.

— Alors, c'est pour leur adresser des

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reproches que vous les avez fait mander à votre hôtel ?

— Des cœurs endurcis et inaccessibles a tout noble sentiment... ce serait prêcher dans le désert... Vous voyez bien que j'avais raison de prétendre que vous ne devineriez pas en dix comment et pourquoi toute cette foule grouille dans mon antichambre. Eh bien! cher baron, j'ai fait venir mes créanciers pour leur montrer les cinq mille louis de votre placement...

— Vous devenez de plus en plus énigmatique.

— Rien de sensé au contraire et de logique comme ma conduite en cette circonstance. Mes créanciers, à force de crier par dessus les toits que j'étais sans le sol, m'avaient retiré tout crédit et réduit a me nourrir des sermons que ma sœur accompagnait de quelques misérables pistoles. Aujourd'hui, que les marauds ont vu briller et frétiller sur ma table les cinq mille louis de votre placement, ils vont aller crier partout que je suis un escroc cousu d'or. Le reste va de soi seul. Rage du beau-frère, lamentations de mon ingrate soeur, et, ce qui est le point essentiel de la chose, rétablissement de mon crédit et offre de

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