ED6ÈVE
Oui, mon oncle.
DE VGRTEUIL.
Et, qui a pu te porter à une pareille extravagance ?
EUGÈNE
L'ultimatum de la famille dans laquelle je vais entrer de votre consentement.
DE VERTEUIL
Démon consentement, soit; mais te l'ai-je donné pour soi^ tir de l'armée? me l'as-tu demandé, seulement?.. L'ultimatum, dis-tu ? Oh ! mon Dieu ! à quoi t'a servi d'aller dans le monde , pour le juger si mal?.. Tu n'as donc pas d'yeux, d'oreilles ?.... Tous ces braves gens-là... tes futurs parens, qui te font donner ta démission, tu les crois bien résolus à toujours bouder, n'est-ce pas ? Eh bien ! moi, je ne leur donne pas huit jours, la moitié, pour aller gratter doucement à la porte du château.
Air de PrévUle et Taconnet.
L'homme de cour et le chat , son Sosie ,
BoudeDt parfoifi, pour viser à l'effet ;
Mais quand le cbat sent la table servie ,
1 1 fait gros dos , pour être du banquet. (bis.)
Le coni'tisan , quand l'heure au château sonne.
Sait faire aiis.si la patle de veloum ; (bis.)
Il va flatter la bonne main qui donne :
Le morceau tombe, et lui revient toujours. {bis.)
Bien mieux ; écoute : à l'exception de la jolie enfant que tu vas épouser, aucun d'eux ne voudrait plus de toi, si tu ne retournais aux Tuileries avec ton épaulette...
EUGÈNE
Âh! mon oncle!..
DE VERTEDIL.
J*ai pris des informations... sûres; je les connaissais, avant de les avoir vus... Us iront, te dis- je...
EUGÈNE
Qui les y fera aller ?..
DE VERTEUIL
Moi!
EUGÈNE
Vous! Eh! vous n'y allez pas.
Non, c'est vrai, je n'y suis jamais allé... pas plus chez les autres que chez ceux-ci au moins... A seize ans, sous-lieutenant, j'ai été assez sot, tu le sais, pour vouloir aller faire la belle jambe à Coblentz ; ce qui m'a, de mon pied mignon, conduit de ville en ville jusqu' à Pétersbourg , où j'ai troqué mon brillant juste-au-corps, contre une lourde casaque de dragon. Depuis, sous tous les gouvernemens qui se sont succédés, j'ai juré de ne vouloir rien être, et de ne jamais me montrer au château... Quant à mes opinions, elles ont beaucoup varié... L'expérience est un thermomètre, qui les a fait monter et descendre, les miennes ont donc monté et descendu ; mais j'ai eu le bon esprit de cacher mon thermomètre ; j'en ai tant vu de complaisans, que je me suis méfié du mien. J'ai donc pensé tout bas... Dans le monde, je passe pour im athée politique ! au moins , pour un indifférent... Dieu sait pourtant si cela est vrai... Mais ma religion, à moi, maintenant, c'est la France , que je vois comme quelques-uns voient la divinité qu'ils adorent , sans pape ni prophète. . .
AIR : yaiulevillc de Préville et Taeonnet.
J'abandonnai, dans des temps orageux , Le sol natal, au lieu de le défendre; Après la paix, mes frères généreux M'ont pardonné mes torts , m'ont bien touIu reprendre. MaiSj par instans, le remords nae poursuit; Oh ! comme alors je voudrais être athée ! Car, au mot France, une voix là me dit : Celait ta mère , ingrat! lu l'as quittée !..
Mais toi, c'est différent , tu n'as pas quitté le pays... Les évéuemens ont commandé, soldat, tu as obéi... Par le flanc droit , par le flanc gauche , voilà toute ton affaire , et tu viens sottement de la compromettre ; pour qui? pour des gens qui, en politique, ne savent pas ce que c'est qu'une conscience... Ah! s'il y avait eu de cela, encore !.. mais, qu'est-ce (pie leur conscience et la tienne ? de l'ambition et une amourette. Vous êtes, en vérité, tous tant que vous êtes, des hommes de parti bien intéressans!.. Enfin, j'arrive à temps, et tout s'arrangera, j'espère.
El gèm:.
Comment?