LE PROCES DES ROSES OQ
— La cause est entendue. Je vous condamne.
Il dit à la rose moussue :
— Rose moussue, réponds ! Tu es accusée d'avoir, au temps où tu étais une belle fille vendeuse de baisers et de rires, affolé partes perverses caresses, et ruiné et avili un malheureux homme qui demandait à ton sein où l'on s'endort, à ta bouche où l'on se grise, l'oubli des désespoirs anciens. Qu'as-tu à dire pour ta défense ?
Il attend la réponse. Il reprend :
— La cause est entendue. Je te condamne. Ces jugements rendus, il tire de sa poche
un joli instrument, compliqué, fait de bois des îles et d'acier qui luit; c'est une très petite guillotine qu'il a fabriquée, en rêvant, dans ses loisirs.
• Tour à tour, sur la mignonne bascule, il met l'églantine, la rose-thé, la rose moussue ; l'une après l'autre, sous le couteau qui glisse et qui tranche, les fleurs, séparées de
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leurs tiges, tombent dans le sable de l'allée.
Il les ramasse et les regarde longtemps.
11 va vers le fond ombreux du jardin, là où ne passe personne, creuse du doigt dans la terre une petite fosse, y met toutes ensemble les trois suppliciées, les recouvre de sable et de feuilles d'acacia.
Puis, il s'agenouille et pleure jusqu'au soir sur la tombe des roses coupables.