‹ Les boudoirs de verreChapitre 92 sur 102 · LA POUPEE · texte numérisé non relu

LA POUPEE

mes corsages des guimpes de deux doigts, comme à ceux des pensionnaires. J'ai poussé l'oubli de ce qu'on se doit à soi-même jusqu'à ne pas aller aux courses de Longchamps, pour le recevoir chez moi, lui ^eul ! Son esclave, enfin. Et il me trompe. Tu connais cette Russe, Wanda Pétrowna, une extravagante»

pas même jolie, longue et maigre comme une latte, et plate, — une perche de la Neva, — qui s'habille bien, ça c'est vrai, et qui a aux oreilles, au cou, aux doigts, partout, tous les diamants de la terre ? C'est pour elle. Tiens, j'enrage. Que vient-elle faire ici ? Est-ce que nous allons à Pétersbourg, nous, flirter avec les amis de leurs maris ?

— Pauvre Raymonde ! dit la baronne Gilberte, condoléante.

— Oh ! ne me plains pas ! car je me venge.

— Sur lui ?

— Hélas ! l'ingrat ! je l'aime encore.

— Sur elle, alors ?

— Terriblement. Tu te souviens de ce qu'a-

valent imaginé, pour faire souffrir leurs rivales, les princesses amoureuses, autrefois, sous Charles VIII ou sous Louis XIII, je ne sais pas au juste. A cette époque-là, enfin. C'est dans Dumas. Elles prenaient des figures de cire, à qui elles donnaient des noms détestés, et chaque jour, comme l'explique Éliphas Levi, — je suis très savante dans cette question-là ! — « elles leur infligeaient des tortures imaginaires pour atteindre et tourmenter par sympathie celles que les figures représentaient. »

— Eh bien ?

— Eh bien, ce qu'elles faisaient, je le fais ! J'ai acheté une poupée, presque une petite femme, habillée par Worth, coiffée par Anaïs Martin ; je lui ai donné, avec des malédictions, le nom de Wanda Petrowna ; et je me venge.

— Tu es sûre que ta rivale éprouve en effet ce que tu fais subir à son image, qu'il arrive à l'une tout ce qui arrive à l'autre ?

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