ACTE PREMIER
BOULINARD.
De cette façon on est sûr que lorsqu'il sera marié il ne fera pas le jeune homme. Il aura toujours ses 38 ans! Bruniquel est le fils d'un vieil ami avec qui j'ai fait mes premières armes.
PAMÉLA
Tu as donc été soldat?
BOULINARD.
Son père et moi, nous avons fait nos premières armes ensemble dans le comme,ce, ça se dit comme ça. Il occupe un poste important dans une usine métallurgique.
PAMÉLA
Métalleur. . . quoi ?
BOULINARD.
Métallurgique! c'est pour les métaux. C'est un parti superbe, et puis...
CÉCILE
E]t puis, il te flatte.
BOULINARD.
C'est un homme qui m'apprécie, voilà tout.
CÉCILE
Veux-tu mon opinion ? Il n'est pas très franc, ton monsieur Bruniquel, et ce qu'il aime en moi, c'est ma dot.
D ailleurs, puisque Cécile préfère monsieur Botard !
BOULINARD.
Bodard ! Qu'est-ce qu'il est votre Bodard, s'il n'est pas sous-préfet?
PAMÉLA
C'est un charmant garçon!
CÉCILE
11 a dix mille francs de rentes.
BOULINARD.
Qui est-ce qui n'a pas dix mille francs de rentes, aujourd'hui. Tenez, sans sortir de la maison, sonnez à tous les étages, et vous verrez que le moindre locataire a 30.000 francs de rentes. Si Bodard n'est pas sous-préfet il n'existe pas, il n'est rien du tout, et je lui refuse Cécile: Je ne veux pas sacrifier ma fille.
PAMÉLA
Elle sera malheureuse.
BOULINARD.
Tu vois, c'est toi qui lui mets ces idées-là dans la tête.
Mais non, papa.
PAMÉLA
Mais qu'est-ce que tu as donc contre monsieur Bodard ?
BOULINARD.
Moi! mais je désire de tout mon cœur sa nomination !
CÉCILE
Tu dis ça !
ÀCTE PREMIER
BOULINARD.
Tu en doutes? Eh bien, voulez-vous que je vous fasse une confidence? Eh bien, j'ai écrit au ministre pour le prier de nommer monsieur Bodard souspréfet... moi!
PAMÉLA
Toil Tu écris au ministre des postes?
BOULINARD.
Pourquoi des postes?
PAMÉLA
Dame ! Sous-préfet, c'est un poste !
BOULINARD, à part, avec pitié.
Pauvre femme !
CÉCILE
Gomment, papa, tu as écrit au ministre?
BOULINARD.
Je suis citoyen français et contribuable. Je contribue à payer le ministre, il peut bien faire quelque chose pour moi, puisque je le paie.
CÉCILE
Mais il n'y a pas que toi qui payes les impôts.
BOULINARD .
Aussi, je ne lui demande pas toutes les sous-préfectures, je ne lui en demande qu'une. Voici ...du reste la teneur de ma lettre : J'ai fait un brouillon. Quand on écrit àun ministre, il faut faire un brouillon : (( Monsieur le ministre, un jeune homme très distingué, monsieur Paul Bodard, cousin de Gèles-
LES BOULTNARD
tin Bodard, le grand industriel, neveu d'Amable Bodard, le conseiller municipal de Tours, est candidat à une sous-préfecture. Permettez -moi de le recommander chaudement. (Parlé.) Souligné « à votre bienveillance. En somme, qu'est-ce que ça peut vous faire? Une signature à donner et ça y est. Autant celui-là qu'un autre. Comptant sur votre patriotisme, citoyen, je vous prie d'agréer, monsieur le ministre, Tassurance de mes sentiments affectueusement distingués. Aristide Boulinard, rentier.. . P. S. ».
P. S. Qu'est-ce que ça veut dire?
CÉCILE
Post scriptum!
PAMÉLA
Encore des postes?
CÉCILE
C'est du latin ! Ça veut dire : Nota bene.
BOULINARD.
(( p. s. Dans ma propriété de Ghatou je fais des essais d'agriculture, d'horticulture et d'arboriculture. Je crois avoir découvert une nouvelle pomme de terre. »
PAMÉLA
Cet homme-là trouverait des truffes, s'il voulait.
BOULINARD .
<( Une pomme de terre qui se rapproche du navet. Si cet espoir se réalise j'espère que le gouvernement ne m'oubliera pas. »