ACTE PREMIER
Moi, j'attendrai avec impatience mon journal du soir.
PAUL
Alors, si je ne suis pas dans le mouvement, je dois renoncer à l'espoir.
BOULINARD.
Absolument et définitivement. Si vous n'êtes pas sous-préfet je préfère Bruniquel sous tous les rapports. Ma fille a 500.000 francs de dot en beaux billets de banque, elle aura après moi un million au moins... Qu'est-ce que dirait le monde si on apprenait que je l'ai donnée à un homme sans position.
PAUL
Je suis avocat consultant !
BOULINARD.
Qu'est-ce que ça vous rapporte ? Rien !
PAUL
On ne vient pas me consulter, ce n'est pas ma faute.
BOULINARD.
Ni la mienne, vous êtes comme qui dirait un avocat honoraire. J'aimerais mieux un avocat avec des honoraires.
PAUL
Qu'est-ce que j'aurai de plus quand je serai souspréfet ? 5,000 francs, environ.
BOULINARD.
Et la gloire, Monsieur ! à partir du jour où le gou-
vernement vous a nommé sous-préfet, vous avez une auréole administrative, vous êtes - fonotionnaire ; le premier fonctionnaire d'un arrondissement,. c'est-à-dire d'un territoire important Combien y a-t-il de gens qui sont au-dessus de vous, aujourd'hui? Nous sommes des centaines de mille, nous sommes légion. Vous êtes nommé sous-préfet ! Combien y en a-t-il au-dessus de vous maintenant? Je n'en vois plus que trois * le préfet, le ministre et le chef de l'Etat. Vous arrivez quatrième, avec un très bel uniforme et une épée pour commander à toute une population.
PAUL
On peut me révoquer.
BOULINARD.
Jamais, si vous ne faites pas de bêtises et si vous savez vous rallier aux gouvernements successifs que le pays préfère.
PAUL, protestant.
Changer d'opinion.
BOULINARD.
C'est le devoir, moQsieur. Si tous les français changeaient d'opinion en même temps nous serions tous heureux !
PAUL
S'ils n'en changeaient pas, nous le serions bien davantage.
AGATHE) entrant, à Boulinard.
Monsieur.» v'ià l'autre.