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CHARLES-ANDRÉ BOULLE

Des quatre frères, c’est celui-là qui paraît avoir eu le plus de talent. Il porta, lui aussi, le titre d’Ebéniste du roi, et, pour se distinguer de ses frères, il se fit appeler Boulle de Sève. Ce surnom singulier était emprunté au quartier où notre artiste avait ses ateliers et ses magasins. Les uns et les autres étaient situés rue et barrière de Sèvres (on écrivait alors Sève). Ce prolongement de son nom, nous révélant la ferme volonté d’éviter toute confusion avec les Boulle des Galeries du Louvre, laisse croire que les produits de Charles-André devaient être appréciés de la riche clientèle à laquelle ils étaient destinés.

Notre ébéniste avait, comme son père, fait de fortes études. Né le ii décembre 1 685 , dans la maison que sa famille occupait encore au faubourg Saint-Germain, il fut baptisé le lendemain à Saint-Sulpice. De bonne heure, il suivit les cours de l’Académie et, en 170g, à l’âge de vingt-quatre ans, il entra en loge et concourut pour le Prix de Rome. Cette année ce fut François Dumont qui emporta le premier grand prix. Charles- André Boulle n’obtint que la seconde place1. De ce séjour à l’Académie, notre ébéniste conserva des relations assez suivies avec un certain nombre d’artistes en vue.

Ces amicales fréquentations lui valurent même de se trouver compromis dans une affaire de duel ou d’assassinat, qui eut lieu le 16 avril 1741. Ce jour-là plusieurs artistes, les peintres Charles Parrocel, conseiller de l’Académie; Étienne Portreau, peintre de paysages et membre de l’Académie; Ignace Bokelman, peintre en titre du prince de Carignan; le joaillier André Herlest; le sculpteur anversois, Michel

1. Liste des élèves de l’ancienne École académique et de l’École des Beaux-Arts qui ont remporté les grands prix depuis 1 663 jusqu’en i85y, par M. A. Duvivier, de l’École des Beaux-Arts.

LES ARTISTES CÉLÈBRES

Van der Voort. qui. après avoir remporté le premier prix en 1728. avait été agréé comme membre de l'Académie en ipSi : G. F. Schmidt, Prussien de naissance, mais qui allait bientôt être reçu académicien comme graveur* ; le peintre Chantreau, qui travaillait pour le roi de Danemark, et le marchand de tableaux Godefroy, tenant boutique « vis-à-vis la principale porte de Saint-Gcrmain-l’Auxerrois ». s'étaient réunis pour dîner chez un traiteur établi à l’enseigne de la Galère d'Avignon , dans la rue Saint-Thomas-du-Louvre. Charles-André Boulle, qui avait rencontré Godefroy, Bokelman et Herlest à l'entrée du Palais-Royal, était de la partie et figurait, lui neuvième, dans cette réunion joyeuse. A la sortie du restaurant, Godefroy et Chantreau se prirent de querelle et Godefroy fut frappé d’un coup d’épée en pleine poitrine qui l'étendit raide mort. Charles-André dut comparaître comme témoin et sa déposition nous a été conservée 2 .

Il ne parait pas toutefois que cette fréquentation, non plus que le surnom pris par lui, aient beaucoup aidé notre ébéniste à parvenir à la fortune. Quatre ans seulement après la mort tragique de Godefroy le 28 juillet 174? . Charles-André mourait à son tour, laissant une situation des plus embarrassées. Contrairement à ce qui se produisait généralement en ces occasions funèbres, ce ne fut point un de ses parents, mais bien un de ses créanciers qui fit apposer les scellés sur son maigre mobilier. A la première nouvelle de sa mort, Pierre Camus, procureur au Parlement de Paris, auquel, depuis 1741. il devait près de 2,000 livres, s’empressa de prendre toutes les mesures conservatoires. Le commissaire Parent se transporta rue de Sèvres, près de la barrière, au domicile du défunt et. au moment d'accomplir son ministère, fut informé que Charles-Joseph Boulle était venu le matin même, et s’était emparé de toutes les clefs du défunt.

Pierre Camus, le premier opposant, était propriétaire de la maison de la rue de Sèvres, habitée par Charles-André. Sa créance prouve que notre ébéniste ne payait pas régulièrement son terme. Son opposition, suivie de nombre d'autres, montre également que Boulle était un débiteur assez inexact. Parmi ces créanciers figurent notamment le fondeur Nicolas Boudet, établi rue de la Haumerie; Lambert Huffele, compagnon ébéniste; Pierre Mariette, maître fondeur « rue Marivault »;

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