LES ORIGINES
gloire, nommez-lc moi, et je le mets sur sa tête. Mais si vous ne m'en croyez pas indigne, songez que vous défendez en ce jour, vos biens et vos familles. »
Toute l'armée répondit par cette acclamation : « \'ive Philippe! Qu'il règne sur nous tous! Nous mourrons sous ses drapeaux.»
De graves historiens démentent cette légende. On aimerait pourtant à y croire. Elle est d'ailleurs très ancienne et très vraisemblable.
Après Philippe-Auguste, mort le 14 juillet 1225, la troisième race compte encore, dans la ligne directe, qui a gouverné la France trois cent quarante et un ans, sept règnes, ceux de Louis VIII, de Louis IX, de Philippe III, de Philippe IV, de Louis X, de Philippe \' et de Charles IV, le dernier roi de cette ligne.
Pendant ces règnes, le domaine de la Couronne continua de s'accroître. Louis IX surtout l'a beaucoup agrandi. 11 lui a donné les vicomtes de Béziers et de Nîmes, les comtés de Blois et de Chartres, le Velav, l'Albigeois, le duché de Narbonne, le Gévaudan et le Perche. Philippe III y avait ajouté le comté de Toulouse, le Rouergue et le Quercy, lorsque Philippe IV y réunit encore la Champagne, la Brie, la Flandre trançaise, l'Angoumois, la Marche et le Lvonnais.
Ce Philippe IV eut le premier l'heureuse idée de reconnaître otliciellement l'existence du Tiers État, prédestiné à jouer en 1789 un rôle si considérable, en l'appelant dans les assemblées nationales de l'époque.
Mais le règne important de cette période est celui de Louis IX,
qui a été canonisé sous le pontificat de Boniface VIII, par une bulle datée du II août 1297. Ainsi la troisième race compte un saint dans sa généalogie.
Saint Louis ne lut pas uniquement un roi très chrétien. Ce fut encore un roi très habile. On lui doit des progrés très sérieux dans le domaine de la justice et de l'administration. Il mit dans toutes les affaires du royaume de l'ordre et de l'unité. Il raffermit les conquêtes de l'épée et il développa les institutions de paix de son aïeul Philippe-Auguste dont il adopta le système de gouvernement qu'il sut appliquer, en l'étendant, avec autant de bonheur que de sagesse, de prudence et de fermeté. L'art ne lui était pas étranger. C'est lui qui a fait construire la Sainte Chapelle, ce bijou d'architecture dont le temps n'a altéré ni le caractère religieux, ni la beauté mystique.
L'une des principales préoccupations de saint Louis, c'était de remplacer dans les contestations privées, le droit de la force par la force du droit. Il ne se borna pas à instituer des Parlements ou Cours où ces contestations devaient être jugées selon la loi. Il voulut prêcher d'exemple, et il lui arriva souvent, lorsqu'il était à Paris, de se rendre dans la forêt de Vincennes où, assis sous un chêne légendaire, il rendait la justice à ses vassaux avec une rigoureuse impartialité.
L'histoire a justement qualifié saint Louis de dernier héros des croisades. Il a participé à la septième et à la huitième. Il ambitionnait la gloire de rendre aux chrétiens la possession du tombeau du Christ Deux fois il s'embarqua à Aigues-Mortes dans ce but pieux et avec cette pensée grandiose. La seconde fois il partit pour ne plus revenir. 11
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mourut de la peste, le 2) août 1270, sur le sol de l'Atriquc, au milieu des ruines de l'ancienne Carthage.
L'extinction de la ligne directe dans la personne de Charles IV, morl; en 1328. lit monter sur le trône, dans la personne de Philippe M, fils du comte Charles de Valois, frère puiné de Philippe I\', la première branche collatérale de la troisième race qui ait régné.
Philippe VI avait pour bisaïeul saint Louis dont le fils aîné, Philippe III, était le père du comte Charles de Valois, souche de la branche de ce nom. L'héritage royal de Hugues Capet restait donc dans la descendance masculine.
Sous le régne de Philippe \'I, la France acquit le Dauphiné et la seigneurie de Montpellier. Mais il fut suivi d'autres régnes, fréquemment troublés par des vents d'orage, qui soufflaient à la fois du dedans et du dehors, et qui déchaînèrent sur le royaume de violentes tempêtes au milieu desquelles la royauté faillit sombrer.
Ces régnes sont ceux de Jean 11, de Charles V, qui pourtant ajouta au domaine de la couronne le Limousin, l'Aunis et la Samtonge, et de Charles VI. Mais Dieu qui protège la France veillait sur elle. Il suscita, pour la relever de ses malheurs, une héroïne, Jeanne d'Arc, qu'il suffit de nommer pour éveiller les grands souvenirs que la vierge de Domremv a laissés dans l'histoire.
Charles VII, fils et successeur de Charles VI, était monté sur un trône très ébranlé, très amoindri. La vaillante et victorieuse épée de Jeanne d'Arc, dont la gloire devait être couronnée par
un martyre, lui rendit son royaume, affranchi de la tutelle de l'Angleterre.
La branche des Valois a eu trois ram.eaux, qui ont successivement a;ouverné la France.
Le premier ne comprend, après Charles VIL que deux régnes, ceux de Louis XI et de Charles VIII.
Le second commence et finit avec Louis XIL
Le troisième commence avec François L'^ et lînit avec Henri III, mort le i'-''' août 1)89, dans le palais de Saint-Cloud, assassiné par Jacques Clément.
Sans entrer dans de longs détails généalogiques inutiles, nous devons simplement constater que ces trois rameaux appartiennent, par une filiation authentique et certaine, à la descendance masculine de Hugues Capet, puisque tous trois ont eu leur racine dans la personne du comte Charles de Valois, petit-fils de saint Louis.
Pendant cette période, deux régnes seulement ont exercé une action sérieuse sur les destinées de la France. Ce sont ceux de Louis XI et de François l".
Louis XI, qui est mort en 1483, ne doit pas être jugé avec le cœur. Il fut très national, très tenace, dans ses luttes quotidiennes contre la féodalité qui essayait de renaître sous une forme nouvelle. S'il n'eut pas les qualités de l'homme privé, s'il mit trop souvent en pratique la fameuse maxime : Le but justifie le moyen, du moins il ne poursuivit que la consolidation du pouvoir royal et l'établissement de l'unité territoriale. Le domaine de la couronne lui dut l'annexion de
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la Bourgogne et de la Provence, deux vastes et puissants lîcfs de l'ancienne France.
François F'', qui est mort en 1347, eut surtout un caractère chevaleresque et un grand amour des lettres, des arts et des sciences dont il favorisa la renaissance. Il eut aussi un culte trop passionné pour les femmes. On le pardonne volontiers aux princes et aux hommes d'État comme aux poètes.
Le régne de François F"" a été très accidenté. Il poursuivit longtemps la possession du xMilanais. Il y battit d'abord les Suisses à Marignan. Plus tard il v perdit contre les impériaux la bataille de Pavie où il devint le prisonnier de Charles-Q.uint, mais où il combattit si vaillamment de sa personne qu'il put écrire à sa mère, Louise de Savoie, cette lettre restée célèbre : Madame, tout est perdu, hors l'honneur.
On doit à François F'' la fondation du collège de France, l'établissement de l'Imprimerie rovale et la reconstruction d'un manoir féodal de Louis VII, devenu le palais de Fontainebleau. Sous son règne le domaine de la couronne s'accrut du Bourbonnais, du Forez et de la Bretagne.
De François F"'' à Henri III, l'histoire enregistre trois règnes intermédiaires; celui de Henri II qui donna à la France les cités épiscopales de Toul et de Verdun et l'importante place de Metz qu'elle a récemment reperdue; celui de François II, qui abandonna toute la direction des affaires de l'État au duc de Guise et au cardinal de Lorraine, ou à sa femme, l'infortunée Marie Stuart ; celui de Charles IX,
qui ordonna, le 24 août 1572, le massacre des protestants, massacre qui a gardé le nom de la Saint-Barthélcmy, et qu'on ne peut justifier ni par le tanatisme religieux, ni par un calcul politique.
Mais la responsabilité de ce sanglant et terrible épisode pèse surtout sur la mémoire de la veuve de Henri 11, Catherine de Médicis.
Henri III a été le dernier des Valois, qui ont régné deux cent soixante-un ans.
La fin de la vie de Henri III est trop mêlée au commencement de la vie de Henri IV, pour que nous ne fermions pas ici le chapitre préliminaire des origines de la maison de France, péristyle de ce livre.