SCÈNE XV
JOSEPH, puis AGLAÉ.
JOSEPH. — Tiens, son chapeau, au père Patin! Excusez, il est gentil ; il les arrange bien ; je lui en donnerai à retaper.
AGLAÉ. — Bonjour, Joseph.
JOSEPH. — Te voilà, toi?
AGLAK. — Adélaïde n'est pas ici?
JOSEPH. — Pas pour le moment. Elle est en haut, elle va descendre.
AGLAÉ. — Est-ce que c'est vrai que le père Patin est mort?
JOSEPH. — Pourquoi pas enterré?
AGLAÉ. — Dame, on ledit.
JOSEPH. — Ils sont allés avec le père Boireau essayer un méchant cabriolet, que M. Dulégat y a
vendu. Ils n'ont pas plus tôt été deliors la ville, que voilà mon cabriolet, mes deux hommes et tout le bataclan qui vous prennent un iiillet de parterre dans la mare aux Tilleuls! Tant de tués que de blesses, personne de mort, heureusement.
AGUÉ. — Eli ben, partout on dit qu'ils le sont.
JOSEPH. — Pas encore, heureusement pour eux.
AGLAÉ. — Ah çà! c'esl-t'y vrai que vous n'êtes plus dansvot' même service?
JOSEPH. — Oui; et toi?
AGLAÉ. — Vous avez donc évii des raisons ensemble ?
JOSEPH. — Comme lu dis, bouffie.
AGLAÉ. — Et vous êtes rentré chez mame Forgel?
JOSEPH. — Un peu, mon neveu.
AGLAÉ. — Eh ben, si vous voulez que je vous dise...
JOSEPH. — Dis toujours.
AGLAÉ. — Je crains, pour vous, que vous aî;/e.5 san(jé\oV cheval borgne cont' un aveugle; c'est pas encore la mer à boire que c'ie maison-là.
JOSEPH. — Quand je ne m'y conviendrai plus, je ferai là ce que j'ai fait là-bas, pas plus embarrassé que ça; nous ne sommes pas mariés ensemble, après tout...
AGLAÉ. — Mon Dieu, des maîtres au jour d'aujourd'hui...
JOSEPH. — Le meilleur n'en vaut rien, pas vrai?
AGLAÉ. — Ma foi... Eli bon, puisqu'il n'est pas mort, le père Patin, je m'en vas.
JOSEPH. — Qu'est-ce qui le presse?
AGLAÉ, — Vous êtes boa là, vous, qu'est-ce qui me presse! Eh ben, mon ouvrage donc qui me presse ; on dira encore que je ne reviens plus quand on m'envoie quet'part.
JOSEPH.— Faut contrarier personne, on les laisse dire.
AGLAÉ. — Je tiens à ma place, moi; je suis pas recherchée comme vous.
JOSEPH. — Laisse donc tranquille, tout le monde court après toi, tout le monde.
AGLAÉ. — Qui donc ça, tout le monde.
JOSEPH. — Quand ça ne serait qu'Apollodore, le fils du maréchal.
AGLAÉ. — Laissez donc, est-ce que j'en voudrais!
JOSEPH. — Ne fais pas tant la dégoûtée, il a du foin dans ses bottes, le maréchal ; il mariera son fils gentiment.
AGLAÉ. — Ça m'est bien égal.
JOSEPH. — Et le garçon à l'apothicaire, qui tire toujours ton seau d'eau quand tu vas à la pompe,
il n'a pas l'air non plus de le mépriser, ce petit noiraud-là.
AGLAÉ. — Pourquoi pas l'apolliicaire aussi, pendant que vous y êtes?
JOSEPH. — J'en meltrais pas ma main au feu.
AGLAÉ. — Tenez, vous n'avez que des bèlisesà me dire; je m'en vas.
josEVB, la retenant. — Un instant!
AGLAÉ. — Non, c'est vrai, quand je vous trouve quet'part, c'est jamais que pour me faire enrager. Tenez, justement v'ià la bonne à mamselle Verjus qu'arrive; à son tour, à celle-là; vous ne risquez rien de vous y frotter, elle a de quoi vous répondre.