‹ Les bourgeois de Paris scenes comiquesChapitre 136 sur 175 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

OOI.LINET, PAULINE

PADLISE.

Non, papa, ne dites pas cela.

COI.LINET.

Ah çà ! décidément, est -ce toi qui fiortes les culottes, 'omme disait hier encore M. Goujell

PAULINE

Je vous conseille de toujours citer ce monsieur, la plus triste de vos connaissances !

COLLINET

Encore un mot de ta pauvre mère! Triste. M. Goujel ! le plus gai, tu veux dire.

PAULINE

Je m’entends.

COLLINET

Un garçon qui toute sa vie a eu le mot pour rire, et Je puis certifier l’avoir vu dans des passes où de plus forts que lui auraient perdu la tète; mais la chère dame a toujours pris en grippe tous les amis que je me suis faits, c’est

t.OCATAIRES ET PROPRIETAIRE 2bô

une justice que je me plais à lui rendre; si encore elle m'eût rendu la maison plus agréable, mais pas du tout... peut-être était-ce son intention! Elle n’a pas réussi, je le lui pardonne et de tout mon cœur

PAULINE. ,

Mon père 1

CüLLINET.

Ce que je dis est à la lettre : elle n’était rien moins que facile, la pauvre chère dame; nous l’avons pleuréc, c’était notre devoir, nous la pleurons encore...

PAULINE

Nous la pleurerons toujours.

^ COLLINET

.Si tu veux; ce n’est pas une raison, quant à moi, pour ne plus voir âme qui vive, me couvrir de cendres, la tète, le corps et les mains, et m’enterrer tout vif; non, non, non, non, pas de ça, Lisette! .le l’eusse précédée, je doute fort qu’elle eût agi de la sorte à mon égard; elle aurait parfaitement fait. Au surplus, rappelle-toi bien ce que je vais te dire, si toutefois tu te maries...

PAULINE

.lamais, ob! non, jamais!

COLLINET

Il ne faut pas dire Fontaine... Admettons, par exemple, que tu rencontres un gaillard...

PAULIN E

l u gaillard !

COLLINET

Un prince, si tu l’aimes mieux, qui ait su trouver le chemin de tou cœur, ne fais pas comme a fait la mère, tu t’en trouveras bien.

PAULINE

Je vous eu suis fri‘s-reconuaissante.

LOCATAIHKS ET PBOPIUÈTAIRE

COLLIKET.

Je veux bien le croire, lu n’en feras pas moins à ta tête. Écoute, je te connais. Mon Dieu! mon pauvre enfant, que je le plains donc d’avoir un brave homme de père comme celui dont le ciel t’a dotée ! Et pourtant il a sué sang et eau , il s’est donné, bien du mal pour arriver où il en est venu. Lui aussi, comme madame ta mère, s’était leurré de l’espoir qu’il viendrait beaucoup de notabilités demander ta main ! Il n’en est pas venu la queue d’une, et j’avoue qu’à présent je commence à désespérer. A moins que tu ne préfères coiffer sainte Catherine, il faudrait pourtant s’arrêter à un parti. J'aimerais mieux encore te voir un mari comme moi, oui, comme moi; je m’en irais plus tranquille, je ne te le cache pas. Mais à quoi bon tout ce que je dis là? tu n’as pas trop l’air de m’écouler et tu grilles de me tourner les talons. A ton aise, chère belle, ne te gènes pas, il y a longtemps que mon deuil en est fait.

l'.AULIISE.

Je vais chez ma tante.

COLI.INET.

Je souhaite de tout mon CÆur qu’ellè ne te donne pas de plus mauvais conseils. Bon voyage, Ixmjour à ta tante.

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