‹ Les bourgeois de Paris scenes comiquesChapitre 27 sur 175 · SCÈNE PUEMIÈUE · texte numérisé non relu

SCÈNE PUEMIÈUE

MADAME GODET, OOTAVIE à son piano.

MADAME GODET

OÙ esl Ion père?

OCTAVIE

il vient de sortir.

MADAME GODET

Tu ne sais pas où il est allé?

DE MÉLOMAiNIE BOL'DGEüISE 57

OCTAVIK,

Chez le marchand de imisiqiie pour ses Loidwiis.

MADAME GODET

Faut toujours que Ion père jette sou argent parles feiiè- Iros, c’est plus fort que lui ; malheureusement à sOn àgc on ne change pas ; justement, j’ai encore des pralines du jour de l’an, que ne m’en a-t-il demandé?

OCTAVIE

Ce sont des mauritains (ju’il faut, des pralines ne pourlaient pas servir.

MADAME GODET

Des mauritains? qu’est-ce que c’est que c;a?

Des bonbons mauritains pour faire chanter les pei’sonnos mal disposées !

MADAME GODET

On ne sait vraiment qu’inventer; des bonbons pour hiirc chanter, à présent! Il ferait bien d’en prendre, monsieur ton père, lui tjui n’a jamais pu mettre sur l’air Mon ami Pierrot. Eh bien! ma chérie, ça va-t-il, ton piano? es-tu contente? as-tu bien travaillé?

OCTAVIE

Oui, maman.

MADAME GODET

Tu n’auras jmis peur ?

OCTAVIE

Je no promets pas cela.

MADAME GODET

Tiens, voilà ce qui me passe : c’est qu'avec un talent comme le tien, tu en sois encore à ne savoir où te fourrer quand il s’agit déjouer devant du monde. Au reste, ça me paraissait bien joli de mon lit, ce que tu travaillais ce matin à ton piano; comment ça s’appelle?

SCÈNES

OCTAVIE

Nabuàwdonosor.

MADAME GODET

N’est-ce pas cette nmsique-là que vous êtes allés voir avec tou père ^

OCl AV lE.

Oui, luaiuuu.

MADAME GODET

Gomment as-tu dit‘l

OCTAVIE

Nabuchodonosor.

MADAME GODET

Encore un drôle de nom. .l’en fais bien mon compliment à son parrain.

OCTAVIE

C’est très-beau pour la main gauche.

MADAME GODET

Tant que tn voudras ; je préfère avec les deux mains, c’est bien pins gracieux. Pni.squ’on a deux mains, c’est [tour s’en servir. Mon Dieu ! qnc je voudrais donc être à ce soir! Je ne vais jias vivre d’ici là. Surtout, ma chérie, n'aie pas peur, je t’en prie.

OCTA VIE.

Je ferai mon possible.

MADAME GODET

’l'u seras bien gentille. ([iiclle heure vient ta maîtresse?

OCTA VIE.

A midi.

MADAME GODET

L’heure juste où la petite d’en-bas prend sa leçon ; ça va faire un joli duo.

OCTAVlE.

J’ai absolumetit besoin de repasser mon morceau.

DE MÉLOMANIE BOURGEOISE

MADAME OODBT.

C’est égal, oa n’en est pas moins très-ennuyeux. On ne veut pas de bêtes dans la maison ; j’aimerais bien mieux trente-six chiens que tous ces pianos qu’on est venu nous camper à tous les étages. Au surplus, ce que je t’en dis. c’est dans ton intérêt, dans l’intérêt à ma fifillc ; êtes-vous toujours fifille à mênière?

OCTAVIE

Oui, maman.

MADAME GODET

IvO vraie fifdlc à sa memère?

nCTA VIE.

Oui, maman.

MADAME GODET

En ce cas, baisez-la, sa memère. Dis donc, Tavie?

OC.TAVIE

Maman?

MADAME GODET

Je pense à une chose. Si tu allais un peu terapproprier.. . lu reprendrais (on piano après; qu’en dis-tu? ço te reposerait.

OCTAVIE

Ça ne me fatigue pas, ce sont des exercices.

MADAME GODET

Des exercices tant que lu voudras ; mais ce n’est pas quand on est de ta force qu’on a tant liesoin de s’exercer : tu ne me feras jamais croire ça 1

OC.TAVIE

Je t’assure...

M ADAM K GODET

Je ne sais pas si madame. Habouin va nous faire entendre sa fille?

OC.TAVIE

Je ne sais pas.

SCENKS

MADAME GODET

Elle auni l)eau faire c^es exercices, celle-là, elle aura loiijoiirs les iloigls connue des hagnelfes de lamltour,

OCTAVIK.

Elle, a coninieucé si lard!

MADAME GODET

(le n’esl pas une raison. Nous avons des pei'sonnes qui ne réussissent à rien. On lui donne, après ea, un maître qui s’y entend commÿà ramer (les clioiix. Est-ce que je ne le connais pas, monsieur Peigneux?.. Nous serions Iden lotis, ma foi, si nous ne l’avions remercié à temps. Tous agrip|>eurs de cacliets, ces messieurs-là. pas autre chose. El ta bonne?

nCTAV lE.

Je ne l’ai pas vue.

MADAME GODET

O’osl la musique qui l’aura fait sauver. Elle ne peut pas la .souffrir. Je le lui ai dcqà dit : Quand on est si sensible, on ne .se met pas en service; on reste chez soi. S’il fallait m’enfuir Iputes les fois (pie tes musiques m’ennuient, je ne serais pas souvent à la maison ; il faut pourtant bien s’v faire. J’entends ton papa.

l.RS MKMKS, MONSIF.rri (lODET.

MADAME GODET

Qu’as-tu donc à taper les portes comme tu fais, monsieur Godet?

MONSIEl'Il GODET.

J’ai (pic le diable s’en mole, voilà ce que j'ai.

MADAME GODET

Ça ne va donc pas comme tu veux?

DK MÉl.OMANIE POURGEOISE

MONSIEUn GODET.

Il s’en faut de tout. Tu sais bien, Tavie, oel accordeur dont on m'avait parlé?

nCT.\V!E.

Oui, papa.

MONSIECR GODET.

La personne qui devait me le procurer ne s’en est pas plus occupée q\ie du Grand Ttirc.

MADAME GODET

Ça ne m’étonne |>as; rien de tel que de faire ses affaires soi-mème.

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