SCÈNE PUEMIÈUE
MADAME GODET, OOTAVIE à son piano.
MADAME GODET
OÙ esl Ion père?
OCTAVIE
il vient de sortir.
MADAME GODET
Tu ne sais pas où il est allé?
DE MÉLOMAiNIE BOL'DGEüISE 57
OCTAVIK,
Chez le marchand de imisiqiie pour ses Loidwiis.
MADAME GODET
Faut toujours que Ion père jette sou argent parles feiiè- Iros, c’est plus fort que lui ; malheureusement à sOn àgc on ne change pas ; justement, j’ai encore des pralines du jour de l’an, que ne m’en a-t-il demandé?
OCTAVIE
Ce sont des mauritains (ju’il faut, des pralines ne pourlaient pas servir.
MADAME GODET
Des mauritains? qu’est-ce que c’est que c;a?
Des bonbons mauritains pour faire chanter les pei’sonnos mal disposées !
MADAME GODET
On ne sait vraiment qu’inventer; des bonbons pour hiirc chanter, à présent! Il ferait bien d’en prendre, monsieur ton père, lui tjui n’a jamais pu mettre sur l’air Mon ami Pierrot. Eh bien! ma chérie, ça va-t-il, ton piano? es-tu contente? as-tu bien travaillé?
OCTAVIE
Oui, maman.
MADAME GODET
Tu n’auras jmis peur ?
OCTAVIE
Je no promets pas cela.
MADAME GODET
Tiens, voilà ce qui me passe : c’est qu'avec un talent comme le tien, tu en sois encore à ne savoir où te fourrer quand il s’agit déjouer devant du monde. Au reste, ça me paraissait bien joli de mon lit, ce que tu travaillais ce matin à ton piano; comment ça s’appelle?
SCÈNES
OCTAVIE
Nabuàwdonosor.
MADAME GODET
N’est-ce pas cette nmsique-là que vous êtes allés voir avec tou père ^
OCl AV lE.
Oui, luaiuuu.
MADAME GODET
Gomment as-tu dit‘l
OCTAVIE
Nabuchodonosor.
MADAME GODET
Encore un drôle de nom. .l’en fais bien mon compliment à son parrain.
OCTAVIE
C’est très-beau pour la main gauche.
MADAME GODET
Tant que tn voudras ; je préfère avec les deux mains, c’est bien pins gracieux. Pni.squ’on a deux mains, c’est [tour s’en servir. Mon Dieu ! qnc je voudrais donc être à ce soir! Je ne vais jias vivre d’ici là. Surtout, ma chérie, n'aie pas peur, je t’en prie.
OCTA VIE.
Je ferai mon possible.
MADAME GODET
’l'u seras bien gentille. ([iiclle heure vient ta maîtresse?
OCTA VIE.
A midi.
MADAME GODET
L’heure juste où la petite d’en-bas prend sa leçon ; ça va faire un joli duo.
OCTAVlE.
J’ai absolumetit besoin de repasser mon morceau.
DE MÉLOMANIE BOURGEOISE
MADAME OODBT.
C’est égal, oa n’en est pas moins très-ennuyeux. On ne veut pas de bêtes dans la maison ; j’aimerais bien mieux trente-six chiens que tous ces pianos qu’on est venu nous camper à tous les étages. Au surplus, ce que je t’en dis. c’est dans ton intérêt, dans l’intérêt à ma fifillc ; êtes-vous toujours fifille à mênière?
OCTAVIE
Oui, maman.
MADAME GODET
IvO vraie fifdlc à sa memère?
nCTA VIE.
Oui, maman.
MADAME GODET
En ce cas, baisez-la, sa memère. Dis donc, Tavie?
OC.TAVIE
Maman?
MADAME GODET
Je pense à une chose. Si tu allais un peu terapproprier.. . lu reprendrais (on piano après; qu’en dis-tu? ço te reposerait.
OCTAVIE
Ça ne me fatigue pas, ce sont des exercices.
MADAME GODET
Des exercices tant que lu voudras ; mais ce n’est pas quand on est de ta force qu’on a tant liesoin de s’exercer : tu ne me feras jamais croire ça 1
OC.TAVIE
Je t’assure...
M ADAM K GODET
Je ne sais pas si madame. Habouin va nous faire entendre sa fille?
OC.TAVIE
Je ne sais pas.
SCENKS
MADAME GODET
Elle auni l)eau faire c^es exercices, celle-là, elle aura loiijoiirs les iloigls connue des hagnelfes de lamltour,
OCTAVIK.
Elle, a coninieucé si lard!
MADAME GODET
(le n’esl pas une raison. Nous avons des pei'sonnes qui ne réussissent à rien. On lui donne, après ea, un maître qui s’y entend commÿà ramer (les clioiix. Est-ce que je ne le connais pas, monsieur Peigneux?.. Nous serions Iden lotis, ma foi, si nous ne l’avions remercié à temps. Tous agrip|>eurs de cacliets, ces messieurs-là. pas autre chose. El ta bonne?
nCTAV lE.
Je ne l’ai pas vue.
MADAME GODET
O’osl la musique qui l’aura fait sauver. Elle ne peut pas la .souffrir. Je le lui ai dcqà dit : Quand on est si sensible, on ne .se met pas en service; on reste chez soi. S’il fallait m’enfuir Iputes les fois (pie tes musiques m’ennuient, je ne serais pas souvent à la maison ; il faut pourtant bien s’v faire. J’entends ton papa.
l.RS MKMKS, MONSIF.rri (lODET.
MADAME GODET
Qu’as-tu donc à taper les portes comme tu fais, monsieur Godet?
MONSIEl'Il GODET.
J’ai (pic le diable s’en mole, voilà ce que j'ai.
MADAME GODET
Ça ne va donc pas comme tu veux?
DK MÉl.OMANIE POURGEOISE
MONSIEUn GODET.
Il s’en faut de tout. Tu sais bien, Tavie, oel accordeur dont on m'avait parlé?
nCT.\V!E.
Oui, papa.
MONSIECR GODET.
La personne qui devait me le procurer ne s’en est pas plus occupée q\ie du Grand Ttirc.
MADAME GODET
Ça ne m’étonne |>as; rien de tel que de faire ses affaires soi-mème.