‹ Les bourgeois de Paris scenes comiquesChapitre 63 sur 175 · LK TYRAN · texte numérisé non relu

LK TYRAN

MAU.VME BOUCHÉ.

Vous serez libre après dîner.

MONSIEUR TOMBA

Mille fois trop bonne! mais je n’ose...

MADAME BOUCHÉ

M. Bouché serait si heureux de vous voir !

MONSIEUR TOMBA

Je le serais bien aussi.

MADAME BOUCHÉ

.\insi, c’est une affaire arrangée, n’est-ce pas !

MO.NSIEUR TOMBA.

Le moyen de vous refuser !

M ADAME BOUCHÉ.

Vous vous trouverez avec M. Cornet.

MOSSIEUB TOMBA.

Il va bien?

Comme un charme à présent! car cet hiver il a eu une toux (jui nous a donné bien de l’inquiétude.

MONSIEUR TOMBA

C’est un de vos fidèles?

MADAME BOUCHÉ

C’est-à-dire que, lorsqu’il est un jour sans venir, nous ne savons à quel saint nous vouer ; non pas qu’il soit devenu plus aimable, au contraire; mais vous savez, monsieur 'Fomba, ce que c’est que l’habitude.

MONSIEUR TOMBA

Oui, madame, une seconde nature. Il commence à ne plus SC faire jeune, M. Cornet?

MADAME BOUCHÉ

Mais non : il n’est plus la fleur des pois !

MONSIEUR TOMBA

Quel âge peut-il ben avoir?

DR LA TABLK

MADAME BOUniÉ.

Ii’àge de im belle-mère.

MONSIEUR TOMBA

Elle va bien ?

MADAME BOUCHÉ

A merveille ! Si ce n’étaient ses jambes, elle a un eofl're excellent ; jamais la moindre indisposition, rien ne lui l'ait mal ; elle digérerait dn fer. Je dis souvent, on riant. Ai mon mari : «Ta mère nous enterrera tons! » Mais elle ne peut plus faire un pas, il faut constamment être auprès d'elle : c’est une grande sugession. .\joiitez à cela qu’elle devient déplus en plus exigeante : c’est une grande cbarge, monsieur Tomba, que nous avons prise là.

MONSIEUR TOMBA

Et vos jolis enfants ?

MADAME BOUCHÉ

Encore à leur école : vous les verrez à dîner.

MONSIEUR TOMBA

.Adolphe doit être grand comme père et mère?

MADAME BOUCHÉ

Trè^-grand, très-intelligent : il apprend comme un ange! Il y a longtemps que vous ne l’avez vu ?

MONSIEUR TOMBA

Pas depuis la dernière fois.

MADAME BOUCHÉ

Vous le trouverez bien changé ; c’est à ne pas le reconnaître.

Ab! oui (la !

MADAME BOUCHÉ

Il est en force ce que son frère est en taille.

MONSIEUR TOMBA

Quel âge a-t-il?

l.E TYRAN

MADAME BOUCHÉ

Il aura iienf ans cet éU'.

MONSIEUR TOMBA

Dûjà neuf ans ! Je l'ai vn bien petit.

MADAME BOUCHÉ

Vous l’avez vn venir an monde.

■ MONSIEUR TOMBA

A peu près.

MADAME BOUCHÉ

Les enfants donnent bien du mal, monsieur Tomba !

Certains.

MADAME BOUCHÉ

Tous en général. Si l’on savait ce qui en est, non vraiment, je vous jure, on ne se marierait pas. t'e serait à recommencer, que j’y regarderais à deux fois, c'est comme j'ai rhonneur de vous dire ; mon mari, à rel égard, pense bien comme moi.

MONSIEUR TOMBA

Vous croyez?

MADAME BOUCHÉ

J’en suis sûre. Il disait, l’autre jour, au petit Pâté, qui était venu lui demander conseil : « Ne vous mariez pas, mon cher, ne vous mariez pas. » Je trouve qu’il avait parfaitement raison.

MONSIEUR TOMBA

Il n'était pas sincère.

MADAME BOUCHÉ

Vous êtes bien un peu de son avis, convenez-en ?

MONSIEUR TOMBA

Moi ? madame 1

MADAME BOUCHÉ

La preuve, c’est <pie vous restez garçon.

Digilizerf hy Coogic

DF. LA TABLE

MONSIEUR TOMBA

A mon corps défendant.

MADAME BOUCHÉ

Plaignez-vous ; vous vous levez quand bon vous semble, vous allez et venez sans ([ue personne y trouve à redire.

MONSIEUR TOMBA

Personne. .le doute, néanmoins, que M. Bouché en soit aux regrets. '

MADAME BOUCHÉ

Pourquoi alors toujours se plaindre’?

MONSIEUR TOMBA

Pour se rendre intéressant. Au reste, de ma vie, je ue lui ai entendu articuler un mot qui eût trait à cela.

MADAME BOUCHÉ

Il s’en serait bien gardé.

MONSIEUR TOMBA

Et pourquoi’? Aux termes où nous en sommes, il aurait tort. Je l’ai toujours trouvé, au contraire, d’une humeur ( liarinanle, d’une verve, d’un entrain... intarissables; impossible d’étre, à la Ibis, plus gai et plus aimable que ne l’est M. Bouché.

Chez les autres, possible; chez lui un vrai bonnet de nuit.

MONSIEUR TOMBA

Voilà ipii m'éloime!

• MADAME BOUCHÉ

Il est certain que, devant le monde, il ne se laissera jamais aller à ses humeurs ; il s’en gardera bien ; mais ici, dans son ménage, où il n’a pas à se gêner, il ue prend pas de mitaines : il va franchement son petit bonhomme de chemin. Cela n’est pas gai, tant s’en faut.

MONSIEUR TOMBA

J'étais loin de m’attendre ,î cela.

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