LE TYRAN
MONSIEUR BOUCné.
Kh! bonjour, monsieur Tomlw ; voilà des siècles qu’on, ne vous a vu !
Je ne suis pas sorti de riiiver. J’ai été fort enrhumé.
MONSIEUR BOUCHÉ
Nous n’en avons rien su. Vous dînez avec nous ?
MONSIEUR TOMRA.
Vous êtes trop bon.
MADAME BOUCHÉ
Monsieur a bien voulu accepter un mauvais dîner. Madame Grevin ne viendra pas.
MONSIEUR BOUCHÉ
Elle te l’a fait dire?
MADAME BOUCHÉ
Elle l’a dit à M. Cornet, qui a eu la bonté de passer chez elle.
MONSIEUR CORNET
Elle a sa bru à dîner.
MONSIEUR BOUCHÉ
Je l’ai vue hier, elle ne m’eu a pas dit un mot. Quelle singulière femme, pour ne jamais savoir, la veille, ce qu'elle fera le lendemain. Ah! vous avez été malade, monsieur Tomba?
MONSIEUR TOMBA
Enrhumé.
MONSIEUR BOUCHÉ
Nous vous avons attendu tout l’été à la campagne .
Je croyais toujours pouvoir y aller.
MONSIEUR BOUCHÉ
Et vous n’êtes pas venu. Allons-nous bientôt nous mettre à table ?
UK LA TABLK
MADAME ROrcilK.
Dans un instant.
MONSIKtin BOUCHÉ.
Il est à remarquer que jamais ici on n’a pu diner à l’heure, c’est chose impossible.
MADAME BOUCHÉ
Nous ne sommes pas en retard .
MO.NSIEUJI BOUCHÉ.
Mais si fait. Tu as une bonne dont tu ne feras jamais rien, une tortue ! Tu tiens la garder, je ne sais pas pourquoi.
Parce que je crains de rencontrer plus mal encore .
MONSIEUR BOUCHÉ
C.’est avec ces considérations-là que jamais on n’est bien servi.
MADAME BOUCHÉ
Tu n’as pas ce reproche à m’adresser.
MONSIEUR BOUCHÉ
A la place, j’en changerais jusqu’à ce que j’en aie trouvé une.
MADAME BOUCHÉ
Je ne ferais que ça.
MONSIEUR BOUCHÉ
Il en est pourtant qui font leur affaire.
MADAME BOUCHÉ
Je n’en connais pas.
MONSIEUR CORNET
Vous avez toujours Mélanie, monsieur Tomba?
MONSIEUR TOMBA
Toujours.
MONSIEUR BOUCHÉ
Vous en êtes content?
l.E T YUAN
MONSIEUR TOMBA
En lui laissaiil faire toutes ses volontés.
MONSIEl'Il BOUCHÉ.
Si encore vous y trouvez votre coni|}le, ce n'est que demi-mal. Adolphe !
ADOLPHE
Papa !
MONSIEUR BOUCHÉ
Allez voir si nous dînerons bicniùt.
ADOLPHE
Oui, papa, (il sort suivi (le son frère.
MADAME BOUCHÉ
.Si lu vas tourmenter cette lille, elle fera loni delravei-s.
MONSIEUR BOUCHÉ
J’en suis bien fâché.
MADAME BOUCHÉ
Il n’y aura pas de raison, alors, |iour que nous dînions aujourd'hui.
MONSIEUR BOICHÉ.
Alors j’irai dîner dehors.
MADAME BOUCHÉ
(lomme lu voudras ; que veux-tu que je te dise?
MONSIEUR BOUCHÉ
Je ne peux pas non plus ne pas dîner.
MADAME BOUCHÉ
Parce qu’aujonrd'hni elle est un peu en retard !
MONSIEUR BOUCHÉ
C'est tous les jours la même chose.
ADOLPHE
Papa, le dîner est servi.
MONSIEUR BOUCHÉ
Ce n’est pas malheureux.
MONSIEUR CORNET
Allons nous mettre à lahle.
DK l,A ÏAHLK
■..% SAL.L.K A MA.NOKH *
SCKNK IX
M ADAME BOL'CIIÉ, MO.NSIEUIl UOL'OIIÉ, MO.NSlElTi TOMBA. MA)NS1EUB CORAET, I.ES ENKANTS.
MAItAMK BOUCHÉ.
.Monsieur Tojii1j;i, à imiIô de moi, je vous prie.
MONSIEUR BOUCHÉ
Voyons, Alfred, tenez-vous tranquille, n'allez |»as loiirnicnler votre frère comme toiijonrs, on je vous fais sortir de table.
MONSIEUR CORNET
Adolphe, viens te mettre à côté de p.irrain.
MONSIEUR BOUCHÉ
Talwnne a encore oublié la moitié des choses.
MAUAME BOUCHÉ,
Tu l'aliuris.
MüNSIEI'R BOUCHÉ.
Je lui en demande bien pardon.
MAIlAME BOUCHÉ.
Vous avez appétit, monsieur Tomba?
MONSIEUR tomba.
Pas beaucoup, madame, depuis mon rbnme; je mange jiarce qu’il faut manger.
MONSIEUR BOUCIlÉi
C’est une remarque que j’ai faite, jamais madame Crevin n’a pu être de parole.
LK TVR A K
.MADAMK ninir.llÉ.
mic t’avait bien promis !
MONSIECR BOUCHÉ.
Hier encore, eu la quittant, c’était chose convenue.
MONSIEUR^ TOMBA
Klle va bien, madame Grevin ?
MADAME BOUCUÉ.
Très-bien.
MUMSIEUR BOUCHÉ.
.l’aime beaucoup sa bru, c’est une défaite.
MADAME BOUCHÉ
C’est ce que j’ai pensé.
MONSIEUR BOUCHÉ
bille a donc bien de l’affection pour elle ; il y a deux mois elle ne voulait plus la voir ; c’était uu monstre. Voilà un ptaye détestable !
Madame bouché.
.le ne suis pas de ton avis.
NO.NSIEUR BOUCHÉ.
11 est excellent; mettons que je n’ai rien dit. Comment le trouve M, Tomba ?
MONSIEUR TOMBA
Je serais fort mauvais juge ; depuis mon rhume, je n’ai plus de goût.
MONSIEUR BOUCHÉ
C’est fort heureux poiii' vous.
MADAME BOUCHÉ
Tout cela, parce que la malheureuse lille veut trop bien faire.
MONSIEUR BOUCHÉ
Je ne lui eu sais aucun gré. Adolphe, lenez*vous droit.
ADOLPHE
Oui, papa.
UK LA TAULK
MONSIEUK BOUCHÉ,
Cu petit garçon devieiulra bossu, si l’on ii’v prend garde. Il SC tient encore plus mal que son frère. Je ne sais pas, je vois tous les enfants se tenir convenablement , ceux-ci, à les voir, on dirait, diable m’emporte, (|u’ils ont été élevés dans une écurie.
MAD.4ME BOUCHÉ
Tu as des comparaisons qui ne sont pas lieurenses.
HOSSIEUR BOUCHÉ.
Mettons que j’ai tort. X l’avenir, je ne dirai plus rien.
MADAME BOUCHÉ
Je ne dis pas cela,
MONSIEUR CORNET
Vous dînez rarement chez vous, monsieur Tomba 1
MO.NSIEUK TOMBA.
Tout le temps qu’a duré mon rhume, j’y al constamment dîné.
MONSIEUR CORNET
Vous avez une excellente (îllc.
MONSIEUR BOUCHÉ
Mélanie cuisine parfaitement, c’est un cordon bleu.
~ MONSIEUR TOMBA
Vous êtes trop bon.
Tontes les fois que M. Bouché a eu le plaisir de dîner chez vous, il en est toujours revenu enchanté.
MONSIEUR TOMBA
C'est être trop indulgent, je Ten remercie.
MONSIEUR BOUCHÉ
Jamais chez M. Tomba on n’aurait présenté un bœul pareil .
MADAME BOUCHÉ
Tu es décidé à ne rien trouver bon chez toi ; c’est un parti pris.
)‘2> Ll-: T Y 11 A N
MONSIEUK ÜOUCIIÉ.
.l’eu lais ju;^c M. Cornet ; ce bœuf i*st-il mangeable?
MONSIEIR COnMET.
Il est peut-être un peu ferme.
HossiEcn noiiciiÉ.
L u peu ! vous êtes bien honnête. Vous ne faites pas l)oire votre voisin, monsieur Cornet?
Il y a lougtem|)s, monsieur Tomba, que vous avez Mélanic?
MONSlEUn TOMBA.
Oui, madame ; elle était fort jciiiie quand elle entra chez moi.
MOXSIELK COB .NE J.
.l'aime cette tille, elle est toujours de bonne humeur.
MONSIEUB TOMBA.
Devant le monde. ,
MONSlEUl; COKNET.
Kst-ce qu’eu particulier elle ne serait pas de même?
MONSIEUR TOMBA
C'est une excellente tille, je coinmeuee jiar le dire.
MONSIEUR BOUCHÉ
Klle m’a toujours fait cet cffel-là.
MONSIEUR TOMBA
Mais il faut une grande patience pour s’eu acconimoder ; elle vous met à tout moment le marché à la main.
MONSIEUR BOUCHÉ
.\lfred, je vais tout à f heure vous envoyer dîner à la cuisine.
Ai.rnED;
Mais; papa...
MONSIEUR BOUCHÉ
Je vous ai défendu de répliipier.
ÜK LA TAHLK " iSn
AI.FItKII.
Mais, p.ipa...
MO.NSlElIt BOUCHÉ.
Sorloz.
NADA.ME BOCCIIÉ.
Voyons... il n'est pas si coupable.
MO.NSIECK BOUCHÉ.
Je t’en prie, chère amie, laisse-moi faire, cela ne le regarde pas. Sortez, monsieur, ne me le faites pas dire une seconde fois. (L’enfam sort.) Je ne sais comment il arrive que ce petit garçon prenne à tâche, toutes les fois que nous avons du monde, de se conduire en dépit du bon sens. Il y a longtemps qu’il lui fallait une leçon.
MADAME BOUCHÉ
Et votre volière, monsieur Tomba'?
MONSIElll TOMBA.
Vous êtes bien bonne.
WOÎiSlEUB BOUCHÉ.
Si monsieur Adolphe ne se conduit pas plus proprement à table, je l’envoie rejoindre monsieur son frère.
Vous avez toujours votre joli chardonneret '?
MONSIEUR TOM BA
Non, madame; j’ai eu la douleur de le perdre. .
MONSIEUR CORNET
Ce joli petit oiseau qui chantait si bien 1
MONSIEUR TOMBA
J’en aurais pleuré, si j’avais osé.
MADAME BOUCHÉ
Ça, je le crois. .
MONSIEUR TOMBA
Tout le temps qu’a duré mon malheureux rhume, il nie semblait que cette pauvre petite bêle sentait (pie j’élais sonffranl, elle n’a pas dit un mol.
m LE TYRAN
MADAME BOUCHÉ
Il y a peu de temps que vous l’avez perdue? ^
MONSIEUR TOMBA
IjC jour de ma première sortie... Je n’eu veux plus avoir.
MONSIEUR CORNET
Ou se crée des chagrins avec toutes ces petites*bctes-là.
MONSIEUR BOUCHÉ
Si je n’avais tenu bon, nous aurions ici une ménagerie.
MADAME ROUCIIK.
Je m’en serais bien gardée!
MONSIEUR BOUCHÉ
Ne dis donc pas cola, chère amie ; il n’y a qu’à voir à la Champagne.
MADAME BOUCHÉ
I/i, c’est différent, nous avons de la place, mais ici...
MONSIEUR BOUCHÉ
Nous vous faisons faire un bien mauvais dîner, monsieur Tomba.
MADAME BOUCHÉ
J’ai prévenu monsieur.
ADOIPII E.
Maman !
MONSIEUR BOUCHÉ
Taisez-vous.
MADAME BOUCHÉ
Il me parle.
MONSIEUR BOUCHÉ
Alors c’est très-bien. Je n’ai plus rien à dire.
Que voulez-vous?
ADOLPH E.
Le chevreuil n’est donc, pas pour aujourd’hui?
DK. LA TABLE
M\DAMR ROimiK
Taisez-vous.
ADOLPHE
Le gros pâté non plus?
MONSIEUR BOUOHÉ.
Faites-inoileplaisird’allerretrouvormousicurvotrefrtTe.
ADOLPHE
.le n’ai rien fait.
MONSIEUR BOUCHÉ
Je vous avais expressément défenilii de jamais parler à table, vous n’en avez tenu compte.
ADOLP HE.
Mais, papa...
MONSIEUR BOUCHÉ
Voulez-vous obéir? Faut-il vous prendre pai- les oreilles?
* (Sortie du petit bonhomme.)
MADAME BOUCHÉ, H SOI! m.ld.
Maintenant que les enfants sont dehors, je me permettrai de vous dire que ce que vous venez de faire n’a pas le sens cximmun .
MONSIEUR BOUCHÉ
Je t’ai priée, chère amie, de ne jamais le mêler de ces cboses-là.
MADAME BOUCHÉ
C’est du dernier ridicule. Aussi, quand nous avons du monde, je suis sur les épines. Ce n’est pas vivre.
MONSIEUR BOUCHÉ
Tout cela de ta faute.
MADAME BOUCHÉ
Vous dites des sottises.
MONSIEUR BOUCHÉ
Bien obligé. Si tu avais élevé tes enfants .autrement, nous n’en serions pas où nous en sommes.