Les bourreaux [microforme]
Nous avons dit, dans notre premier pamphlet intitulé : Le Passé, le Présent. F Avenir, que tout homme de cœur devait avoir le courage de parler haut ct sans crainte quand il s'agissai de démasquer les abus, quand il s'agissait de louer au pilori ces lîiches, ces infâmes qui foulent tout aux pieds pour arriver à oaoner de l'or.
C'e que nous disions alors, nous le répétons aujourd'hui, nous ne cesserons de le redire : il faut frapper et frapper sans relâche jusqu'à complète extirpation, ces êtres sans nom ct sans cœur qui vendraient jusqu'à leur âme si leur âme valait quelques chose pour avoir un sourire du veau-d'or, un regard de Mercure.
Une heure de plus vient de vibrer sous le marteau d'airain de la elepsydre de notre conscience do citoyen et d'honnête homme ; cette heure est la troisième de notre vie, car le Pussé, le Présent, l'Avenir ont eu pour suite les scandales, et cette brochure trouve sa suite dans les Bourreaux, titre de ce pamphlet, qui doit être suivi par beaucoup d'autres.
Nous nous sommes mis les premiers sur la brèche; nous y resterons fermes, tenaces, prêts à y mourir au besoin, car nous combattons pour la bonne cause, car notre arme à pour nom vérité, et pour bouclier nous avons notre conseience d'honnôte homme.
Mon ami Toinon a parlé dans la dernière brochure des scundates : c'est à moi Camel de continuer aujourd'hui.
Mais que le publie veuille bien s'en souvenir : ni Toinen ni moi n'avons pour but de faire une spéeulation, un profit de nos brochures ; nous n'avons aullement besoin de cela pour vivre.
Ce que nous voulons, ce que nous cherchons en dépensant nos piastres à publier ces pamphlets, c'est d'arriver à dessiller les yeux de nos compatriotes, à déchirer les masques hyrocrites sous lesquels se cachent les voleurs, les bourreaux, les traîtres, les impurs ou les ignares qui font partie de la Uorporation de Montréal.
Tout notre but est là : novs ceussions préféré faire des
fouauges ; lu cause de la vérité et notre devoir nous obligent de jeter le stigmate de Îa honte et le crachat de nos mépris à lu Jorporation.
Tant pis pour elle, tant pis aussi pou? nous qui nous salissons les mains à soulever le fumier dans lequel elle puise sa vie, son or, son arrogance, le droit d'être ce que fatalement elle est : une marâtre, une armide sans foi, sans pudeur, sans loyauté |
L'agiotage, la chasse aux piastres sont le passe-temps de ces Messieurs; ce qui vaut deux mille dollars, on l'achète un million, soi-disant, mais l'on met bel et bien cette énorme différence dans sa poche ;- le vice trône en maître à Montréal ; les lupauars sont partout admis, car la Corporation impose le vice, et se nourrit de son produit !
Il n'existait pas assez de ces maisons infâmes dans la cité : on en a autorisé une à l'île Ste. Hélène.
Ce n'était pas assez que de voler aussi audacieusement comme on l'a fait dans l'affaire du Parc; ce n'était pas assez que de patrouer le vice, la débauche, que de laisser nos rues puantes, que de trafiquer sur tout pour gagner de l'or, pour s'en gorger : —i] fallait plus encore.
On a décrété la vaccination obligatoire ! quarante piastres ou deux mois de prison si les citoyens de Montréal ne se font pas inoculer le poison dans leurs veines, dans leur sang !
Messieurs de la Corporation, vous êtes des bourreaux, des crétins, des voleurs, ou des fous.
Mon grand-père me racontait jadis, lui qui était de la campagne, qu'il y avait dix-neuf espèces de fous. Si ce brave homme n'avait pas été un simple habitant, et qu'il eût connu la Corporation de Montréal, peut-être eût-il ajouté huit à son chiffre, ce qui aurait fait juste vingt sept.
Infamie, crétinisme, impureté, spéculations ténébreuses, lucre désoûtant, gangréneux ; despotisme aveugle, stupide,—tel est le fonds moral et intellectuel des hommes de la Corporation Montréalaise.
Aveugle qui ne le voit pas, imbécile qui en doute.
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Messieurs, ce n'est pas sur de vains mots, ce n'est pas sur un jonglage de phraséologie, d’hyperboles, de métaphores, de ont-dits
que nous basons n0S pamphieis.
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Agir ainsi, ce serait vouloir vous tromper, et notre but est tout le contraire.
Agir ainsi, ce serait douter de votre intelligence, et nous sommes dans une position à ne pas douter de vous, pas plus que vous ne pouvez douter de nous-mêmes.
Qui donc osera soutenir que l'affaire du Pare de la Montagne n'est pas plus honteuse, plus criminelle que le scandale du Pacifique et celui des Tanneries ?
Qui osera soutenir que la Corporation de Montréal a le droit de nous obliger à nous faire vacciner, c'est-à-dire à mêler à notre sang pur le venin de la variole ? -
Quoi ! nous accepterions sans protester cette loi inique, absurde, inhumaine, qui doit faire de nous, de notre corps un réceptacle de toutes les maladies ? ’
Quoi! c’est la mort, une mort lente, horrible, affreuse que l'on nous propose, et si nous n'acceptons pas cet atroce, CCt épouvantable martyre, on nous condamne à quarante piastres ou deux mois de prison !
Tout être a le droit de se défendre quand on en veut à sa vie: nous nous défendrons, car on en veut à la nôtre, çar on veut nous empoisonner |
Nous savions que la Corporation était une administration pitoyable : nous ne savions pas qu'eile devait devenir aussi bestialement stupide, aussi criminelle et bourreau !
Citoyens ! payez-lui quarante piastres, ou vous, votre femme, vos enfants serez empoisonnés, serofuleux, pourris, de part la loi!
L'Antropophagie est préférable.
C'est cette même Corporation qui refusait l'année dernière, à la même époque, à de pauvres créatures, à de pauvres femmes, le droit de vendre de la petite bière et de la tire le dimanche : aujourd’hui, à dix centins par tête, elle transporte à l'île Ste.
Hélène une population à laquelle elle ouvre ainsi, le dimanche, les portes d'une maison dé rendez-vous admise et reconnue par elle !
Ne riez pas, Messieurs, le fait est vrai; la Corporatiou a refusé le droit de vendre de la petite bière et de la £ire à de malheureuses sans pain, et la Corporation laisse ouverte tout le dimanche une maison de rendez-vous, un lupanar dans l’île.
La Corporation soutient le vice, la débauche. Certaines de
nos rues sont là pour le prouver, car les déesses du trottoir s'y pavanent en plein jour, librement, en costume de leur repaire, et font à haute voix le prix de leur commerce infernal.
La chose est si vraie que la prostitution s'étale sans erainte au erand jour, c'est que le 31 Juillet, vers huit heures du soir, un homme a été frappé d'un coup de bouteille dans un de ces bouges ; il est sorti sanglant de là ; la police est survenue ; on a mis en prison la victime, croyons-nous, mais les puantes mésères n'ont rien eu.
Un autre fait dans un autre ordre finira, nous l'espérons, par vous édifier. È :
Il y a quelque temps de cela, un employé de la Corporation vole cinq cent piastres à la Corporation. Il part à New-York, puis revient, ne &gnd pas l'argent volé, — et aujourd'hui est homme est encore foreniun dans cette même Corporation, qu'il a si bien volé.
En prenant pour bâse la sixième lettre de l'alphabet, vous arriveriez peut-être facilement à son nom. Quoi qu'il en soit, le fait est vrai.
Il est un vieil adage qui dit : « Les loups ne se maïgent pas entre eux : » tout menteur que soit souvent ce proverbe, nous convenons que la Corporation n'a pas voulu le faire mentir dans le cas ei dessus.
J'avoue que je vous écœure, Messieurs, mais il faut pourtant bien que je dise la vérité. Que chacun en fasse autant.