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CHAPITRE V

La disparition de l'ancien régime économique et l'avènement du nouveau.

Pourquoi nous pouvons mieux que les économistes du xviii* siècle, nous rendre compte de la raison d'être du régime des corporations. — Que ce régime n'était autre chose qu'un vaste système d'assurance. — Ses imperfections. — Progrès qui ont déterminé sa transformation et finalement son abandon. — Causes de l'abolition de l'esclavage et du servage ; — de la décadence et de la chute des corporations.

L'organisation de la production, telle que nous venons de l'esquisser, se retrouve sous des formes analogues dans toutes les sociétés de l'antiquité et du moyen âge. Partout, les domaines ruraux où se produisent les denrées alimentaires sont possédés par une classe supérieure maîtresse de l'Etat, et cultivés par des esclaves ou des serfs; partout les industries, les métiers et les professions constituent des corporations, propriétaires du marché qu'elles approvisionnent, mais soumises à des règles destinées à protéger les intérêts en présence, — intérêts des entrepreneurs, intérêts des ouvriers, intérêts des consommateurs.

Lorsque cette organisation a cessé d'être adaptée à l'état nouveau auquel les progrès matériels et

moraux réalisés dans le cours des siècles avaient amené les sociétés en voie de civilisation, c'est avec raison que les économistes et les philosophes du xvin e siècle se sont ligués pour déblayer le sol de ce qui en restait. Mais n'ayant sous les yeux qu'un édifice en ruines qui avait cessé d'être un abri pour devenir un obstacle, ils ne se rendaient point compte des nécessités qui l'avaient fait élever, et de l'utilité qu'il avait eue. Maintenant qu'il s'est effondré et que nous n'avons plus à lutter contre les intérêts attardés qui s'y cantonnaient, nous pouvons nous faire une idée plus juste de ce qu'on se plaisait à nommer un monument de la barbarie de nos pères. En examinant de plus près et sans parti pris les différentes parties de ce monument, l'esclavage, le servage, le régime corporatif, sans parler de la servitude politique qui en était la clé de voûte, nous pouvons apprécier leur raison d'être. Chose plus importante encore, nous trouvons dans cette étude du passé des indications indispensables pour le présent et l'avenir. Ces nécessités auxquelles pourvoyaient les institutions de l'ancien régime n'ont point toutes disparu. Et si [ces institutions ont cessé d'être adaptées à l'état nouveau des sociétés, cela ne veut pas dire qu'il n'y ait rien à mettre à la place, cela veut dire qu'il faut les transformer, en se servant pour opérer cette tranformation ou cette adaptation des données que nous fournit le passé.

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