ACTE PKEMIEU
noir bourgeoisement féodal, où, de temps en temps, on met de l'eau propre dans les fossé?, au grand scandale des grenouilles. Pendant tout le jour, le noble châtelain s'essouffle dans sa trompe, en tâchant, mais en vain, de rattraper sa meute, tandis que la châtelaine, pieusement enfermée au fond de son oratoire, prie ardemmentle ciel de lui pardonner de ne pouvoir aimer sa fille... Alors, un jour, la damoiselle, qui se sent aussi trop abandonnée, veut aller confier sa peine à la jolie gouvernante chargée de lui apprendre à faire la révérence; mais celle-là a d'autres soucis... La nuit est venue, un gentil cavalier l'attend au fond du parc, et elle vient de partir... On entend même encore le froufrou de sa robe courant sur le sable de l'allée ; sur ce bruit, l'innocente guide ses pas... Elle arrive auprès d'un fourré, elle écoute... Deux voix chantent un hymne qu'elle ne comprend pas, mais qui bientôt lui fait adorer la musique. Et... quelque temps après... ne sait comment... l'hymne se chante à quatre voix; puis.., un beau soir, le noble châtelain vient troubler le concert... on chasse les musiciens... Et vite, vite, une tour obscure : « Mademoiselle, vous ne sortirez de là que pour être mariée... — Sortons tout de suite, dit-elle; monsieur, voici ma main. Quant à mon cœur, c'est autre chose. »
BLANCHE
Eh bien ?
DIANE
Voilà pourquoi Rosine a aimé le prince Borza.
ROSE, riant.
En vérité, à l'accentuation de votre récit, il semblerait que cette histoire est la vôtre.
DIANE, se remettant.
Folle 1
BLANCHE
Folle, en effet ; car, depuis quelques jours surtout, depuis son dernier voyage à Paris, notre bonne comtesse n'a de regards que
pour son mari. Elle se trouve sans cesse sur sa route ; elle pâlit lorsqu'il lui parle; c'est-à-dire que Ton commence à jaser de cela à Trouville. Prenez-y garde, Diane ! le ridicule tue en France.
DIANE, souriant.
Quelle jolie veuve vous ferez!...
Les femmes éclatent de rire.
BLANCHE, avec compassion.
Oh ! ' i pauvre Tingrey I