‹ Les brebis galeusesChapitre 91 sur 103 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

DIANE, s'élançant.

Plus bas, monsieur! plus basl

BUZANÇOIS, troublé.

Au nom du ciel, madame, pardonnez-moi d'avoir appris un secret que j'aurais tant voulu ignorerl c'est la fatalité qui est cause... (S'embrouillant peu à peu.) Mais ne croyez pas que je vous accuse! que je vous condamne!... je vous plains, madame, et du fond du cœur...

DIANE

Assez, monsieur! la comtesse Diane ne veut de la pitié de personne!... (comme h elle-même.) Oui, c'est la vérité 1 mademoiselle de Morand est entrée dans la vie par une porte basse... et, comme on voulait cacher sa honte... un jour... on a attaché de force sur son front une couronne de comtesse, (a Buzançois.) Voilà votre drame, n'est-ce pas? le voilà bien tout entier?

BUZANÇOIS.

Non, madame!

DIANE

Il n'y manque rien, je pense, puisque mon enfant est mort.

BUZANÇOIS.

On vous l'a dit, du moins!

DIANE

Plaît-il?

BUZANÇOIS.

Mais... si l'on vous avait trompée?

DIANE

Trompée!... Qu'est-ce que vous dites donc, vous?... est-ce que vous rêvez?... Oh! vous rêvez...

Eh! je me réveille, au contraire, madame!.,, je me réveille du sommeil auquel j'étais condamné.

DIANE, avec égarement.

Voyons!... est-ce que je deviens folle?

BUZANÇOIS.

J'étais le notaire de votre famille, madame : je dois donc savoir...

DIANE

Savoir !... quoi?... quoi? Mais dites donc ce que vous savez l

BUZANÇOIS.

Eh bien!... je sais que la froide indifférence de votre famille a été la cause première de tous vos malheurs... Je sais que le baron de Morand, chez qui l'orgueil de race parlait plus haut que l'amour paternel, n'a pas craint de briser le cœur de sa fille pour cacher au monde entier la tache faite à son nom... Je sais qu'une certaine nuit, et comme une pauvre jeune fille était encore évanouie sur son lit de douleur, les portes du château de Frégel s'ouvraient pour livrer passage à la voiture qui emportait l'enfant qu'on arrachait à sa mère. Je sais que cette enfant a été élevée au fond de la Bretagne, et que j'ai été chargé d'assurer une fortune à la petite orpheline... Je sais... je sais enfin, que votre fille est vivantel

DIANE

Vivante!... elle est vivante, ma fille!. ..Je suis mère!... (Tombant sur le fauteuil.) Oht est-ce que c'est bien vrai?... Moi qui, jusqu'à présent, n'avais su que haïr, je vais donc savoir enfin ce que c'est que d'aimer !...

BUZANÇOIS.

C'est bien meilleur, madame !

DIANE

Quel avenir nouveau ! avenir de bonheur! Je sais bien ce que je ferai... J'irai m'enfermer seule., toute seule, dans ce château de Frégel, et elle viendra quelquefois m'y voir en cachette! Et nous passerons de longues heures ensemble!... j'entendrai sa chère voix... je baiserai ses yeux !... Oh !... comme je vais l'aimer, ma fille! (courant à Buzançois.) Mais dite>-moi ! ... le nom? le nom de celle qui, depuis vingtkans, m'a volé les baisers et l'amour de ma fille?...

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