‹ Les Bretons (volume 2)Chapitre 21 sur 88 · L'ÉGLISE BLANCHE · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE BLANCHE

« Là-bas , à mi-chemin du Scorf et de l'EUé , Sous les chênes vois-tu cette x;hapelle blanche, Où , garçon de douze ans , tu chantais le dimanche , Si pur qu'on f aurait pris pour un jeune ange ailé ?

l'^li bien , parcours le monde , aux Sages des écoles Demande le secret caché dans leurs paroles ; Ihiis , rentré dans le bourg où fleurissait ton cœur , Tu t'écriras : « Orgueil! vain orgueil de connaître! Mon Dieu , le vrai savoir, je le savais peut-être , Lorsqu'à douze ans je chantais dans le chœur. »

Au sortir de ton presbytère , Ce jour que vers Moel-lan nous allions tous les deux , Ainsi tu gourmandais mes pensers hasardeux; Et moi , tout en marcliant , Tœil fixé sur la terre , Je savourais le miel de ta parole austère.

Bientôt une autre voix fit lever mes regards .

Gomme deux saints dans la légende , En discourant de Dieu s'en venaient par la lande Le curé de Moel-lan et celui de Gô-harz.

O troupe amie et fraternelle !

Du grand nid d' Arzannô tous les trois envolés , Sur trois pays voisins ensemble ils sont allés

S'abattre et reposer leur aile :

Si l'un jette une plainte, au son de cette voix Les autres d'accourir et bientôt ils sont trois.

Dans leur charité mutuelle Heureux ces trois amis I Heureux aussi le sol Où , guidé par le ciel, s'est arrêté leur vol !

Dans ce coin du monde celtique , Le temps n'a point brisé le joug théocratique , Pour ces fronts de croyants joug facile et léger , Que tous veulent subir , dont nul ne veut changer ; Gomme devant lor s'inclinaient nos ancêtres , Tout Breton vit heureux sous la main de ses prêtres ; Il leur remet son âme , eux , s'en font les gardiens ; Et dans leur majesté ces druides chrétiens , Maîtres, mais partageant les communes angoisses, Promènent le niveau de Dieu sur les paroisses.

Et cependant j'échappe à vos graves conseils ! Cette chaleur qui vient des mystiques soleils

Parfois languit au fond des âmes Et pour se raviver demande d'autres flammes.

L'idée au loin rayonne et , libre , me sourit ; Dans ses détours il faut la suivre :

De mon cœur j'ai fermé le livre , rouvre celui de mon esprit.

Mais s'il reparaît dans la lande , Au voyageur lassé , prêtres , tendez la main ; Ouvrez-lui votre cœur , que le sien s'y répande , Nul sans beaucoup d'ennuis ne fait un long chemin , Et s'il veut vous chanter , ô race forte et grande , Bretons , faites silence à l'entour du dôl-men I

O trinité d'amis , alors dans votre chaîne Comme un ancien anneau vous me rattacherez Nous irons visiter notre église et son chêne , Et, courant vers la mer , les deux fleuves sacrés. Quand reviendront au bourg le barde et les trois prêtres, Le grand nid d'Arzannô frémhra , tous les hêtres Agiteront dans Pair leur feuillage troublé :

QueUe paroisse d'Armorique Eut plus digne couvée, essaim plus poétique? Chantez , fleuve du Scorf ! chantez , fleuve d'Ellé !

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