SD 80 <B
Aimer Dieu, son pays, sa dame.
Voilà les trois plaisirs de Fâme:
Plongez-la dans sa trlplç flamme.
Le bal au son lointain des cors, La table et les tendres accords , Tels sont les trois plaisirs du corps.
Plaisirs du corps , plaisirs de Tâme , Et de l'esprit, tout nous réclame :
Plongeons-nous dans leur triple flamme.
Le jour naît : dans les prés et sous les taillis verts Allons, allons cueillir et des fleurs et des vers,
Tandis que la ville repose ; La fleur ouvre au matin plus de pourpre et d'azur,
Et le vers, autre fleur, s'épanouit plus pur A Taube humide qui l'arrose.
Que de fleurs ont passé qu'on n'a point su cueiUir ! Sur sa tige oubliée, ah ! ne laissons vieillir
Aucune des fleurs de ce monde!
Allons cueillir des fleurs! par un charme idéal Qu'avec l'encens des vers leur parfum matinal,
Amoureusement se cor^onde.
Allons cueillir des vers ! sous la fleur du buisson Entendez-vous l'oiseau qui chante sa chanson?
Tout chante et fleurit ; c'est i'aurore ! Je veux chPTiter aussi : blonde ^^^e du ciel ,
Ainsi de fleur en fleur va butinant son miel L'abeillejoyeuse et sonore. •
Cueillons des fleurs! Et puis, avec ce doux fardeau, Je reviendrai m'asseoir près du léger rideau
Qui voile encor ma bien-aimée , Et du bruit de mes vers dissipant son sommeil , Je ferai sur ses yeux et sur son front vermeil
Tomber une pluie embaumée.
Riante et mollement soulevée à demi ,
Je veux que de mes fleurs sur son front endormi
Sa blanche main suive la trace ; Et qu'en un doux silence admirant leurs couleurs,
Elle doute longtemps qui, des vers ou des fleurs , Ont plus de fraîcheur et de grâce.
Mes habits de Bretagne étaient là dans la chambre ,
Costume sauvage et brillant :
Je songeais en les déployant Aux lieux qui m'ont vu jeune, au retour en septembre.
£Ue, tout au présent, riait de mes soucis ; On sur mon passé, chose éteinte, Revenant légère et sans crainte
(Mais s'abusant peut-être), écoutait mes récits.
Souvent les fruits lointains sont plus doux bien qu^étranges ; Au cœur d'un autre on aime à voir, A doubler par lui son savoir : ,
Notre esprit curieux se plaît à ces échanges.
— « J'écoute, disait-elle, allons, barde, chantez ! » Et le front penché sur la glace , Elle rattachait avec grâce
Ses cheveux, noirs bandeaux sur ses tempes jetés.
En elle je n'aimai d'abord que la beauté ,
mche humide et fraîche ouverte à la gaîté.
Et l'or bruni de ses épaules , Et les frêles contours de ce corps souple et fin Qui plie à chaque pas, comme à Tair du matin
Le long des eaux tremblent les saules.
J'ai connu la beauté ! que m'importait alors
Si nulle âme, en parlant, n'animait ce beau corps,
Ces longues paupières d'Arabe?
Heureux de respirer ce souffle virginal. Ou d'écouter, rêveur, de sa voix de cristal
Tomber quelque molle syllabe. —
Pardon, si tu le peux ! à tes genoux pardon ! Lorsque, le cœur brisé, pâle, et dans l'abandon ,
Plus faible que toi, faible femme , Je vins tout éploré te dire mes douleurs , Ta secrète beauté s'éveilla sous mes pleurs ,
Et tu me révélas ton âme.
O larmes ! 6 soupirs ! ô mystères d'amour ! Femmes, pour nous charmer, vous avez tour à tour
La beauté visible et cachée ; Êtres deux fois doués! Êtres puissants et doux! Vous domptez notre force ; elle marche après vous ,
D'un double lien attachée.
B ss m
Ah ! dis-moi, jeune femme, autour de. ta demeure*
N'entends-tu pas de voix. qui pleure?
Comme moi tu perdis le rire aux ailes d'or ; Mais ton crédule espoir l'appelle-t-il encor ? Heureuse d'espérer! t- Après un long silence , Lorsqu'un hymne en secret de mon âme s'élance, Ce n'est plus vers mes jours de printemps et de fleurs ; C'est assez d'écarter de moi l'ange des pleurs, Cet ange toujours pâle et toujours lamentable Qui pleure à mon chevet et qui pleure à ma table. Mais si le rire ailé rentre dans ma maison , Si l'été qui fleurit sèche sous un rayon
Mes larmes, tu verras la chanteuse alouette Envier dans le ciel ma voix qu'on dit muette , Les bardes, s'éveillant, diront : « C'est lui! c'est lui! > Et les tranquilles eaux du Leff... mais aujourd'hui ! .. .
Ah ! dis-moi, jeune et douce femme, N'entends-tu pas de voix qui pleure dans ton âme ?
Si je viens à passer, sur ton front , en tremblant, Hélas! n'abaisse plus ainsi ton voile blanc ,
Toute rouge et toute troublée ; Au bras qui te conduit n'attache plus ton bras; Ck)mme pour m'éviter, ne presse plus tes pas
Vers quelque solitaire allée.
Eh bien ! si ma rencontre importune tes yeux , Parle avec confiance et décide en quels lieux
Il faut pour toi que je m'exile ; Ton amour fut ma paix, mon bonheur, mon soutien, Qu'aujourd'hui mon repos ne trouble plus le tien ;
Commande, je. serai docile.
Alors tes yeux ternis reprendront leur azur. Le jour, comme autrefois, naîtra limpide et pur,
La nuit s'écoulera sans fièvre ; Tu t'abandonneras à ta sécurité.
Et l'innocence aimable , et la douce gaîté
Souriront encor sur ta lèvre.
Dis un mot et je pars. — Sans trop d'enniiis pour toi , . Si je puis cependant demeurer, sou^^re-moi ;
Et, lorsqu'au détour d'une rue , Tout à coup devant toi m'offrira le hasard , Passe libre et sans peur; ne crains pas mon regard;
Je ne t'aurai pas reconnue.
Seulement, (je t'en prie! ) oh ! quand tu seras loin , Quand je pourrai braver et soupçons et témoin ,
Vers toi que je tourne la tête , Pour observer encor ton pas modeste et lent. Et tout ce qu'à mon cœur ce marcher indolent
Rappelle de grâce secrète.
Alors, alors mon cœur bondira I mille accords, Mille vœux dans mon cœur retentiront alors ,
Et se répandront sur ta route ; Et mille illusions, mille prospérités , Comme des anges purs iront à tes côtés ,
Si ce jour-là le ciel m'écoute !