ASPIRATIONS
Que de fois mon esprit a orié : liberté 1
Quand mon cœur murmurait tout bas : autorité !
Admirons la pensée aussi libve que Taigle, La suprême raisoi; qui trouve çii-soi sa règle ,
Le peuple déjà mûr à proclamer ses droits Et qui dans son forum semble un conseil de rois; Mais aimons le ramier fidèle à sa colline, La pensée humble et douce et la foi qui s'incline; Aimons Thomme ingénu que son cœur seul défend Et le peuple soumis à Dieu comme un enfant. Vous fûtes mon soutien à travers cette vie , Sœur de la Piété, noble Philosophie!
Ma force vient de vous. Fatigué, sans chemin, Vous m'avez prudemment ramené par la main , Et dans un ciel d*été comme on voit les étoiles , Votre doigt m'a montré le beau pur et sans voiles ; Et pourtant bien des fois lisant dans vos jardins , Sous vos portiques frais entourés de gradins , Je songe encore au temple, à ses riants symboles : Mon cœur faible a besoin du lait des paraboles.
Hélas ! il fut un temps où la terre et le ciel Chantaient et célébraient un hymne universel , Sur le sommet des monts, sur les eaux, dans la plaine, Quand tout vague soupir, toute voix, toute haleine , Étaient les mille accords de ce clavier divin Que les anges de Dieu faisaient vibrer sans fin : Instrument plein d'amour, concert sublime et tendre. Que l'oreille de l'homme alors pouvait entendre ; Car lui-même parlant un langage inspiré De la création menait le chœur sacré !
Rome.
AUX PRÊTRES QB BRETAG9IS.
Des hommes éloignés du sol de leurs ancêtres , Par force, par devoir, ou par un vague ennui , A vous, ch^ du troupeau, Qoa évéQU^, no» prêtres , Ces Bretons inquiets écnrivent aujourd'hui.
Nous n'irons pas troubler les pères et les mères, Vous, leurs guides secrets, cette lettre est pour v ous ; Et n'ayant à parler que de choses amères, Nous ne parlerons pas dans la langue de tous.
Est-il vrai? dans les bourgs et les plus humbles trêves Les écoles d'enfants surgissent par milliers. Tant que le bruit des flots murmurant sur les grèves Ne pourrait plus couvrir la voix des écoliers.
Bien ! Il faut que la terre où toute vie abonde Reçoive et rende un jour la semence des blés ,
Et que Fesprit de Thomme, autre ten*ain, féconde l<es germes immortels'en lui-même assemblés-
Mais, prêtres, est-il vrai ? Dans ces classes sans nombre Notre langage à nous ne résonne jamais ; Nos vieux saints ont pleuré dans leur chapelle sombre ; a Las! dit Hoel, les fils des guerriers que j'aimais! »
Donc, à notre retour, du milieu de la lande Le joyeux halliké ne s'élèvera plus, Les pâtres traîneront quelque chanson normande. Et nous serons pour eux comme des inconnus.
Oh ! Tardent rossignol, le linot, la mésange Pour louer le Seigneur n'ont pas la même voix : Dans la création tout s'unit, mais tout change, Et la variété, c'est une de ses lois.
Tzar impie et sauvage ! au front de tous les Slaves Il veut aussi poser un signe universel, Et sa main couperait la langue des esclaves Fidèle à l'idiome inspiré par le ciel.
Le dur niveau partout! — O prêtres d'Armorique, Si calmes, mais si forts sous vos surplis de lin , Anne laissa tomber le joug sur la Celtique : Sauvez du moins, sauvez la harpe de Merlin !
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Par-delà le détroit, chez nos frères de Galles, On n'a point oublié la bannière d'azur ; Le barde vénéré siège encor dans les salles , Et des livres fervents prônent le grand Arthur!
Prêtres, je vous le dis : vous, nos maîtres, nos sages, Refroidissant les cœurs par trop d'austérités, Vous avez aboli les antiques usages , Et le peuple ennuyé rête les nouveautés.
Devant vous les lutteurs se sauvent de Gomouailles, Vous coupez les cheveux des jeunes gens de Scaer ,
Et, pasteurs des esprits, vous n'avez pour vos ouaiBfs Qu'un breton incorrect et d'un mélange air .
Niveleurs imprudents ! la vieille langue éteinte , Tous les vices nouveaux chez vous arriveront , Et si vous élevez sur l'autel la croix sainte , Nul au pied de la croix n'inclinera son front.
Dieu vous donna le soin de la vivante chaîne, Il en est temps, soudez ses mystiques anneaux; Affermissez le roc où doit grandir le chêne; Entretenez la digue où s'amassent les eaux. -^
Et toi dont le premier j'ai chanté les bruyères, Qui vivras dans mes vers avec tes chastes mœurs, Pardonne-moi, Bretagne, et pardonne à mes frères Si nous jetons de loin ces sinistres clameurs !
Tout amour est craintif! Puis, une telle crise Semble bouleverser tes flancs près de s'ouvrir !.. Mais, fidèle à toi-même et gardant ta devise , Bretagne, tu diras encor : « Plutôt mourir ! »