LES TROIS POÈTES
Absorbé dans le Tout il l'appelait son dieu.
Force invisible , éther ou feu , Ce qui donne son âme à la nature entière L'animait ; sur les monts , à l'ombre des grands bois ,
Les choses l'attiraient par leurs secrètes lois ; 11 parlait au torrent, il comprenait la pierre , £t son art composait de ces milliers de voix Un hymne où se mêlaient l'esprit et la matière.
Masse, sans cercle et sans milieu , Le grand Tout l'absorbait, lui l'appelait son dieu.
Les yeux levés au ciel où sont les belles choses ,
Le poète attendait qu'enfin son astre eût lui ,
Lorsque les trois Vertus descendirent vers lui
Et leurs longs vêtements étaient blancs, verts et roses.
Elles avaient les bras l'un à l'autre enlacés ,
Mais leur front était chaste et leurs regards baissés ;
D'en haut elles disaient : «Je crois! — ^J'espère ! — J'aime ! » Le poète écouta les trois mots à genoux : De là viennent ses chants et mystiques et dpux : Dans ce monde terrestre il chante un divin thème.
11 Ta voulu le barde, et, par un libre effort,
Son cœur et son esprit, ses sens, tout est d'accord.
Extase libre ! extase pure !
Dans la triple unité du pôëte penseur , Tout ce qui lui répond : Dieu , l'homme et la nature. Harmonieusement retentit et murmure ; Chaque voix est distincte et se fond dans un chœur.
O barde sage ! extase pure !
Replié sur lui-même, il écoute enchanté Les modulations de cette trinité.