‹ Les Bretons (volume 2)Chapitre 70 sur 88 · LE LÉZARD · texte numérisé non relu

LE LÉZARD

A Berthel.

Avec une jeune veuve, Tendre encor, j'en ai la preuve , Parlant breton et français :

En causant de mille choses,

Par la bruyère aux fleurs roses , Tout en causant je passais.

C'était en juiiji, la chaleur était grande : Sur le sentier qui partage la lande , Au beau soleil se chauffait un lézard; Et dans ses tours, ses détours, le folâtre Faisait briller son dos lisse et verdâtre Et secouait la fourche de son dard.

Mais hélas ! à notre approche , Le petit fou vers sa roche Fuit , et pour le rappeler, Pour rappeler ce farouche ,

Sur un air des bois ma bouche Longtemps s'épuise à siffla*.

O mes amis, ne plaignez pas ma peine!

Car sur mon bras cette amoureuse Hél^e Tenait posé son bras flexible et rond ; Et par instants une mèche égarée, De ses cheveux une mèche cendrée Avec douceur venait toucher mon front.

Certe , à lézard et vipère .

Tout siffleur vendrait , j'espère , A ce prix-là ses chansons , Sans trouver l'heure trop lente,

IN'i la chaleur trop brûlante, M trop maigres les buissons.

Donc croyez-moi, dans cette heureuse pose, Sous le soleil et jusqu'à la nuit close J'aurais sifOé fort gaîment ; mais voilà , Mes bons amis, voilà que le vicaire, Vêtu de noir et disant son rosaire, Pour mon malheur vient à passer par là :

« Cœurs damnés! musique infâme!

« Holà ! holà ! jeune femme , « Si vous craignez par hasard « Le purgatoire où Ton grille ,

« Quittez ce sifQeur de fille , « Ce beau sifOeur de lézard ! »

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