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Les Bretons & la guerre (1914 ...)

Il y eût, après 1871, un bel article de M. Gaidoz dans la lievue des Deux Mondes , sur la poésie bretonne pendant la guerre. Je ne sais si, pour nos temps actuels, quelqu’étude de ce genre sera publiée, mais je l’espère. Le poète breton, Rolland (de Guerlesquin), Luzel, d’autres encore, étaient cités par Henri Goridoz, ainsi que des poètes d’origine bretonne écrivant dans la langue française.

Je crois que cette fois-ci la moisson littéraire serait encore plus grande, les bretons, militaires ou marins, ont tant payé de leur personne et de leur courage depuis Août 1914.

De l’Aveu de tous, à Dixmutb et sur Lyser, c’est la ténacité des régiments où les Bretons étaient en si grand nombre, qui a, pour une part des plus grandes, soutenu la résistance et assuré ie succès de nos armes.

— J’ai dit les Marins bretons, je dirai mieux, la Marine française, Elle lut partout héroïque. M. Painlevé, dans un article reproduit par le Bas- Breton, de Charles Le Goff, à Châteaulin, a dit, dés le début de la guerre, le rôle utile que nos navires ont rempli pour assurer les transports entre le Midi de la France et la côte d’Afrique .

Et depuis, ça été sur toutes les mers.

On raconte que dans la première semaine d’Août 1914, vers 6 heures, ce que nous avions de Croiseurs — 6 — près le Pas-de- Calais, furent avisés que l’on soupçonnait une forte Escadre allemande dans la Mer du Nord (150 à 200 bâtiments qui paraissaient se diriger pour forcer le détroit, — et que coûte que coûte, il fallait leur disputer le passage.

Notre Escadre s’y prépara en hâte, appelant à elle quelques cannonières de celles qui font le service du Garde-Côtes.

Et c’est avec ces 10 à 15 navires que l’on eût livré hardiment bataille à la Flotte, — énorme — des Allemands.

Ceux-ci, pense-ton, avaient pour but le débarquement, si possible, de 3 Corps d’Armées, en Basse-Bretagne.

Un Professeur aux Hautes-Etudes, en Sorbonne, M. Deramey, m’a raconté (et, il voit, dés avant 1914, signalé dans des écrits et notamment à M. Adolphe Allier, historien de la part de Bretons aux affaires militaires de 70-71),— M. Deramey racontait avoir, alors, été chargé d’une Mission dans la Loire-Inférieur prés de personnages qui accueillaient trop crédulement des étrangers, qui n’étaient que des Allemands. — et M. Deramey, devenu plus tard Précepteur dans la famille du Colonel Vincent — celui dont il fut parlé lors des incident Picquart etc.) — alla faire une enquête, dans la région de La Feuillée à le Faoüet, après l’affaire Schonebelé, pour à des Recteurs et à d’autres personnes, ce qu’avaient de supectes visites et les questions que pouvaient leur faire des gens affichant d’une grande piété et essayant de gagner

leur confiance en leur parlant selon leurs opinions.

• C’est la Basse-Bretagne qui était visée par les Allemands comme région à y tenter une descente, — si l’Angleterre restait neutre.

Et on s’explique que au début d’Août 1914, alors que l’Angleterre n’avait pas annoncé officiellement son entrée dans l’Entente franco-russe, une Flotte allemande, avec 3 à 4 Corps d’Armées, se tenait près du Pas-de-Calais.

Les Marins de vigie,— on a dit en majorité des Bretons — signalèrent l’arrivée de Navires. L’instant fut solennel.

On croyait que c’était l’ennemi, — quand le pavillon britannique et des vivats, ils nous sonnes avec vous!», apprirent qu’on avait le concours de la Grande- Bretagne.

L’ancienne Armonique, nos départements du Finistère et des

Côtes-du-Nord, ont été ainsi préservés de ce que l’Allemagne

avait l’intention de tenter sur eux. Elle a montré plus tard, par

ses Sous-Marins, le dépit qu’elle en a éprouvé.

— Les Fusilliers marins de Lorient (6000) furent les premiers envoyés en Belgique et sur notre frontière, dés l’invasion. 11 y en eut aussi quelques jours à Paris, et à S'-Denis.

La Belgique! j’ouvre ici une parenthèse.

— Il y a, dans le voisinage de mon domicile, une Maison dite «Fondation Augusta» pour le placement de Gouvernantes et d’institutrices allemandes. Je remarquais, bien avant la guerre, qu£ de ces personnes vues par moi entrer ou sortir de cet établissement aimaient à s’arrêter aux étalages de bouquinistes, et j’en retrouverais aux boîtes des parapets des quais. Je crus qu’elles cherchaient des livres scolaires, et j’appris que c’était surtout une édition de 1836 ou 1838 du Guide aux Galeries du Musée de Versailles, le guide qui le premier a donné la description de tableaux, parfois même non encore existants et à faire.

Je parcouru ce volume, et je vis que ces desci iptions, contenaient, pour la composition , des extraits d’historiens militaires et surtout de Jomini, qui donnent des détails de grande exactitude des combats et batailles précisément du Nord-Est et de la Bel-

gique. Qui sait si ce Guide n’a pas été pour un peu dans les plans de l’Etat-Major Allemand ! — Tout avait été si bien combiné et préparé par les émissaires et enquêteurs secrets.

C’était vainement pour la Bretagne-Finistère que des esprits clairvoyants signalèrent bien des éventualités à craindre. M. Antoine Bott demandait la prolongation du chemin de ter jusqu’à l’extrémité de la Presqu’ile de Crozon obtenu par sa persévérance. Le député Guyader, M. Yves Le Lefebvre, M. Laiher, le Candidat législatif, Ginjade, d’autres encore, faisaient entendre leurs voix mais trop souvent s’en être écoutés. Il a fallu la triste réalité pour qu’on rendit hommage à leurs alarmes patriotiques.

Et plus tard on a vu, par les criminels torpillages, ce qu’aurait été le plan de descente allemande.

Peu de pays ont plus que la Bretagne donné d’héroïques défenseurs à la Patrie. Outre les Marins, les Mobilisés, surtout ceux constitués en Régiments, furent partout demandés par les Chefs de Corps. On sait la part prise par eux à la défense de Verdun et leur vaillance admirable dans les succès au delà de la ville.

Partout ils furent à l’ordre du jour et aux citations d’honneur.

Et le long de nos côtes, au travail de la pêche, à l’œuvre des surveillances de Patrouilleur, à celle des sauvetages dangereux, aux rudes journées des ateliers de constructions navales et d'engins, de fabrication de munitions, hommes, femmes, enfants, vieillards, — tous se multiplient, vaillants, modestes, simples de cœur, dévoués à la France, bons Français, fermes Républicains.

«Les Républicains sont des hommes», aiment-ils à dire avec le poète du Chant du départ.

— Et les ouvriers de l’Arsenal de Brest, ceux qui, comme on dit «sont au Port», ont surmonter toute fatigue, achevé avec rapidité le grand navire, la Bretagne, frère en progrès de force de la Bretagne servant d’école, — et ce navire (le vaisseau) arbore glorieusement le Pavillon nationnal brodé par les Bretonnes de Brest travaillant, elles aussi, avec toutes les Françaises, aux œuvres de défense de la Patrie, de secours aux victimes, et de solidarité dans la pensée constante de la délivrance dans le présent et de la sécurité pour l’avenir.

Th. LEFEBVRE

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