DES BRIGANDS
UN BRIGAND, (fermant un livre).—Oui, je le soutiens à la honte du siècle, notre race est abâtardie. L'homme d'aujourd'hui ne ressemble pas plus à l'homme d'autrefois que la vie d’un bûcheron à celle d’un sybarite, ou la tête d’un petit-maître au buste de Marius. Tenez, quand j'ai le cerveau farci de quelques pages de Plutarque, et que mes réflexions se tournent par hasard sur les petites intrigues et le caractère chétif de mes contemporains, je crois sortir d’un cercle de grands hommes pour m'amuser un instant à voir danser les marionnettes.
UN sECoND BRIGAND.—Bravo ! un verre de vin làdessus, et son raisonnement n’en vsudra que mieux. (Ils se versent à boire.)
RaAzMANN, (examinant des papiers). —Quelle abomination ! Voilà des preuves sans réplique.
LE PREMIER BRIGAND, (après avoir bu).—N'es-tu pas de mon avis, Razmann ?
RaAZMANN, (en colère).—Laisse-moi... Je suis indigné contre tout ce qui porte le nom d'homme ; ce baron de Starfelds est un monstre.
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LE PREMIER BRIGAND.—C'est pour le juger que le tribunal s’assemble demain. Le capitaine m'a chargé de le défendre ; mais comment faire? J'ai parcouru tout le canton pour recueillir un seul fait qui pôt parler en sa faveur, mais rien.—Et j'aurais pu former un volume des vexations qu’il a commises.
RAZMANN, (examinant les papiers).—Tenir un vieil. lard dans les fers pendant quinze mois'.. L'enlever à sa femme !.. à ses enfants !.. Ruiner toute une famille pour un coup de fusil tiré sur un chevreuil !.. (Pen. sif, 1 continue, sur un chevreuil! Et de pareilles horreurs se commettent dans la Franconie !.. et dans le quiuzième siècle encore ! sur ce peuple que César sut dompter sans jamais pouvoir le rendre esclave. — Mort de mon âme! camarades, croyons-en notre capitaine. Ne bornons pas nos exploits à punir les oppresseurs de notre patrie, rendons nos bienfaits universels. Analysons les droits que la nature à départis à notre espèce ; adressons ce manifeste à tous les peuples courbés sous le joug des tyrans, à tous les hommes encore capables de sentir la dignité de leur être. Réveilluns nos compatriotes, qu’ils se réunissent. à nous, et la Franconie deviendra un Etat libre, auprès duquel et Rome et Sparte n'auront été que des couvents de nonnes. A boire, camarades !.. (On lui verse à boire.) A la santé du capitaine Robert !
LE PREMIER BRIGAND, {se versant à boire).—De notre général Robert !
UN SECOND BRIGAND.— Du grand réformateur Robert ! |
UN TROISIÈME BRIGAND, (buvant).—Du premier des hommes !
RAZMANN, (après avoir bu et égouttant son verre). —Que n'est-ce là le sang du dernier des tyrans !
LE PREMIER BRIGAND.— Je donnerais le mien pour l'obtenir.
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Razmanx.—Patience ! leur règne finira. Rappelez vous les paroles du capitaine quand, après l'avoir attaqué dans les forêts de la Bohème, nous tombâmes à ses pieds pour le prier d'être notre chef. «—Oui, je le serai, dit-il, si vous me jurez d’être justes.—Rome fut fondée par des brigands, et Rome n'en devint pas moins la maîtresse du monde ; que cet exemple vous inspire, et faisons pour la Franconie ce qu'ils firent pour l'univers.» —Robert nous l'a promis, camarades, il tiendra sa parole.
LE PREMIER BRIGAND.—Il n’est rien de grand dont il ne soit capable ; mais son projet exige...
RazMawN, (l'interrompant).—De la tête, du cœur, et des bras dévoués à Robert.
LE PREMIER BRIGaND.— Voici sans doute Île capitaine.