MAURICE, UN LAQUAIS, RAIMOND
LE LAQUAIS.—Quelqu'un demande à vous parler en secret.
Maurice. — Que veut-il ? {À part.) C’est lui sans doute. Fais entrer. { Raimond entre.) Ah ! te voilà, Raimond : tu m'as bien fait attendre.
RAIMOND. — Pardonnez.. une maladie survenue à mon oncle...
Maurice. — Et dont il faut acheter l’héritage par quelques complaisances... j'entends.
RaIMoND. — Non, le destin ne me promet rien de ce côté-là.
Maurice. — Eh bien ! je veux t'employer plus utilement, Mais avant tout réponds-moi : connais-tu un jeune homme appelé Victor de Northal, qui demeure dans ce pavillon.
RAIMOND. — J'ai beaucoup entendu vanter sa bien-
cui À une
faisance ; mais, étranger dans ce château où je ne l'ai vu qu'un moment, quand vous me fites appeler pour garder votre père pendant la léthargie que vous savez... je ne l’ai pas vu depuis.
Maurice (avec confiance). —A merveille! Ecoute : toi seul, tu sais ce qu’il m'en a coûté pour devenir l'héritier de mon père ? Ton zèle m'y aida, et ma reconnaissance ne se bornera pas aux petits services que je t'ai rendus jusqu'ici. Mais tout le fruit de nos soins est perdu, si je ne puis prouver la mort de Robert. C’est à toi, Raimond, de lever cet obstacle, et ta fortune est faite. Je me charge dès ce moment de la réussite de ton procès. Puisque tu n'es pas connu, voici le rôle que tu dois jouer près de Victor. Un vieil habit de soldat, une large moustache, le havre-sac au dos, c’est ton accoûtrement. Tu reviens des campagnes de la Turquie d'Europe, où le hasard te fit connaître un compatriote nommé Robert. Ce jeune homme, consumé par un chagrin secret qui lui faisait haïr la vie, se trouve avoir été blessé à la bataille livrée par l’empereur Fréderic à Mahomet II. A l’approche de la mort, Robert te fait appeler, te charge d’un paquet qu’il te prie de remettre à son adresse, quand un congé t'aura permis de retourner dans ta patrie. Ce temps est arrivé, et l'amitié te fait un devoir de t’acquitter de ta commission. Voilà le précis de la fable ; je laisse à ton jugement le soin de l’embellir de faits qui pourront ajouter à sa vraisemblance.
Ramon. — Comptez sur mon exactitude... Et ce paquet ?
Maurice.—Il est tout prêt, je vais le chercher. (77 sort.)