SCÈNE V
MAURICE, #n paquet à la main ; RAIMOND.
Maurice. — Le voilà. Il renferme deux objets : l’un est la lettre supposée, l’autre un portefeuille que mon frère reçut des mains de Victor, et que j'eus l'adresse de lui dérober au moment de son départ. Quant à tes vêtements, tu les trouveras au fond du pare, sous une des voûtes de la vieille tour... ( Raimond fait ici un mouvement de frayeur et de surpri se. — Maurice continue.) Pourquoi cet étonnement ? tu parais effrayé ?
RaïrmonD fembarrassé). — Vous commandez, je ne puis qu'obéir, mais mon respect pour la mémoire de votre père, son âge, ses malheurs... son désespoir quand, seul avec vous, par son ordre, je le descendis dans ce noir souterrain... Ces paroles déchirantes qu’il prononça d’une voix éteinte et en s’arrachant
NT
les cheveux blancs qui couvraient son front respectable : « Et toi aussi, Raimond, tu m’abandonnes ! » Cette image, et l'idée des tourments qui auront précédé ses derniers soupirs ont chassé la paix de mon âme...
Maurios. — Est ce un sermon que tu prétends me faire ?
RaIMoND. — Pardon, si ma sensibilité vous offense.
Maurice. — Elle me fait pitié. Que peut-on me reprocher ? Plongé depuis plusieurs heures dans un sommeil léthargique, tu sais que nous le crûmes mort ; cette nouvelle se répandit dans mes domaines, je l’annonçai même aux princes mes voisins. Tout à coup mon malheur le rend à la vie. Comment revenir sur mes pas ? Nous l'avons tous deux transporté dans cette tour où il est mort depuis. Quel est mon crime ? et que crains-tu, honnête Raimond ?
Ramon. -— Mais ce frémissement involontaire.
cette horreur secrète qui me saisit à la vue de cette tour... ces ossements blanchis qui semblent se réunir, se ranimer et s'élever de la nuit du tombeau contre la barbarie de ses assassins.
Maurice (d'un ton sec). — Raimond... ta morale commence à me lassefÿ... écoute : ton sort, celui de ta famille, tout est dans ma dépendance ; je puis t’élever au rang de magistrat, placer tes enfants dans mes régiments, assurer leur fortune et changer en palais la cabane où le destin te comdamne à végéter ; mets d’un côté ces avantages, de l’autre mon inimitié : songe à ta famille, et prononce sur le parti qu’il t’importe de prendre.
RaïMonD. — Mon choix est fait, j'obéirai.
MAURICE. — Tu verras si je sais reconnaître un service. Sors, et prends garde qu’on ne te voie ici.
RaïIMOND. — Demain, à son lever, je parais devant lui, et vous serez aussitôt instruit du succès de mon message.
MauR10E. -— N'oublie pas d'ajouter qu'il est mort dans tes bras.
Raïmon». —— Il suffit, (A part.) Ah ! le scélérat ! ( Il sort.)