‹ Les brigands de Franconie [microforme]Chapitre 9 sur 52 · MAURICE, BERTRAND. (X · texte numérisé non relu

MAURICE, BERTRAND. (X

BERTRAND. — Je viens vous avertir qu'il est temps de mettre le château en état de défense. Une troupe de brigands qui infeste les environs vient de se retirer sur vos terres.

MAURICE. — Qu'on fasse armer tous mes vassaux.

BERTRAND. — Ce secours est insuffisant.

Maurice. — Contre une horde de vagabonds ?

BERTRAND. — Ne vous y trompez pas, leur nombre est considérable, et leur hardiesse est sans exemple. Ile respectent la propriété du malheureux, mais rien ne leur résiste dès qu’il ont juré la perte d’un magistrat injuste, d’un homme inique er place, ou dun prince oppresseur. La mort du comte de Marbourg en

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est une preuve. Ce seigneur, prévenu de leur arrivée, fait assembler ses gardes, hausser les ponts et renforcer les postes ; rien ne peut le sauver. Dans un clin d'œil le fossé est franchi, le château environné ; ils entrent, leur chef s’élance sur le comte, et, lui plongeant un poignard dans le sein : « Bourreau de ton peuple, dit-il, voilà le prix de tes oppresrions. » Puis, s'adressant à ses camarades : J'ai fait ce que j'ai dû, le reste vous regarde. » Aussitôt les appartements sont inondés de brigands, les portes enfoncées, les coffres forcés, et tout le château abandonné au pillage.

Maurice (effrayé). — Le comte de Marbourg assassiné !

BERTRAND. -- Au poignard enfoncé dans son sein, était attaché un papier où l’on lisait ces mots terribles: Arrêt de mort contre Adolphe, comte de Marbourg, pour cause d'oppression, par le tribunal sanguinaire.

Maurice. — Poignardé dans sa cour !.…

BERTRAND. — Au milieu de son conseil.

Maurice. — $Ses gardes, ses vassaux l'ont souffert.

BERTRAND. — Sa garde fut repoussée. Quant à ses vassaux, ils ne voyaient en lui qu'un oppresseur, et la mort d’un tyran est un bienfait pour ses sujets.

Maurice. — Êt ses courtisans ?..

BERTRAND. -— Les courtisans sont des lâches !

Mauro. -— Mais ses amis, Bertrand, ses amis ?

BERTRAND. — Les mechants n’en ont pas.

MauR10E. —— Quel est donc le parti qu'il me convient de prendre ? Parle, faut-il assembler mes paysans ?

BERTRAND. —— Ils sont si malheureux !

Maurice. — Crois-tn qu’ils m’abandonneraient ?

BERTRAND. —— Ils n'ont que leurs foyers, ils voudront les défendre : dans un danger commun, chacun tremble pour soi. Je vous l'ai dit cent fois,

et le répète encore : tout est à craindre pour qui n'a jamais inspiré que la crainte.

Maurice (inquiet). — Ils sont en grand nombre, dis-tu.. commandés par un chef !

BERTRAND. - Qu'on dit mênie être d’une naissance illustre

Maurice (profondément frappé). — Holà ! Henri. Julien. que dans une heure tous mes gens soient sous les armes... Que mes gardes-chasse, mes piqueurs et tous les officiers de ma maison se réunissent sur la place. (A l’un d'eux.) Vous, montez à cheval ; cou rez dire à mon régiment de se rapprocher du château. Vous, instruisez mes paysans que je suis entouré de brigands ; qu'on en veut à mes jours. Flattez, promettez, menacez... Malheur à qui n’obéira pas à mes ordres ! { Les domestiques sortent.) Et toi, mon cher Bertrand'!toi, depuis vingt ans attaché à ma famille... chéri, estimé de tout le canton, tu as sans doute beaucoup d'amis ?

BERTRAND. — Uui, tous les malheureux, et il n'en manque pas dans vos domaines.

Maurice — Puis-je compter sur eux? Faut-il diminuer les impôts, abolir les corvées ? Je promets tout, tout, tout !

BEerTrAND. — Ce bienfait est tardif, et le danger pressant. Vous pouvez cependant espérer tous les secours qui dépendront de moi.

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