‹ Les bureaux de placement; pièce en un acteChapitre 1 sur 12 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

tes les bonnes entrent en foule et envahissent alon. Elles parlent toutes à la fois et forment des upes de deux ou trois personnes).

FIRMINIE.

voyons, Mesdames, parlez moins haut, on ne s'enlead pas. [Les bonnes baissent la voijc). FRANÇOISE, à Marie.

vlors, vous dites que vous n'avez jamais servi?

V Paris ! Mais dans mon pays, j'ai été servante d'auberge.

Lemeucieh de Neuville.

172 Le Bureau de Placement

FRANÇOISE

Ca n'est pas la même chose, vous vous placer difficilement.

MARIE

A cause ?

FRANÇOISE

Parce que vous ne connaissez pas le service.

MARIE

C'est pas bien diflicile ! J'sais faire la vaisscili . écurer les casseroles, balayer. Quoi faut-il de plus ? Je m'propose comme bonne à tout faire. Eh bien, je ferai tout!

FRANÇOISE

Pauvre innocente! Quand bien même vous auriservi chez un bourgeois dans voire pays, vous i feriez pas l'affaire chez un bourgeois d'ici. C'est (j:; vous ne savez pas comme on est exigeant à Paris.

MARIE

Ça se pourrait bien, mais j'suis pas feignante.

FRANÇOISE

Je n'vous dis pas, mais ce n'est pas suflisant.

J'comprends, ils veulent do l'ouvrage bien fait( .

FRANÇOISE

Et il n'faut pas flâner ! Et puis, il y a bien d'autr( choses : faut être polie, faut pas répondre aux m; très quand ils vous grondent, faut ôtre proj)rc cornu i un sou, faut... faut... faut... enfin, il en faut tan qu'une maîtresse de maison, si elle devenait domest que ne pourrait pas rester en i)iaco.

MARIE

Ah ! Mais ! Ah ! Mais !

FRANÇOISE

C'est commença! Mais faut pas vous décourager

Le Bureau de Placement 173

ou s avons toutes commoncé comme vous. Venez

Ycc moi, je vais vous doniier des conseils pour n'être

trop maladroile. Comment vous appelez-vous ?

MARIE

^„, Marie, Mario Torvaclic de la commune de Saintl^h^bin, près de Morlaix.

I^^B FRANÇOISE

Vous êtes Bretonne, nous sommes payses, je m'aplle Françoise. Venez, venez. [Elles s'éloignent).

CATHERINE, à Fuminic.

Y avait plus moyen d'y tenir. Je leur z'y'ai rendu mon tablier.

IIRMIME.

Dites la vérité, Catherine, ils vous ont donné vos huit jours.

CATHERINE

A quoi voyez-vous ça, Firminie ?

FIRMINIE.

Parce que je vous connais, c'est pas que vous soyiez une mauvaise fille, mais d'abord vous avez la tète près du bonnet.

CATHERINE

Dnme! J'aime pas qu'on me bouscule.

FIRMINIE.

Et puis, dites vrai, vous levez parfois le coude?

CATHERINE

Faut pas laisser perdre les fonds de bouteille.

FIRMINIE.

Puis, vous faites trop bien le marché.

CATHERINE

Pour quelques sous que je marque en plus. Ça ne ruine pas les maîtres.

174 Le Bureau de Placement

FIRMINIE.

Non. Mais ca vous fait perdre votre place.

CATHERINE

Vous avez bien perdu la vôtre, vous !

FIRMINIE.

Oli ! moi, c'est différent ! Je n'ai pas tous ces petits défauts là... Je fais mon service comme on doit le faire. .

CATHERINE

Eh bien, pourquoi êtes-vous sans place?

FIRMINIE.

Parce que je ne gagnais pas assez cl quOn n'a pns voulu m'augmenter.

CATHERINE

C'est vrai que les maîtres ne paient pas cher.

FIRMINIE.

C'est notre faute, nous acceptons ce qu'ils nous donnent,

CATHERINE

Y a pas moyen de faire autrement, on ne se placerait pas.

FIRMINIE.

Si, on se placerait, mais il faudrait s'entendre.

CATHERINE

Comment ça ?

FIRMINIE.

Eh bien, si nous convenions entre nou^ xj.^ ;,-...> ne nous placerions pas moins de soixante francs par mois au minimum, et le vin en plus, les maîtres qui ont besoin de domestiques seraient bien obligés de mettre les pouces.

CATHERINE

Oh! moi je veux bien m'engag. Mais les

autres.

Le Bureau de Placement 175

FIRMIME.

Écoutez, Catherine, on peut bien essayer. Avant que placière n'arrive j'ai envie de faire la proposition.

CATHEUINE.

Oui!, Oui! C'est une idée! (xiwx: bonnes]. Dites donc! Écoutez! Firminie va faire une proposition! Venez ici! Écoutez bien. [Les bonnes se rangent au' '"'"• ^'^ Firminie).

MARIE

IUne proposition ! Qu'est-ce que c'est ? CATHERINE.

Taisez-vous ! Vous allez le savoir.

FIRMINIE.

Voilà ce que c'est: Quand nous entrons en service, •mmes-nous suffisamment payées? Trouvez-vous «{ue vous gagnez assez ?

TOUTES LES BONNES

Non ! non ! Jamais assez !

FIRMINIE.

Voulez-vous gagner plus ?

LES nON.VES.

Oui ! Oui

FIRMINIE.

Si l'on vous donnait soixante francs par mois et le vin en plus, soricz-vous contentes?

LES BONNES

Oui ! oui !

FIRMINIE.

Eh bien, pour cela, il n'y a qu'un moyen, c'est de nous syndiquer.

MARIE

Syndiquer! Qu'est-ce que c'est que ça?

17G Le Biirciut de Placement

CATHEniNE.

Taisez- vous!

FIRMINIE.

Quand on nous engage dans une place, c'est nous, n'esl-ce i)as qui déballons nos gages avec nos maîtresses. Èli bien, jurons ici que nous ne nous engagerons pas avec elles à moins de soixante francs j)ar mois.

CATHERINE

Et le vin en plus !

FIIIMINIE.

Comme nous aurons toutes le mùme chiffre, les maîtresses ne trouvant plus de servantes à bon marche seront bien obligées d'accepter notre j)rix.

LES BONNES

Oui, oui, oui ! Bravo!

FIRMINIE.

Ainsi c'est convenu ! Jurez alors que vous ne vous placerez pas à moins.

TOUTES Li:S BONNES.

Nous le jurons !

Fir.MINIE.

C'est bien ! Et si une de nous manquait à son serment, nous lui ferions perdre sa place et empocherions quelle en trouve une aulre.

TOUTES LES BONNES

Bravo ! Bravo ! nous le jurons!

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