SCENE VII
Les Mêmes, M»»" MERLUCHET.
MADAME MERLUCHET.
Bonjour Madame Bonnenville, bonjourMademoiselle Lafleurette, bonjour tout le monde. Eh ben, me v'ià,
182 Le Bureau de Placement
c'est encore moi! J 'peux pas les garder ces satanées
bonnes.
MADAME BONNENVILLE.
Vous êtes peut-être trop exigeante.
MADAME MERLUCHET.
Exigeante! moi! Ah! ben merci! C'est elles plutôt qui le sont. Au bout du premier mois, c'est réglé, elles me donnent leurs huit jours.
MADAME BONNENVILLE.
Pourquoi cela? Elles donnent une raison.
MADAME MERLUCHET.
Ne m'en parlez pas ! chacune a la sienne: C'est leur mère qui est malade, c'est leur sœur qui se marie, c'est ceci, c'est cela, en résumé, elles me laissent là. Et il ne faut pas me dire qu'on est mal chez moi, je suis la mère des bonnes. Je vas vous en donner une idée : Le matin la fille se lève à cinq heures, moi à huit, c'est ben juste, n'est-ce pas, y a tant à faire : balayer la salle à manger, le salon, etc., faire un tas de choses; dame! une maison c'est une maison, faut l'entretenir et la fdle est là pour ça. Bon ! à huit heures le petit dcyeuner; une tasse do lait et un petit pain. La fille déjeune comme moi et avec moi, dans la cuisine. Dans la matinée elle fait les chambres et le reste. A midi, grand déjeuner, un œuf sur le plat, des noix pour dessert. Elle mange comme moi, mais pas avec moi; dans la cuisine. Le soir à dîner, c'est une saucisse ou du boudin et des pommes de terre, ça ne varie jamais. Une nourriture smiple et pas trop abondante, c'est la santé. Je donne un litre de vin par semaine, je n'aime pas qu'on boive trop, ça se comprend. Eh ben! voilà-t-d pas une vie agréable ! avec ça une sortie de trois heures, tous les deux mois, im dimanche, dans la journée! Je me demande ce qu'il faut de plus à une jeunesse qui a besoin de gagner sa vie.
Le Bureau de Placement 183
MADAME BONXENVILLE.
Et les <^ages?
MADAME MERLUCHBT.
Oh! Je n'y regarde pas! Je donne vingt francs, c'est beaucoup! mais je retiens la casse; c'est bien naturel.