‹ Les Burgraves trilogieChapitre 26 sur 49 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LE MENDIANT

Le tnouieuteslveuu de frapper ce grand coup.

On pourrait tout sauver , mais il faut risquer tout. Qu’importe, si Dieu m’aide! — Allemagne! ô patrie! Que tes fils sont déchus, et de quels coups meurtrie, Après ce long exil , je te retrouve , hélas !

Ils ont tué Philippe, et chassé Ladislas,

Empoisonné Heinrich ! Us ont, d’un front tranquille. Vendu Cœur-de-Lion comme ils vendraient Achille !

O chute affreuse et sombre! abaissement profond ! Plus d’unité. Les nœuds des états se défont.

Je vois dans ce pays, jadis terre des braves ,

Des Lorrains, des Flamands, des Saxons, des Moraves, Des Francs, des Bavarois, mais pas un Allemand.

Le métier de chacun est vile fait , vraiment ;

C’est chanter pour le moine et prêcher pour le prêtre, Pour le page porter la lance de son maître,

Pour le baron piller, et pour le roi dormir.

Ceux qui ne pillent pas ne savent que gémir.

Et, tremblant comme au temps desempereurs saliques, Adorer une châsse et baiser des reliques!

On est féroce ou lâche , on est vil ou méchant.

Le comte palatin , comme écuyer tranchant ,

A la première voix au collège , après Trêve ;

U la vend. Du Seigneur on méconnaît la trêve ;

Et le roi de Bohême , un Slave ! est électeur.

Chacun veut se dresser de toute sa hauteur.

Partout le droit du poing , l’horreur , la violence.

Le soc qu’on foule aux pieds se change en fer de lance ; Les faux vont à la guerre et laissent la moisson. L’incendie est partout. En chantant sa chanson ,

Tout zingaro qui passe au seuil d’une chaumière , Cache sous son manteau son briquet et sa pierre.

Les Vandales ont pris Berlin. Ah! quel tableau!

Les païens à Dantzick! les Mogols à Breslau:

Tout cela dans l’esprit en môme temps me monte, Pêle-mêle, au hasard; mais c’est horrible!... — ô

[honte!

Mus d'argent. Tout est mort, pays, cité, faubourg. Comment linira-t-on la flèche de Strasbourg?

Par qui fait-on porter la bannière des villes?

Par des juifs enrichis dans les guerres civiles. Abjection ! — L’empire avait de grands piliers, Hollande, Luxembourg, Clèves, Gueldres, Juliers... — Croulés! — Plus de Pologne et plus de Lombardie! Pour nous défendre au jour d’une attaque hardie, Nous avons Ulm, Augsbourg, closes de mauvais pieux! L’œuvre de Charlemagne et d’Olhon le Pieux N’est plus. Notre frontière à l’occident s’efface,

Car la haute Lorraine est aux comtes d’Alsace,

Kl la basse Lorraine aux comtes de Louvain.

Plus d’Ordre Teutonique. Il ne reste à Gauvain.

Que vingt-huit chevaliers et cent valets de guerre. Cependant le Danois menace ; l’Angleterre Agite gibelins et guelfes; le Lorrain Trahit ; le Brabant gronde ; un feu couve à Turin ; Philippe-Auguste est fort; Gênes veut une somme; L’interdit pend toujours; le saint-père dans Rome Rêve, assis dans sa chaire, incertain et hautain ;

Et pas de chef, grand Dieu ! devant un tel destin !

Les électeurs épars , creusant chacun leur plaie , Chacun de leur côté, couronnent qui les paye;

Et , comme un patient qui , sanglant, déchiré,

Meurt , par quatre chevaux lentement démembré, D’Anvers à Ratisbonne, et de Lubeck à Spire,

Fout par quatre empereurs écarteler l’empire! — Allemagne! Allemagne! Allemagne! hélas!

Sa tête tombe sur sa poitrine ; il sort à pas lents par le fond

du théâtre. Olbert, qui est entré depuis quelques in-

stants, le suit des yeux. Le mendiant s'enfonce sous les arcades de la galerie.

Tout à coup le visage d’Olbert s’éc’aire d'une expression de joie eide surprise. Régina apparaît au fond du théâtre, du côté opposé à celui par lequel le mendiant est sorti. Kégina radieuse de bonheur et de santé.

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