I.ES BURGRAVES
Vous seul ! Sans vous l’État louche aux derniers mo- II est en Allemagne encor deux Allemands; [ments, Vous et moi. — Vous et moi, cela suffira, sire. Régnez.
Désignant du geste les assistants.
Quant à ceux-ci, je les ai laissés dire.
Excusez les , ce sont des jeunes gens.
A Magntts, qui est resté debout.
Magnas!
Magnus, en proie à une sombre irrésolution, semble hésiter. Son père fait un geste. Il tombe à genoux. Job poursuit.
Toujours barons et serfs, fronts casqués et pieds nus. Chasseurs et laboureurs ont échangé des haines ;
Les montagnes toujours ont fait la guerre auxfyaines; Vous le savez. Pourtant, j’en conviens sans effort, i Les barons ont mal fait, les montagnes ont tort !
Se relevant. Aux soldats.
Qu’on mette en liberté les captifs.
Les soldats obéissent en silence et détachent les chaînes des prisonniers, qui, pendant cette scène, soDt venus se grouper dans la galerie, au fond du théâtre. Job reprend.
Vous, burgraves,
Prenez, César le veut, leurs fers et leurs entraves.
Le* burgraves se relèvent avec indignation. Job les regarde avec autorité.
— Moi, d’abord.
Il fait signe à un soldat de lui mettre au cou un dos colliers • de fer. Le soldat baisse la tête et détourne les yeux. Job
lui fait signe de nouveau. Le soldai obéit. Les autres burgraves se laissent enchaîner sans résistance. Jol> . la chaîne au cou, se toiwne vers l'empereur.
Nous voilà comme tu nous voulais, Très-auguste empereur. Dans son propre palais Le vieux Job est esclave et t’apporte sa tète. Maintenant , si des fronts qu’a battus la tempête Méritent la pitié , mon maître, écoulez moi .
Quand vous irez combattre aux frontières, A roi , Laissez-nous , — faites-nous celte grâce dernière, — Vous suivre, troupe armée et pourtant prisonnière. Nous garderons nos fers; mais, tristes et soumis , Mettez-nous face à face avec vos ennemis ,
Devant les plus hardis, devant les plus barbares;
Et quels qu'ils soient, Hongrois, Vandales, Magyares, Fussent-ils plus nombreux que ne sont sur la mer Les grêles du printemps et les neiges d'hiver, Fussent-ils plus épais que les blés sur la plaine , Vous nous verrez , flétris, l’œil baissé, l’âme pleine De ce regret amer qui se change en courroux ,
Balayer — j’en réponds! - ces hordes devant vous , Terribles , enchaînés, les mains de sang trempées , Forçats par nos carcans, héros par nos épées!
le capitaine des \rcdeiis dd Bt rc, s'avançant vers Job, et s’inclinant pour prendre ses ordres.
Seigneur... •
Job secoue la télé et lui fait signe du doigt de s’adresser à l’empereur, silencieux et immobile au milieu du théâtre Le capitaine se tourne vers l'empereur et le salue profondément.
Sire...
l’khpkrki r , désignant tes burgraces.
Aux prisons! „
l.es soldats emmènent les barons, excepté Job, qui reste sur un signe de l'empereur. Tous sortent. Quand ils sout seuls, Frédéric s'approche de Job et détache sa chaîne. Job se laisse faire avec stupeur. Moment de silence.
l’eiperecr, regardant Job en face.
Fosco !
job, tressaillant avec épouvante
Ciel!
l'empereur, le doigt sur la bouche.
Pas de bruit
Dieu !
job, à part.
l’empereur.
Va ce soir ui’altendre où tu vas chaque nuit.
FIN UK LA DEUXIÈME PAllTIE.