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PREMIÈRE PARTIE

— L'AIEUL

LE COMTE LUPUS, rianu

Que vous a-t-il donc fait, bonhomme?

M AGNUS

0 nos ancêtres I

Restez, restez voilés! — Ce qu'il m'a fait, mes maîtres? — Ne parlais-tu pas, toi, petit comte de Mons? — Descends les bords du Rhin, du lac jusqu'aux Sept-Monts, Et compte les châteaux détruits sur les deux rives! — Ce qu'il m'a fait? — Nos sœurs et nos filles captives. Gibets impériaux bâtis pour les vautours Sur nos rochers avec les pierres de nos tours, Assauts, guerre et carnage à tous tant que nous sommes, Carcans d'esclave au cou des meilleurs gentilshommes, Voilà ce qu'il m'a fait! — et ce qu'il vous a fait ! — Trente ans, sous ce césar qui toujours triomphait, L'incendie et l'exil, les fers, mille aventures, Les juges, les cachots, les grefliers, les tortures, Oui, nous avons souffert tout cela! nous avons. Grand Dieu! comme des juifs, comme des csclavons. Subi ce long affront, cette longue victoire. Et nos fils dégradés n'en savent plus l'histoire ! — Tout pliait devant lui. — Quand Frédéric premier. Masqué, mais couvert d'or du talon au cimier, Surgissant au sommet d'une brèche enflammée, Jetait son gantelet à toute notre armée. Tout tremblait, tout fuyait, d'épouvante saisi. Mon père seul un jour, —

Montrant raulre vieillard.

mon père que voici ! — Lui barrant le chemin dans une cour étroite. D'un trèfle au feu rougi lui flétrit la main droite 1 — 0 souvenirs! ô temps! tout s'est évanoui! L'éclair a disparu de notre œil ébloui. Les barons sont tombés; les burgs jonchent la plaine.

De toute la forêt il ne reste qu'un chêne,

S'inclinant devant le vieillard.

Et ce cliêno, c'est vous, mon père vénéré I

Se redressant.

— Barberousseî — Malheur à ce nom abhorré! — Nos blasons sont cachés sous l'herbe et les épines. Le Rhin déshonoré coule entre des ruines! — Oh! je nous vengerai! — ce sera ma grandeur! — Sans trêve, sans merci, sans pitié, sans pudeur, Sur lui, s'il n'est pas mort, ou du moins sur sa race. Rien ne m'empêchera de le frapper! — Dieu fasse Qu'avant d'être au tombeau mon cœur soit soulagé, Que je ne meure pas avant d'être vengé I Car, pour avoir enfin cette suprême joie, Pour sortir de la tombe et ressaisir ma proie, Pour pouvoir revenir sur terre après ma mort. Jeunes gens, je ferais quelque exécrable effort ! Oui, que Dieu veuille ou non, le front haut, le cœur ferme, Je veux, quelle que soit la porte qui m'enferme. Porte du paradis ou porte de l'enfer, La briser

Élundant le bras.

d'un seul coup de ce poignet de fer! —

Il s'arrête, s'interrompt et reste un moment silencieux.

[lélas! que dis-je là, moi, vieilLrd solitaire!

Il tombe dans une profonde rêverie et semble ne plus rien entendre autour de lui. Peu à peu la joie et la hardiesse renaissent parmi les convives. Les deux vieillards semblent deux statues. Le vin circule et les rires recommencent

H A T T 0 , bas au duc Gerhard en lui montrant les vieillards avec un haussement d'épaules.

L'âge leur a troublé l'esprit.

GORLOIS, bas, au comte Lupus, en lui montrant natta

Un jour mon père Sera comme eux, et moi je serai comme lui.

PREMIÈRE HARTIE. — L AÏEUL. 55 Il A T T 0 , au duc.

Tous nos soldats leur sont dévoués. Quel ennui!

Copeiidanl Gorlois el quelques pages se sont approchés de la fenêtre et regardent au dehors. Tout à coup Gorlois se retourne.

G 0 R L 0 1 S , à nalto.

Ah! père, viens donc voir ce vieux à barbe blanche!

LE COMTE LUPUS, courant à là fenêtre.

Comme il monte à pas lents le sentier! son front penche.

GIANNILARO, s'approchaut.

Est-il las!

LE COMTE LDPUS.

Le vent souffle aux trous de son manteau.

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