TROISIÈME PARTIE
Il se lève.
Quoi! c'est le comte Job! quoi! c'est moi qui succombe! Silence, orgueil! tais-toi du moins dans cette tombe!
Il promène ses regards aulour de lui.
C'est ici, sous ces murs qu'on dirait palpitants, Qu'en une nuit pareille... — Oh! voilà bien longtemps, Et c'est toujours hier! Horreur!
Il retombe sur le banc de pierre, se cache le visage de ses deux mains, et pleure.
Sous cette voûte, Depuis ce jour, mon crime a sué goutte à goutte Cette sueur de sang qu'on nomme le remords. C'est ici que je parle à l'oreille des morts. Depuis lors l'insomnie, ô Dieu! des nuits entières, M'a mis ses doigts de plomb dans le creux des paupières; Ou, si je m'endormais, versant un sang vermeil, Deux ombres traversaient sans cesse mon sommeil.
Se lovant et s'avangant sur le devant de la scène.
Le monde m'a cru grand; dans l'oubli du tonnerre.
Ces monis ont vu blanchir leur bandit centenaire;
L'Europe m'admirait debout sur nos sommets;
Mais, quoi que puisse faire un meurtrier, jamais
Sa conscience en deuil n'est dupe de sa gloire.
Les peuples me croyaient ivre de ma victoire;
Mais la nuit, — chaque nuit! et pendant soixante ans! —
Morne, ici je pliais mes genoux pénitents!
Mais ces murs, noir repli de ce burg si célèbre,
Voyaient l'intérieur indigent et funèbre
De ma fausse grandeur, pleine de cendre, hélas!
Les clairons devant moi jetaient de longs éclats;
J'étais puissant; j'allais, levant haut ma bannière,
Comte chez l'empereur, lion dans ma tanière;
Mais, tandis qu'à mes pieds tout n'était que néant,
Mon crime, nain hideux, vivait en moi, géant,
Riait quand on louait ma tête vénérable.
Et, me mordant au cœur, me criait : Misérable!
Levant les mains au ciel.
Donato! Ginevra! victimes l ferez-vous
Grâce à votre bourreau, quand Dieu nous prendra tous?
Oh! frapper sa poitrine, à genoux sur la pierre,
Pleurer, se repentir, vivre Tâme en prière,
Gela ne suffit pas. Rien ne m'a pardonné l
ISon! je me sais maudit, et je me sens damné!
Il 89 rassied.
ravais des descendants et j'avais des ancêtres; Mon burg est mort; mon fils est vieux; ses fils sont traîtres Mon dernier-né î - je l'ai perdal - dernier trésor 1 Otbert et Régina, ceux que j'aimais encor,
— Car l'âme aime toujours, parce qu'elle est divine, - Sont dispersés sans doute au vent de ma ruine.
Je viens de les chercher, tous deux ont disparu.
— C'est tropl mourons!
Il tire un poignard de sa ceinture.
Ici, mon cœur l'a toujours cru,
Quelqu'un m'entend.
Se tournant vers les profondeurs du souterrain.
Eh bien, je t'adjure à cette heure, Pardonne, ô Donato! grâce avant que je meure! Job n'est plus, Fosco reste. Oh! grâce pour Fosco!
UNE VOIX, dans l'ombre.
Faiblement comme un murmure.
Caïn I
JOB, troublé.
On a parlé, je crois? — Non, c'est l'écho. ùr> Si quelqu'un me parlait, ce serait de la tombe. Car le moyen d'entrer dans cette catacombe ? Ce corridor secret où jamais jour n'a lui. Aucun vivant, hors moi, ne le sait aujourd'hui ; Ceux qui l'ont su, depuis plus de soixante années Sont morts.