‹ Les buses [microforme]Chapitre 4 sur 5 · F Î LA <" A · texte numérisé non relu

F Î LA <" A

de maria tnt à ani Amar

Ce que nous savons pertinem ment, par exemple, c’est qu’il n’est pas un imbécile, car il a su s'arranger de manière à faire augmenter la valeur de son terrain de deux ou trois cents mille piastre, grâce à ses amis les conseillers, car, nous l'avons dit, ce David est échevin ou échevelé.

Allons, Messieurs les échevins, les conseillers et tout ce que vous voudrez, vous ne travaillez pas mal quand c’est pour votre bourse : Il serait à désirer que vous en fissiez autant quand il s’agit des intérêts de la ville; mais pas si bête, vous avez trop l’air de bien connaître cet adage assez égoïste :

« Chacun pour soi et Dieu pour tous. »

Continuez ! continuez! on ne saurait mieux faire pour s’enrichir aux dépens des autres.

Au voleur! au voleur ! à l'assassin !....….. voilà les cris qui nuit et jour frappent souvent nos oreilles. Tout d’abord, naïf et confiant, nous nous en étgnnions. Aujourd'hui, bernic Î

Ah ! c'est que l'on s'instruit tous les jours, surtout à Montréal, en voici la preuve. Ecoutez, chers lecteurs, car c'est la vérité :

On a cru pendant longtemps que la police était payée, organisée, établie pour la sûreté publique, nous l'avons cru aussi longtemps. Eh bien ! il n’en est rien.

Il est positif, authentique, que certains policemen vont fendre le bois des conseillers ; que d’autres soignent leurs chevaux, que d’autres, enfin, leur font des mauches de ligne !.....

Riez, messieurs, mais le fait est patent..…..On fait jusqu'à des manches !—Si c'était encore pour battre les conseillers, mais non, c'est pour les envoyer à la pêche—en eau trouble, sans doute.

Et voilà comment on se sert de la police que nous payons | voilà comment on emploie nos deniers ! Voilà comment on garanti notre sûreté personnelle, nos valeurs |

Honte ! cent fois honte sur eux.

Il est affreux de songer à tous les abus qui se cachent dans les ornières par lesquelles s'écoule notre argent. Les cheveux se hérissent d'horreur, le cœur a des haussements de dégoût.

Tout ce qui touche la Corporation ou ce qu'elle touche est fatalement entaché d'abus, de bassesse, d’intrigue, de vol.

Une nouvelle preuve en surgit dans l'affaire du canal de La-

chine, Là, comme partout, là, comme toujours, la Corporation \

spécule sur le vice, sur le vol, ou le patrone.

Au mois d'août dernier, les ouvriers de ce canal avaient fait grève, car le contracteur leur retenait deux schellings par piastre s'ils partaient avant la fin du meis : on diminua cette horrible

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amende, cette spoliation à un shelling. Aujourd’hui, on leur fait payer, sans doute pour se rattraper, vingt-cinq centins par mois pour un médécin qui ne vient jamais les visiter, et le contracteur retient, en outre, aux chefs de pension qui portent leur note à l'office, deux schellings par homme, et cela, pour faire attendre le paiement deux ou trois mois. De plus encore, si par cause de pluie ou autre chose, l'ouvrier ne peut faire qu'une heure ou deux heures, on ne Je paie pas : il perd tout ce tempslà, et quelquefois cela se répète deux ou trois fois par semaine !

Je me suis laissé dire aussi que le dimanche était un jour

consacré à Dieu, à la prière, et que le travail était interdit ; il].

paraît que sur les travaux du Canal Lachine, on n'est ni catholique, ni protestant, car on travaille le dimanche, jour et nuit, comme de vrais hérétiques.

Que le publie juge de tous ces petits faits, insignifiants au premier abord, mais qui, réunis et bien considérés, forment une assez belle somme de scandales et de friponnerie.

Et si l'on rapproche ce triste assemblgge de la défense formelle qu'a faite la Corporation de vendre de Ja petite bière et de la tire le dimanche, pour donner la vie à gagner à de pauvres malheureuses créatures, il sera clair comme le Jour que, pour être ainsi en si flagrante contradiction avec eux-mêmes, Messieurs les honnêtes conseillers ont dû avoir un peu de cette assiette au beurre, dont le contracteur se régale et dont les pauvres ouvriers font les frais.

Oui, de deux choses l’une : où la Corporation trempe dans ces infâmies, ou alors elle est aveugle, stupide,

Que le lecteur le sache bien : nous n’inventons rien ; le tout est d’une rigoureuse véracité.

Il y à une dizuine d'années, la ville était généreuse envers jes pauvres,

On allouait alors dix-sept ou dix-huit mille piastres pour acheter du baïs, et le faire distribuer l'hiver aux malheureux.

Quoique de cette somme pas un sou ne sortit de la poche des conseillers d'alors, cette mesure n’en était pas moins aussi noble que généreuse,

Pourquoi done un précédent si beau at-il tombé dans les oubliettes municipales ?

C'est simplement parce que le Conseil-de-Ville d'aujourd'hui n'a que le temps de se remplir les poches et ne trouve pas celui de songer au malheur.

Et, pourtant, quelle année plus désastreuse pour l'ouvrier que

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celle-ci ? quel hiver plus terrible que ceiui qui s'avance à grands pas ?..

Nous comprendrions encore que la Corpo:ation reculât devant la fatale nécessité d'un pareil sacrifice, si chaque conseiller devait simplement dépenser un centin, mais ce n’est pas eux qui paie. rons, c'est nous, le publie : Pourquoi done alors ne pas voter ces quelques mille piastres qui sont d’un besoin impérieux ?

Est-ce que l’on peut se passer de bois l'hiver, dites, 6 vous qui vous abrutissez dans les Orgies que nous Payons en beaux et bons deniers ?

Père et mère de famille, malheureux, qui voyez arriver l'hiver avec effroi, car l’année a été mauvaise, sans travail, rassemble: vous |

On a cassé les vitres Pour la vaccination compulsoire : ne cas. sez, ne brisez rien ; agissez avec calme, mais agissez !

On n’a pas le droit de vous laisser mourir de froid, pas plus que l'on n'avait celui de vous inoculer le virus,

Demandez du bois à Ja Corporation, oui, demandez-lui en ; elle a bien trouvé le moyen d'acheter un pare d'un million de piastres ; elle doit trouver celui de ne pas vous laisser périr.

Ah! on parle haut d'hygiène et de salubrité. Après l'air et. la nourritu.e, y at-il quelque chose au-dessus du combustible l'hiver, en Canada ?

La Corporation ne peut pas toujours se reposer sur la charité privée ; il faut qu'elle paie son écot à la misère commune.—$i elle osait ne pas le faire, que sur elle seule retombe toute la responsabilité des maux, des troubles qui peuvent en résulter.

Nous savons qu'elle préférerait empocher l'argent des cordes de bois que de les donner AUX pauvres : mais nous savons aussi que cet hiver est une échéance fatale à laquelle il faut savoir penser. —L’humanité et le devoir vous y obligent.

Dut-on dépenser une vingtaine de mille piastres ; dnt-on même s’endetter, qu'il faut du bois pour les pauvres, il en faut.

Et si la Corporation n’avait jamais fait de dette que pour de pareils motifs, nous ne serions pas forcé d'écrire contre elle, de la couvrir de nos mépris.

Mais non ; les vingt-sept ou à peu près, ne forment qu'un sordide assemblage de buses, d'égoïstes ou de fripons.

Je crois qu’ils sont plutôt buses : le nouvel Hôtel-de-Ville en donne assez la preuve.

Et sur ce, messieurs les vingt-sept, au revoir, mais je ne vous salue pas !

(A continuer.)

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