LES CAFES DU PALAIS-ROYAL
Le Caveau. — • Lemblin. — Montansier. — Mille Colonnes. — Des Aveugles. — Foy. — La Rotonde. — Corrazza. — Hollandais.
Jusqu'en 1789, les cafés de Paris où se réunissaient les écrivains ne furent que des centres littéraires où la politique était inconnue. Mais, à partir de l'époque que nous citons, les hommes politiques remplacèrent les poètes et les prosateurs. Les établissements du Palais-Royal devinrent des parlements au petit pied , où les individualités connues ou inconnues discutaient leurs programmes.
Le Jardin lui-même fut envahi par la foule, qui acclamait ses idoles du jour, idoles que
le lendemain elle laissait monter sur l'échafaud révolutionnaire. Sous le Directoire, viveurs, joueurs, courtisanes prirent la place des énergumènes de la politique. Un excès succédait à un autre.
Le Café du Caveau avait été, à partir de 1789, le rendez-vous des fédérés; nous reviendrons sur cet établissement à propos de la Rotonde. Les adversaires des fédérés, les feuillantins, fréquentaient le Café de Valois; les démagogues enragés se réunissaient au Café Mécanique. Le propriétaire, ne voulant plus entendre chanter le Ça ira, reçut pour toute réponse un coup de sabre qui lui traversa le bras ; quant à sa femme qui était enceinte, on se contenta de l'éventrer, Au Café Mécanique le service se faisait d'une façon ingénieuse par les colonnes creuses des tables.
Les cafés de Foi, Corazza eurent aussi leur public d'énergumènes. Lorsque Napoléon Ier fut proclamé empereur, les établissements où l'on s'occupait de politique disparurent complètement. En 1805, Lemblin
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ouvrit le café qui porte son nom. Comme ce limonadier faisait acheter son thé à Canton, qu'il donnait à ses consommateurs du chocolat fabriqué par Judicelli et du café préparé par le Piémontais Viante, les clients affluèrent. Le matin c'étaient des savants, des académiciens, des magistrats; le soir, les illustrations des armées impériales venaient entre deux campagnes se reposer et prendre langue au café Lemblin. Nous citerons les généraux Cambronne et Fournier, les colonels Sauzet, Dulac, Dufay et beaucoup d'autres.
Citons parmi les lettrés : Brillât-Savarin, qui songeait à publier la Physiologie du goût; Jouy, l'auteur de Y Ermite de la Chaussée-d'kntin; Ballanche, un philospohe mystique dont Chateaubriand a dit :
« Ce génie théosophe ne nous laisse rien à enviera l'Allemagne et à l'Italie. »
Martainville, l'auteur du Pied de mouton et de beaucoup d'autres pièces de théâtre, royaliste exalté ; Boïeldieu, le compositeur de la Dame blanche , fréquentaient le café
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Lemblin. — Un descendant de l'illustre musicien, M. Ernest Boïeldieu, a été longtemps secrétaire général du Vaudeville, place de la Bourse. Il a aussi été attaché aux Bouffes- Parisiens, il est actuellement à Y Hippodrome.
Le 5 juillet 1815, le soir, le café était rempli d'officiers français blessés à Waterloo , lorsque quatre officiers , russes et prussiens, y firent leur entrée. Ges chefs alliés étaient en avance de trois jours ; ils furent accueillis par les cris de Vive l'Empereur ! et jugèrent prudent de se sauver.
Sous Louis XVIII et Charles X, les impérialistes continuèrent de fréquenter le Café Lemblin. Les mousquetaires et les gardes du corps s'y rendirent dans le but de faire du bruit. En effet , beaucoup de duels furent le résultat de ces bravades.
Les passions étaient tellement montées, que les gardes du corps manifestèrent un jour la prétention de placer au-dessus du comptoir le buste de Louis XVIII. Comme ils avaient fixé la date de cet exploit, trois cents officiers de l'empire occupèrent le
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café; mais l'autorité militaire ayant été prévenue à temps, les gardes du corps furent consignés et ne purent mettre à exécution leur menace.
Un des garçons du Café Lemblin, nommé Dupont, était cousin germain de Dupont de l'Eure. Grâce à cette parenté avec ce membre du gouvernement provisoire de 1848, ce garçon fut nommée après la chute de Louis-Philippe , portier de l'Hôtel de Ville.
Le 23 octobre 1784, on inaugurait le Théâtre Beaujolais, galerie de Montpensier. D'abord, spectacle de marionnettes, on adjoignit aux poupées des enfants, puis des adultes. Les marionnettes ne furent plus qu'un souvenir. L'autorité vit d'un mauvais œil ces changements successifs et protesta. Le théâtre, en butte aux taquineries administratives , vécut péniblement sans faire parler de lui.
En 1790, lorsque la cour fut ramenée aux Tuileries, mademoiselle Montansier, directrice du théâtre de Versailles, vint s'établir
dans la salle Beaujolais qui prit alors le titre de Théâtre Montansier. Fermé en 1793, il rouvrit sous le nom de Théâtre de la Montagne, qu'il échangea plus tard pour reprendre le titre de Théâtre Montansier. En 181 3, cette salle devint le Café Montansier. C'était un café chantant où Ton jouait de petites pièces. Son directeur , Chevalier , faisait peu d'affaires, lorsque, au retour de l'empereur de l'île d'Elbe, les bonapartistes en firent un café politique. Durant les Cent- Jours, on y chansonna les Bourbons. On avait remercié les chanteurs, et les consommateurs remplacèrent ces artistes. A tour de rôle, les clients quittaient leur table, montaient sur la scène et débitaient des romances politiques de leur composition.
Voici un de ces impromptus. Un capitaine occupe la scène et chante :
LE CAPITAINE
Croyez-vous qu'un Bourbon puisse être Roi d'une grande nation?
CHŒUR DES CONSOMMATEURS
Non. non, non, non, non, non, non.
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LE CAPITAINE
Mais il pourrait fort bien, peut-être, Gouverner un petit canton.
CHŒUR DES CONSOMMATEURS
Non, non, non, non, non, non, non.
LE CAPITAINE
Alors, que le diable l'entraîne Au fond du palais de Pluton.
CHŒUR DES CONSOMMATEURS
Bon, bon, bon, bon, bon, bon, bon.
LE CAPITAINE
Et chantons tous à perdre haleine, Vive le grand Napoléon î
CHŒUR DES CONSOMMATEURS
Bon, bon, bon, bon, bon, bon, bon.
Vingt-quatre heures après la rentrée de Louis XVIII, des gardes du corps envahirent le café Montansier et le mirent au pillage. Les glaces furent brisées à coups de sabre ; les lustres, les meubles, l'argenterie, le linge furent jetés par les fenêtres. On ne laissa que les murs.
En 1830, la salle Montansier devint le Théâtre du Palais-Royal; en 1848, on lui imposa le nom de Théâtre Montansier ; il reprit celui de Palais-Royal après 185 1. On sait avec quelle habileté MM. Plunckett
et Dormeuil ont dirigé ce théâtre, dont les artistes possèdent une réputation européenne.
Rue Saint-Honoré, près du Palais- Royal existait, sous le premier empire, le Café du Bosquet1. La réputation de beauté de la patronne était telle que la police dut protéger rétablissement contre les curieux qui voulaient contempler la belle madame Romain.
Cette divinité — style de l'époque — rendit même poëte quelques-uns de ses adorateurs qui firent en son honneur des couplets dont nous citons un échantillon :
Vénus a donc quitté Cythère Pour choisir un autre séjour, De l'amour cette aimable sirène A Paris réside en ce jour.
« Vénus, suis-moi, dit-elle au mystère, Car tu sais garder un secret :
Je veux être limonadière Au joli café du Bosquet. »
Mais l'amour qui toujours voyage, Et qui toujours est échauffé Pour se rafraîchir, le volage !
Entre dans ce charmant café.
« Et quoi! cria-t-il, c'est ma mère?
« Oui c'est moi petit indiscret; » Ici je suis limonadière du joli café du Bosquet. »
1. Ce café existe encore au coin de la rue d'Orléans-Saint- Honoré, autrefois rue des Poulies.
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L'heureux mari de cette merveille se trouvant trop à l'étroit au Bosquet alla s'établir au Palais-Royal où il ouvrit le Café des Mille Colonnes. Cet établissement était situé au premier étage, dans la galerie de Montpensier, près du café de Foy. Les admirateurs de madame Romain la suivirent aux Mille Colonnes. Vers 1826, son mari mourut des suites d'une chute de cheval, et, au grand étonnement de tout le monde, elle entra en religion. Pourtant son mari était fort laid. Le cœur des femmes est insondable.
Citons encore pour mémoire le Café-concert des Aveugles situé dans un caveau de la rue de Beaujolais.
Les musiciens étaient des aveugles et un homme déguisé en sauvage faisait manœuvrer ses baguettes sur plusieurs tambours.
Arrivons au Café de Foy.
Le café de Foy a été une des curiosités de Paris. Fondé sous le règne de Louis XVI,
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il avait alors sa façade principale sur la rue de Richelieu et une terrasse occupait un coin du jardin du Palais-Royal. Quand le duc d'Orléans, alors propriétaire de ce palais, eut fait construire les belles maisons à arcades qui entourent le jardin de trois côtés, les immeubles des rues de Richelieu et des Bons-Enfants, qui avaient une de leurs façades sur cette promenade, s'en trouvèrent séparés par les rues de Montpensier et de Valois. Les propriétaires réclamèrent, les locataires se plaignirent, les boutiquiers protestèrent, mais tout fut inutile et les industriels durent aller habiter les boutiques créées sous les arcades. Le café de Foy se déplaça, quitta son installation primitive et se rétablit à l'endroit où toute la génération des dernières années du xvme siècle et celle de la première moitié du xixe l'ont vu prospérer, décliner et disparaître définitivement. Il avait primitivemeni pour enseigne : A la Foy; ce nom parut sans doute trop long et il devint le café de Foy. — Pendant la première République, le jardin du Palais-Royal,
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nous l'avons dit, était fréquenté par les politiqueurs de toutes nuances, depuis le royaliste jusqu'au pourvoyeur de la guillotine; les boursiers, les aigres-fins, les filles publiques, les incroyables du Directoire s'y coudoyaient. Sous l'Empire, les uniformes des officiers et des généraux remplacèrentles costumes extravagants et grotesques des citoyens animés du souffle de 92.
En 181 5, la célébrité du café y attira les chefs des troupes étrangères, et beaucoup de serviteurs dévoués de Napoléon Ier s'y rendaient également, dans le but de froisser par leurs airs ou leurs discours les chefs russes, allemands ou anglais, et de les forcer ainsi à se battre. Beaucoup de duels naquirent de ces disputes, naturellement la population parisienne prenait toujours le parti des français.
Le peintre Carie Vernet était un des habitués du café Foy, où son fils Horace allait le voir souvent. Ce dernier peignit même au plafond une hirondelle qui est devenue légendaire et que plusieurs générations sont allés
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voir, ne se doutant pas que l'hirondelle primitive avait été enlevée et remplacée désavantageusement par une autre, œuvre d'un barbouilleur quelconque. Mais on admirait de confiance.
Un jour, ou plutôt un soir après minuit, au moment où les habitués de l'établissement se retiraient, les peintres en bâtiments entrèrent munis de leurs échelles et se mirent en devoir de laver le plafond, de donner un éclat nouveau aux dorures, de rajeunir les peintures. Le jeune Horace grimpa sur une échelle, muni d'un pot de couleur et d'un pinceau, et en peu de temps une demi-douzaine d'hirondelles ornaient le plafond. L'un de ces oiseaux fut conservé, grâce à M. Lenoir, alors patron du café, son jeune client portant un nom déjà célèbre et qu'il devait illustrer encore. Quand M. Lenoir vendit son fonds, il fît détacher le morceau de plafond sur lequel était peint l'oiseau et le plaça clans sa collection artistique. Son successeur fit remplacer l'hirondelle et aujourd'hui on voit encore cette copie
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que beaucoup prennent pour l'original.
Carie Vernet, fort âgé, avait l'habitude de s'asseoir toujours à la même table. Quand, par hasard, sa place était prise par un client de passage, on lui mettait à côté de sa table un guéridon et il attendait tranquillement que l'intrus déguerpît. Paul Delaroche accompagnait son ami Vernet.
Dans les premières années du règne de Louis-Philippe, beaucoup d'Anglais fréquentaient le café Foy. L'amiral Sidney-Smith, celui qui, en 1799, avait aidé Djezzar-pacha à défendre Saint-Jean d'Acre contre Bonaparte, se faisait remarquer par la quantité de punchs qu'il absorbait. Il arrivait souvent qu'il roulait sous la table; alors un de ses compatriotes, taillé en hercule, le colonel Thomas Swel, le chargeait sur ses épaules et le remportait avec une gravité toute britannique.
L'habitué le plus étrange de ce café fut longtemps Chodruc Duclos, qui dans un costume invraisemblable parlait aux clients les plus distingués, leur serrait la main, et, après
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avoir emprunté deux francs — jamais plus — à l'un ou à l'autre, s'asseyait à une table et les dépensait. Chodruc-Duclos était la terreur du patron, auquel il faisait souvent le même emprunt, il demandait ensuite une conr sommation de dix sous ou de quinze sous, payait avec la pièce qu'il venait de recevoir et laissait le reste au garçon.
Un digne pendant de Chodruc-Duclos comme malpropreté était un Grec, Nicolopoulo, qui passait pour un savant; son pantalon passé à l'état de charpie ne se soutenait que grâce à une corde formant ceinture. Le reste du costume était à l'avenant. Nicolopoulo entrait au café toujours chargé de vieux bouquins qu'il compulsait gravement sans s'occuper, pas plus que Chodruc, des signes de dégoût manifestés par ses voisins.
Les excentriques que nous venons de citer faisaient un contraste violent avec les autres habitués, distingués de costumes et de manières et dont beaucoup ont acquis la célébrité ou au moins une notoriété très grande.
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Nous citerons M. Lemaître de Sacy, le savant traducteur de la Bible, François Arago, l'illustre astronome, et son frère Jacques, le voyageur, Emmanuel, fils de François, vaudevilliste spirituel et qui grâce à son nom devait devenir député et ministre de la justice après le 4 septembre. A cette époque c'était un gros garçon aux joues rebondies, aux yeux à fleur de tête, à la taille élevée. D'une belle prestance, il était l'idole des jeunes artistes, qui le contemplaient respectueusement. Avec l'âge, M. Emmanuel Arago a engraissé, mais il a renoncé au vaudeville, ce que nous nous permettons de regretter. Nous nous rappelons qu'aux dernières élections qui eurent lieu sous l'Empire, en 1869, il se porta candidat, concurremment avec M. A. Lavertujon, rédacteur en chef delà Gironde, de Bordeaux. A cette époque le parti avancé trimballait déjà ses candidats d'une extrémité à l'autre de la France. Dans leurs courses aux environs de Paris, ils débitaient les boniments de circonstance sous des hangars, dans des salles
de bal, et juchés sur les tréteaux. M. Lavertujon variait un peu ses discours, M. Arago répéta le même partout. Dans ce fameux programme, il parlait de la Compagnie de Jésus et disait de ses membres : « Je combattrai les jésuites, ces conspirateurs de partout et ces citoyens de nulle part ! »
Pour prononcer cette phrase il prenait un air inspiré et sa voix faisait trembler les vitres. Quelques jeunes gens s'amusèrent de ces mots répétés trois ou quatre fois par jour, suivirent partout le candidat et raccompagnaient quand, après avoir repris haleine et levé les yeux au plafond, il commençait : a Je combattrai, etc. » Cette plaisanterie tournait à la scié, les frères et amis eux-mêmes riaient comme des bienheureux. M. Arago ne jugea pas opportun de modifier son discours qui dura jusqu'à la fin de la période électorale. Il doit être précieusement conservé dans quelque carton pour être employé à l'occasion.
Venaient ensuite M. Plougoulm, un véritable jurisconsulte, auteur de brochures de
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grande valeur et de traductions d'auteurs latins et grecs , procureur général à Toulouse, avocat général à la Cour de cassation, puis conseiller à cette même cour, mort en 1863 ; M. Dupin, non moins célèbre, mort sénateur après avoir occupé les postes les plus élevés de la magistrature; M. Payen, le savant chimiste, membre de l'Académie des sciences; le docteur Bouillaud, une célébrité médicale de l'époque; Evariste Bavoux, conseiller d'État sous l'Empire, écrivain politique qui n'a point abandonné la cause napoléonienne; M. de Montalivet, ministre de Louis- Philippe , auteur d'un ouvrage écrit pour répondre à M. Rouher. Le titre de ce volume est : Rien ou dix-huit ans de parlementarisme ; M. de Montalivet a acquis un regain de notoriété par le brusque abandon des idées politiques qu'il avait toujours soutenues. Crémieux, un des personnages les plus laids de France ; Ledru-Rollin i , l'homme au vasistas du Conservatoire des
1. Un individu nommé Dauhéret, condamné le 16 mars 1874, à quatre mois de prison par le tribunal correctionnel d'Au-
arts et métiers; le comte d'Argout, qui a été gouverneur de la Banque de France; M. Baroche, devenu ministre de la justice sous Napoléon III, mort pendant la guerre. On connaît la fin héroïque de son fils, tué au Bourget; M. Haussmann, le créateur du nouveau Paris.
Après les savants et les jurisconsultes , nous citerons les militaires : Cavaignac, qui devait rendre au parti de Tordre tant de services en 1848; Négrier, tué cette même année en combattant les insurgés républicains ; le vieux général comte Pajol , qui avait fait toutes les campagnes de l'Empire et s'était mêlé activement mouvement de 1830 ; le général Pajot, portant, fièrement une
tun, était porteur d'une chanson d'où nous extrayons ce couplet :
Ledru-Rollin, dont la tète est sévère, Que tu es beau dans un jour de débats, Lorsque tu dis à toute l'Assemblée :
La République I Non, nous ne l'avons pas ! Le drapeau rouge, que tout Français vénère. C'est le manteau que le Christ a porté. Rendons hommage au brave Robespierre Et à Marat, qui le fit respecter.
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longue queue qui frétillait sur ses épaules; le colonel du Barail et son fils, devenu luimême général de division, qui a rendu des services éclatants pendant les jours néfastes de la Commune et a occupé avec distinction le poste de ministre de la guerre après l'élévation du maréchal de Mac-Mahon à la présidence. Le père du général était d'une taille colossale et doué d'une force herculéenne; M. Mamignard, ancien fournisseur des armées sous Napoléon 1er. Un trio qui était fort remarqué, composé du général comte de la Riboisière, du général Gourgaud et de madame de la Riboisière, se mêlait rarement aux autres militaires.
Le voisinage du Théâtre-Français attirait au café de Foy les littérateurs et les artistes. Alexandre Dumas père, Léon Laya, l'auteur du Duc Job; Louis Lurine, écrivain de grande valeur; Eugène Gauthier, qui a écrit au Constitutionnel et dans plusieurs autres journaux des études fort remarquables sur la musique et les musiciens. M. Gauthier a été professeur d'histoire -de la musique au
Conservatoire, maître de chapelle à Sainte- Eugénie. 11 a orchestré Mozart au Théâtre- Lyrique et a commis plusieurs pièces fort gaies, nous citerons entre autres le Docteur Mirobolant. Le gouvernement français Ta chargé d'une mission en Belgique ; il s'agissait de rechercher la musique d'un Orphée de Montroude. Madame Dorval, la célèbre actrice; Ligier, des Français; mademoiselle Denain, appartenant au même théâtre. Cette dernière était toujours accompagnée de son père et de sa mère; Bouffé, acteur et directeur des Variétés; Levasseur, de l'Opéra; enfin un fantaisiste, le marquis d'Aligre, toujours accompagné de danseuses et de cabotines qu'il promenait dans son équipage.
Parmi les clients on remarquait deux chansonniers : Joseph Vimeux et Frédéric Bérat. Ce dernier est l'auteur de la chanson populaire intitulée Ma Normandie.
M. Lenoir céda son établissement à son premier garçon, M. Lemaître. Ce fut l'exfournisseur, M, Mamignard, qui lui avança les deux cent mille francs nécessaires pour
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payer son patron. L'ancien garçon, devenu maître à son tour, fît une fortune de deux millions et se retira des affaires. Le fils de M. Mamignard épousa mademoiselle Darcier. Le Café de Foy déclina rapidement ; le deuxième successeur de M. Lemaître, ayant fait de mauvaises affaires, abandonna son fonds à ses créanciers qui firent vendre le mobilier aux enchères.
La suppression des maisons de jeu installées au Palais-Royal, la sévérité de la police à l'égard des femmes qui hantaient le jardin et les galeries de bois 1 avaient fait le désert dans ce coin si animé de Paris. Les habitués disparurent, et le café dut fermer, faute de clients. Jusqu'au dernier jour la pipe en fut impitoyablement proscrite, peutêtre cette exigence accéléra-t-elle sa décadence,, mais enfin il tomba dignement.
M. Lenoir, un des propriétaires du café, mérite une mention spéciale. Il avait remplacé sa mère, dont la beauté était célèbre