‹ Les Cafés politiques et littéraires de ParisChapitre 36 sur 44 · LA BRASSERIE DES MARTYRS. U · texte numérisé non relu

LA BRASSERIE DES MARTYRS. U

que les loyers sont moins chers, la vie matérielle à meilleur compte, l'air que l'on respire plus vif; ou bien les gens de lettres, peintres ou sculpteurs suivent ils sans s'en rendre compte les mouvements d'une vanité qui leur est naturelle?

Les Parisiens du xvmc siècle affectionnaient le quartier qui s'élève entre les boulevards extérieurs et le tracé actuel de la rue Saint-Lazare. Ils allaient aux Porcherons pour faire des parties de plaisir. La rue des Martyrs s'appelait des Porcherons. Géricault, le célèbre peintre, y est mort en 182*; Mme Boulanger, artiste de l'Opéra-Comique, qui a joui pendant longtemps d'une réputation méritée, est morte en 185 o au n° 20. Le fameux cabaret de Ramponneau était au coin des rues de Clichy et Saint-Lazare .Le jardin de Tivoli, qui a eu une si grande célébrité par ses fêtes, couvrait de ses pelouses le flanc de la colline traversée aujourd'hui par la rue de Tivoli, le passage du même nom, et avait son entrée rue Saint- Lazare.

Dinochaux, surnommé le restaurateur des lettres, avait son établissement rue de Bréda. Il était lier de ses clients et leur ouvrait un crédit illimité, quand ils étaient arrivés à un degré de réputation dont il lestait, du reste, seul juge. Les hommes de lettres ou les artistes qui n'avaient pas la chance d être appréciés assez haut se voyaient obligés d'aller au Rat-Mort. Mais le jour où un volume, un article de journal, un tableau, une statue, une gravure, un dessin, une page de musique, une note heureusement lancée, une tirade bien dit. avaient mis en relief un individu, Dinocha

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naissant les difficultés de la vie pour les débutants, offrait aussitôt le crédit le plus large. Il n'attendait pas qu'on lui demandât.

Inutile de dire qu'il y eut des abus et que le restaurateur perdit beaucoup d'argent. Henry Mùrger, Monselet, Ponson du Terrail, Mengin, devenu plus tard chef d'orchestre du Grand-Théâtre de Lyon, Albert Brun, sous-préfet de Sedan, et des centaines d'autres que nous pourrions citer, ont vécu durant des années chez Dinochaux. PendaDt le siège de Paris il aida beaucoup de ses pensionnaires. Sous le règne des communards il tint à honneur de n'augmenter que très-peu ses prix, malgré la cherté des aliments. Ce sacrifice acheva sa ruine. Il mourut, sa maison lut mise en faillite et M. de Villemessant acheta les créances, qui formaient la partie la plus importante de l'actif.

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e voisinage du Théâtre-Italien et des Bouffes -Parisiens attire au passage f'WTkJSD-, Choiseul beaucoup d'auteurs drama- TL kgr'A^\ tiques et d'artistes qui, naturellement, trouvent plus commode de causer assis que debout. Le système péripatéticien, malgré ses charmes, finit souvent par fatiguer; puis il y a les journaux à consulter, il faut lire les appréciations des critiques sur les pièces et leurs interprètes. La clientèle de quelques-uns des cafés des environs est donc en majeure partie composée de personnalités attachées à ces deux théâtres. Les jours de première aux Bouffes ou lorsqu'aux Italiens chante M1Ie de Belloca, le passage est littéralement encombré. Les gilets en cœur, les gants blancs, la raie au milieu du front, un bouquet ù la boutonnière, indiquent les admirateurs des étoiles des théâtres de M. Comte et de M. Bagicr.

Les toilettes tapageuses des actrices et des femmes du demi-monde attirent les regards, les boutiquiers regardent ce défilé d'un air blasé, depuis

longtemps ils sont habitués à ces physionomies, la plupart des hommes et des femmes leur sont connus, et ils attendent qu'un gant se déchire, qu'une canne s'égare, pour remplacer ces objets.

L'installation provisoire de l'Opéra à la salle Ventadour a donné un surcroît d'animation au passage Clioiseul, et les petits commerçants espèrent se rattraper un peu des pertes que leur a fait subir la trop longue fermeture des Italiens.

Pendant longtemps la salle des Bouffes est seule restée ouverte, puis MM. Strakosch et Merelli ont repris la direction des Italiens et y ont ramené le public aristocratique, enfin , l'incendie détruisant la salle de l'Opéra, la troupe de notre grande scène musicale a dû alterner avec la troupe italienne, en attendant que M. Garnicr ait terminé le magnifique monument du boulevard des Capucines.

Parmi ceux qui ont fréquenté ou qui fréquentent encore le café Choiseul, nous citerons MM. Strakosch et Merelli, directeurs des Italiens, tous deux bien appréciés dans le monde artistique. Ce qui explique la rancune de quelques-uns contre M . Stra kosch, c'est l'incontestable habileté dont il a donné des preuves si nombreuses, la réputation bien méritée qu'il s'est faite dans le monde artistique. On a appelé chance son talent, ce mot résume parfaitement les idées mesquines et étroites de ceux qui, ne réussissant à rien à cause de leur impuissance, ne voient dans les coups de fortune des autres que le résultat d'un bonheur insolent.

Du temps que M. Otfenbach trônait aux Boulles

LE CAhli DE C H O I S E U L. H<)

Parisiens, il allait souvent au café Choiseul en compagnie de ses beaux-frère*, MM. Robert et Gaston Mitchell, de M. Comte, aujourd'hui directeur des Bouffes ; M. Jules Noriac, qui en a tenu pendant quelques années le sceptre directorial ; M. Gressier, ancien ministre sous l'Empire; M. Picard, avoué de la ville de Paris, qu'il ne faut point confondre avec son homonyme, député de l'opposition, membre du gouvernement de la défense nationale, ministre de l'intérieur et des finances de ce même gouvernement, ambassadeur à Bruxelles, proposé par M. Thiers comme gouverneur de la Banque de France, en un mot, apte à tout et propre à rien, se sont assis aux tables du café. Le Picard ministre ne montrait d'aptitude réelle qu'à toucher de fort beaux appointements, l'autre défendait énergiquement les intérêts de la ville de Paris. Ce qu'on lui a présenté de baux antidatés au moment des expropriations, ce qu'il a dû lutter pour mettre à néant ces titres fantaisistes et réduire les prétentions des expropriés est inénarrable.

Un jour, un charbonnier de la Cité lui présente un bail, antidaté de plusieurs années, fait sur panier timbré. Le bonhomme croyait déjà tenir une somme énorme pour sa bicoque. Mais il ne savait pas que ce papier porte dans le filigrane la date de sa fabrication; l'avoué le place en plein jour, il avait été fabriqué trois années après le millésime.

MM. de Najac, Edmond Ahout, rédacteur en chef du XIJP Siècle, M. de Porto-Riche, auteur dramatique, Jaime tils, l'auteur en collaboratiou tvec M. Noriac du livret de la Timbale d'argent;

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