LES CAFES DES BOULEVARDS
ans les premières années du règne de Louis- Philippe , les boulevards étaient loin de ressembler à ce qu'ils sont de nos jours. Le Palais- Royal était encore le centre où se réunissaient les flâneurs, et tous les provinciaux arrivant à Paris se rendaient d'abord aux galeries pour admirer le mouvement de la population, les boutiques étincelantes, les cafés remplis de consommateurs. Seul, le boulevard des Italiens — surnommé boulevard de Gand — attirait un certain public. C'étaient les gommeux du temps . auxquels on donnait le nom de gandins.
A l'époque dont nous parlons, la magnifique avenue qui s'étend de la Madeleine à la Bastille n'était pas bordée dans toute sa longueur d'une double rangée de belles maisons. Sauf Tortoni et le café de Foy, au coin de la rue de la Chausséed'Antin et du boulevard, on n'y voyait que des cabarets de deuxième ordre et des marchands de vin.
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A l'endroit où se trouve actuellement le café du Helder, le boulevard était en contre-haut, une rue étroite, pareille à un large fossé, séparait la large chaussée des maisons. On peut juger du coup d'oeil que devait offrir ce coin de la rue de la Michodiére par ce qui reste encore de la rue Bassedu-Rempart. En peu de temps, le quartier se transforma. Un Allemand fonda le café du Grand- Balcon, célèbre par la qualité de sa bière. Le professeur de billard, Paysan, y donna des leçons de carambolage. Puis ouvrirent l'Estaminet de Paris, le café Richelieu, le Divan des Panoramas, dans la galerie du même nom, l'Estaminet de l'Europe, le café de la Terrasse, le café Frascati. Tous ces établissements, après une vogue plus ou moins longue,disparurent et furent remplacés par d'autres. Nous avons parlé déjà des cafés de Madrid", de Mulhouse, des Variétés, de Suède. Le café Anglais jouit d'une grande réputation, mais les littérateurs, les artistes et les hommes politiques ne s'y rendent qu'à propos de banquets, et notre spirituel ami, Fervacques, a donné dans les Mémoires d'un décavé, la véritable physionomie de cet établissement. Au café Riche, le soir, on rencontre souvent Scholl, Emile Villemot qui, en 1K71, rédacteur d'un journal de Saône-et- Loire, entra .. lois, passa à l'Eclair, et ensuite à l'Evénement. M. Pertuiset, qui a fait un voyage de découverte à la Terre-de-Feu, prend l'air de Paris au café Riche, quand il revient d'une expédition lointaine sur les rives de la Seine.
La Maison Dorée a pour client le plus riche
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journaliste de France, M. Hubert Debrousse, directeur politique de la Presse. A Tortoni on voit quelques-uns des personnages que nous avons déjà cités en parlant d'autres cafés; le Helder est fréquenté spécialement par des officiers en refaite ou en activité de service. Le café de Foy. qui est plutôt un restaurant, a toujours eu une clientèle d'hommes politiques et d'écrivains. En iBjo, il avait pour habitués les conservateurs; quelques années plus tard, M. Armand Carrel et ses amis s'y rendirent, et leurs discussions violentes finirent par faire disparaître ceux qu'on appelait alors comme aujourd'hui des réactionnaires. Les garçons de l'établissement se mirent eux-mêmes à politiquer ; un soir, ils se réunirent après la fermeture du restaurant, allèrent sur la place de la Bastille où ils entonnèrent la Marseillaise et se dirigèrent vers le pont d'Austerlitz où était à cette époque établi un péage, et, au nom de la liberté, voulurent passer sans payer. Il y eut une lutte avec le poste, les chevaliers du tablier furent arrêtés, jugés et condamnés les uns à l'amende, ies autres à six mois de prison. Flotte, qui devint un personnage en 1848, faisait partie de cette expédition. A cette époque, il épluchait les légumes au restaurant de Foy, la politique en lit un des apôtres de la réforme sociale.
Parmi les autres clients célèbres de ce café, < n vit M. Emile de Girardin et Armand Marast. Sous l'Empire, il eut toujours des habitués appartenant aux lettres, et aujourd'hui on y remarque encore MM. Hcct-.r Pcuard, Clément Laurier, Scholl,
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Arthur Meyer, Gaston Jollivct, rédacteur de la Presse, etc. Le vice-roi d'Egypte y est allé à chacun de ses voyages à Paris.
En remontant le boulevard, au coin du faubourg Montmartre, est le restaurant Vachette , tenu par M. Paul Brébant qu'on a surnommé, comme feu Dinochaux, le Restaurateur des Lettres. Parmi ses habitués, on remarque Robert Mitchell, rédacteur en chef du Soir; Juies Prével, Gustave Lafargue, rédacteurs des échos de théâtre au Figaro; Jehan Valter, du Paris- Journal ; Victor Koning. La plupart des écrivains et des auteurs dramatiques sont allés ou vont encore chez M. Brébant. Le voisinage des théâtres et des bureaux de journaux attire ce public spécial vers le boulevard Montmartre.
Vp