‹ Les cahiers d'un rhétoricien de 1815. [ÉditésChapitre 46 sur 46 · I. Camlilc Oufrox «le lîriMlllc rtail rrrii Icdix-srpticnir · texte numérisé non relu

I. Camlilc Oufrox «le lîriMlllc rtail rrrii Icdix-srpticnir

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mou litre et de mes trois mille francs, je laisse désormais le champ libre aux demandeurs, solliciteurs, intrigants, quémandeurs, etc., enfin à toute la race des affamés et des malheureux. Je renonce à la gloire de l'avocat, aux richesses du notaire, aux ennuis et aux dégoûts du professeur des basses classes ; je me loge dans ma chaire d'histoire et je n'en sors plus. Adieu même, adieu la gloire du littérateur! Mais non pas adieu l'amour, non pas adieu l'amitié! je n'accepte mon logement qu'à condition qu'ils le partageront avec moi.

J'ai donc résolu d'être tranquille professeur d'histoire, donnant les trois quarts de mou temps à l'étude, et l'autre quart à l'amitié. J'ai profondément réfléchi dans la solitude absolue où je suis resté à Paris sur mon état, et je m'arrête irrévocablement à ces dispositions.

Que fcrai-jc de Montalivet et d'Alfred de Wailly ? mes meilleures connaissances. Et de liary? mon ami, mon cher ami pour la vie. Je lui donne tout ce que je peux lui donner et je le supplie de me placer dans son cœur à l'endroit où il est dans le mien: après l'amour.

Adieu, Emile. Je vous embrasse de tout mon

cœur.

Auguste I'oiusoîi.

Ecrivez-moi avec mon titre : agrégé de rhétorique.

D'UN RHKTORICIEN. a33

Sur mes amitiés de collège. — 1818.

J'ai, ou, du moins, je crois avoir, deux amis. Deux, dira-t-on, c'est trop : on ne peut en avoir réellement qu'un. Les sentiments s'affaiblissent en se partageant. Avoir deux amis, c'est n'avoir que deux connaissances. Avant de m'accuser, il faut qu'on apprenne l'origine de ces deux liaisons.

Je connus l'un de mes deux amis pendant ma première année de rhétorique, au lycée \apoléon, i8i5:C.deB. (Camille de Bréville). C'éuit un jeune homme aimable, spirituel, d'un cararlère liant et ouvert, dont les idées étaient assez mûres, ayant déjà une certaine expérience du monde, qu'il avait acquise à la dérobée, en quittant un peu trop souvent les bancs des collèges pour les fauteuils des salons.

Je me laissai séduire aux charmes de son entretien, et me liai avec lui fortement.

Séparé de lui ensuite pendant deux années, qu'il passa en province auprès de son frère, administrateur fort distingué, l'absence, loin de refroidir notre affection mutuelle, la ranim.i. L^imagination nous montrant de loin l'un à l'autre plus brillants, plus aimables que nous ne

lions réellement, lit une passion de notre amitié, nous inspir.i l'un pour l'autre des senti-

■ii\ CAHIERS

ments qui ne peuvent entrer que clans des âmes encore neuves, et nous dicta de ces lettres qu'où n'écrit qu'à dix-huit ans.

Je le revis enfln ! Nos premiers transports ne démentirent pas les marques d'amitié que nous nous étions prodiguées de loin. Nos liens furent encore resserrés par le projet qu'il forma de se présenter avec moi à l'Ecole polytechnique.

Nous revînmes à Paris, enchantés d'associer ainsi nos existences, de pouvoir travailler ensemble, et nous délasser ensemble.

Il n'eut pas à Paris d'autre demeure que la mienne, c'cst-à-dirc celle de mon père, dont je voulus faire l'asile de l'étude et de l'amitié.

Mais bientôt, à force de nous voir de près, nos yeux désenchantés distinguèrent la dilférence qu'avait apportée dans nos caractères, dans nos goûts, dans nos habitudes, la différence de nos situations. Ayant vécu deux ans, lui dans le monde, et moi au collège, chacun de nous avait pris dans son séjour les défauts et les «piaiités qu'on peut y contracter : l'un vif et l)rillant, mais inconstant et frivole ; l'autre sage et solide, mais timide et sans usage du monde.

Dès lors, l'enthousiasme est tombé de part et d'autre; une barrière s'est élevée entre nos cœurs; nous ne trouvons plus rien ù nous dire, et nous ne sommes plus altnehés l'un à l'autre

D UN RHETOIUCIEN. îS^

(jiic par la froide estime que uous nous portons mutuellement, par la crainte d'être accusé* d'inconstance, et par le souvenir des moment» que nous avons passés ensemble durant l'été de i8i5. Doux moments, embellis par le charme d'une amitié naissante, où nous nous dérelop-, pions nos cœurs, où, ayant encore tout à uous dire, nous nous disions tout, et où l'un de nous croyait, à chaque instant, se reconnaître dans l'autre I

Je prévois que notre liaison ne sera plus qu'une suite de froids entretiens et de bons procédés. Nous nous obligerons au lieu de nous aimer! Cela n'en vaudra pas mieux*.

Pendant son absence, j'avais rencontré au lycée un jeune professeur, A. P. (Auguste Poirson), plus âgé que moi de trois ans, ù qui ma franchise avait inspiré de la confiance, et qui. sans me connaître, se jeta à ma tête. Je répondis d'abord avec peine à ses avances, parce que la place était déjà prise et que j'aurais rougi de ne pas lui rendre autant qu'il me donnait. Mais des conversations devenues de plu» en plus fréquentes nous apprirent bientôt la conformité qui régnait entre nos penchants, nos opinions et nos caractère». Il m'aima plu» que je ne le voulais; il me rendit mille services que j'eus la faiblesse d'accepter; tout en paraissant respecter ma fidélili' en^e^s mon pi«'nii<T .Tmi, s'intéresser

236 CAHIERS D'UN RHETORICïEN.

à notre liaison, écouter avec plaisir mes confidences, il m'arracha plus d'amitié que je ne devais en accorder à tout autre que B.,.. Il se glissa dans mon cœur, à côté de celui qui d'abord l'occupait seul'....

I. Ici, malheureusement, le manuscrit d'Plmile Barr est interrompu.

T VliLE DES MATIÈRES

Préface de M. Francisque Sarcey i

Avant-propos do Mme L.-C. G., née Bary. xvu

Fac-similé du manuscrit d'Emile Bary.. • xxvii

Premier cahier 3

Deuxième cahier 55

Troisième cahier ni

Lettre de MM. les rhétoriciens à M. de

Wailly i3«)

Vers latins d'Kniile Bary, élève de troisième 1 i '

Lettre de M. de Fontane> à ^M. Am.n.

professeur de troisième i Ja

Composition française au concours général de i8i6 I jl

Composition française pour l'admission .i

l'Ecole polytechnique i J9

Lettre d'Emile Bary à son |>èrc, i8i('». . . i54

I>ettre d'Emile Bary à son p'-re, i8ii, . . ifia nbservaiions sou» forme de rép«»iise de

.M. l{;iry |«re à son fils.. i<»7

iS8 TABLE DES MATIERES.

Lettre de Simon de Montalivet, 1812. . 173

Lettre de Simon de Montalivet, 1816. . 173

Lettre de Simon de Montalivet, 1817. . 179 Lettre de Camille Onfroy de Bréville

(août i8i5). i83

Du même (18 octobre i8i5) 187

Du même (1" novembre 181 5) 188

Du même (i3 décembre i8i5) 190

Du même (a3 décembre 181 5) 193

Du même (16 mars 1816) . . 197

Du même (aa avril 1816) 200

Du même (3o avril 1816) 20a

Du même (27 mai 1816) 20 i

Du même (6 juillet 1816) 207

Du même (3o août 1816) ^14

Du même (a6 septembre 181G) 218

D« même (8 octobre 181 8) ^ai

Lettre d'Auguste Poirson (septembre 181 7). 2»^

Du même (septembre 1818) •i3<»

Jugement d'Emile Barj sur ses amitiés de

collège ^3j

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