XXIV AVANT-PROPOS
la différence entre ce temps et le nôtre ! Qu'est devenu ce respect, profond et tendre à la fois ? Où sont ces sentiments d'une délicatesse si raffinée? Mais plutôt où est cette âme charmante? J'exalte le temps : ne devrais-je pas plutôt exalter l'enfant ? Oui, toutes les promesses qu'il don* nait déjà ont été tenues par l'homme, comme fils, comme mari, comme père. Pourquoi ne dirais-je pas, et avec fierté, que j'ai eu le bonheur d'avoir pour père celui qui raconte sa vie et ses impressions en i8i5, et que j'ai vu épanouies toutes les vertus et les qualités contenues en germes dans l'âme du rhétoricien qui a écrit ces cahiers !
Non, le caractère ne change pas! Cette lettre de 1816, mon père n'aurait pu la désavouer à aucune époque de sa vie.
D'après ce qu'il dit de son père, de sa mère, je reconnais absolument mes grands-parents, car ils ont vécu longtemps, grâce à Dieu, et je les ai bien connus.
Aussi avec quelle émotion ai-je lu ces cahiers, qui m'ont fait revivre ce passé, si insaisissable ordinairement, des êtres que j'ai aimés, et qui me les ont fait connaître à une époque de leur vie où j'aurais voulu déjà les aimer!...
On comprendra plus facilement encore mon plaisir et mon attendrissement, quand j'ai découvert ces papiers dans un vieux portefeuille
AVANT-PROPOS. xxv
de famille, si j'ajoute que mon fils a seize ans, l'âge qu'avait mon père lorsqu'il écrivit ses cahiers, et que ce fils est aussi en rhétorique, dans un de nos lycées de Paris. Combien je désire que le petit-fils ressemble au grand-père dans le présent et dans l'avenir !
Je ne puis espérer que ces cahiers d'un rhétoricien de i8i5 fassent sur le lecteur l'impressiou qu'ils ont faite sur moi. Mais je crois cependant qu'ils auront de l'intérêt pour ceux qui ont des fils, pour ceux qui touchent à l'Université, et pour tous ceux qui s'occupent d'étudier les transformations de l'esprit humain.
S'ils peuvent inspirer à la génération actuelle quelque amour du travail, quelques sentiments de respect pour les parents et pour les maîtres, quelques pensées pures et élevées, je croirai avoir rendu, dans la mesure de mes forces, un léger hommage à la douce, délicate et sainte mémoire de mon père.