UN CRITIQUE
Il faudrs fermer l’encrier !
Mais, avant, laisse-moi crier, Aristide :
Oh ! qui donc alors écrira ?
Quelqu'un, peut-être, répondra :
« Aristide ».
Le Rêve
Accoudés sur de hauts pupitres, Les yeux tendus et le dos rond, Les petits, la main sur le front, Se consument dans les Épitres Ou s’échinent dans Cicéron.
Ébouriffés, les doigts pleins d’encre, Ils lèvent, par instants, le nez Et se demandent, consternés, Où diable ce finaud de cancre Trouve le temps de lanterner.
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Et, dans leur naïve justice,
Ils disent : « A bas le Rêveur ! » …… Petits ! ce mot plein de saveur,
Il est mal qu’on le rapetisse
Et qu'il succombe en défaveur !
Rêveur ! celui-là qu’effarouche
L’instant morose des leçons ?
Quoi ! ces parasites qui sont
— Gobeurs de pensums et de mouches — Des mollusques, des limaçons,
Ces vieillards de quinze ans, ces moules :
Des rêveurs, des rêveurs ? Jamais !..
Mais ceux dont le cerveau se moule
Dans les antiques glaises, mais
Le travailleur qui se permet,
Après avoir traduit Virgile,
De musardiser, un instant,
Pour constater que nos printemps N’'ont pas le coloris fragile
Des mignardes saisons d’antan;
Que le rythme de nos érables A plus d'art qu'un discours lointain, Et que l’or clair de nos matins Vaut les aurores vénérables Des anciens grecs, des vieux latins,
Celui qui pense, qui travaille,
Et peine humblement, sans éclat, Puis se complaît dans les trouvailles Que son labeur lui révéla,
C’est le vrai rêveur, celui-là.
Bâiller, bâiller, bâiller sans trêve, Ne jamais agir, mais bâiller,
En songeant à quelque oreiller
Où l’on pourrait coucher son rêve, N'°st pas rêver, c’est sommeiller !
Petits gars qui lisez Horace, Ce ne sont pas des rêveurs, eux !
Ce sont de pauvres songe-creux !
Ils ne sont pas de votre race, Ils n’en sont pas, les malheureux
Car vous êtes, sur vos pupitres, Les yeux tendus et le dos rond, Les vrais rêveurs au large front, Vous qui traduisez les Épitres Et qui peinez dans Cicéron.