‹ Les caisses régionales de prévoyanceChapitre 1 sur 1 · RUE RICHELIEU · texte numérisé non relu

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Dans son remarquable exposé, M. Dubois aexprimé le vœu que le Parlement votât sans retard le projet de loi préparé par la commission extra-parlementaire des associations pour la création d'une caisse d'État, destinée à recevoir les fonds de la participation aux bénéfices et à les gérer au profit des ayants-droit, c'est-à-dire des ouvriers et employés. Il m'est impossible de m'associer à ce vœu et je demande à indiquer mes motifs.

Je m'explique très bien les graves considérations qui ont inspiré le projet de loi dont il s'agit. Ce sont celles qui portent de plus en plus les industriels à confiera la Caisse nationale de la vieillesse les fonds accumulés pour la retraite des ouvriers, au lieu que ces fonds soient, comme auparavant, conservés dans la caisse de l'usine. Ils y trouvent le double avantage de la sécurité morale et de la sécurité financière. Sous le premier rapport, ils cessent d'encourir les soupçons auxquels ils s'exposaient en retenant ces fonds par devers eux : le temps est passé où ils pouvaient compter sur une confiance aveugle de leur personnel et, comme la femme de César, il ne faut pas que le patron soit même soupçonné. D'autre part, endépil dee meilleures inlenh »ns, ces fonds de la prévoyance peuvent être compromis : tout est possible avec l'aléa des affaires. L'exemple cité dans le rapport de M Dubois n'est que Irop tristement instructif et Ton comprend sans peine le douloureux retentissement qu'il a eu dans tout le pays. L'émotion a été encore aggravée par le jugement du tribunal correctionnel de Lyon (22 mai 1890) qui vient de refuser tout privilège aux épargnes déposées dans la caisse de la compagnie en faillite, en les assimilant à des créances ordinaires 1 . Est-il spectacle plus affligeant que celui d'un ouvrier atteint par la vieillesse, les in-

(1) Le tribunal de commerce de Paris s'est prononcé dans un sens analogue par son jugement du 9 juin 1890 (affaires du Comptoir d'escompte).

firmités ou les mutilations, et que la déconfiture d'une caisse d'épargne, de secours, ou de retraite, vient à priver de la pension qui sert à le faire vivreet qui, dans plusieurs cas, est le prix sacré du sang?

Il faut éviter ce malheur et ce scandale, c'est-à-dire trouver un système qui donne toute sécurité financière à ces fonds. Lequel? Tout naturellement le recours à la providence visible, à l'État. L'État iTa-t-il pas un prestige magique? Ne jouit-il pas de la confiance universelle? Aussi, de même que les caisses d'épargne populaires versant leurs fonds à l'État, est-ce encore à lui que les grands industriels (le Greusot, Anzin et nombre d'autres) trouvent commode de s'adresser pour organiser des pensions de retraite, sans engager leur responsabilité morale et financière vis-à-vis de leur personnel.

C'est donc un courant sans cesse grossissant et d'une extrême violence qui porte tous ces fonds de la prévoyance dans les coffres du Trésor. Malgré leur libéralisme bien connu et leur répugnance très nette pour le socialisme d'État, les apôtres de la participation aux bénéfices ont cédé à ce courant : ils ont vu que le versement des fonds de la participation dans une caisse publique garantissait ces fonds contre les aventures et répondait à un véritable mouvement d'opinion. De là le projet qu'ils ont soutenu et qu'ils ont amené le gouvernement à présenter aux Chambres.

Ce projet, dont le but est excellent, a pour nous le tort de s'inspirer, quant au moyen, d'un système déjà regrettable, dont les dangers sont depuis longtemps signalés par les économistes et les hommes d'État soucieux du bon ordre de nos finances. On montre avec inquiétude les milliards de la prévoyance s'engloutissant dans les caisses de l'État, voilant la clarté de nos budgets, donnant, en temps normal, de périlleuses facilités aux ministres des Finances et pouvant, en temps de crise, déchaîner des paniques compromettantes pour le crédit national et l'esprit d'épargne. Si les fonds vont ainsi s'accumuler entre les mains de l'État, de quelles ressources disposera l'activité économique du pays? Que restera-t-il pour alimenter l'agriculture, le commerce et l'industrie qui le font vivre ?

Comme si la situation actuelle n'était pas déjà trop engagée dans ce rens, divers projets visent à étendre le système par la création d'une caisse d'assurances (obligatoire) contre les accidents, d'une caisse d'invalidité, d'une caisse de prévoyance (retraite, secours, participation aux bénéfices).

Cependant, les préoccupations qui ont amené leurs promoteurs à

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proposer ces caisses sont légitimes et veulent être satisfaites. Oui, ils ont raison d'exiger que l'épargne du peuple, que ses pensions soient à l'abri des chances d une gestion individuelle, plus ou moins aléatoire et aventureuse; mais ils ont eu tort, à mon sens, de conclure de ce besoin de garantie à la gestion de ces fonds par l'État. Ce que je critique, ce n'est pas — je le répète avec insistance — leur but, sur lequel on ne peut pas ne pas être d'accord avec eux, c'est le moyen qu'ils ont imaginé pour l'atteindre.

Quel est donc le parti qu'il convient d'adopter? Car ce serait une attitude trop commode que de se borner à condamner les solutions proposées, sans rien mettre à leur place.. Pour être efficace et profitable, la critique, après avoir fait le procès des systèmes en présence, est tenue de produire le sien et de démontrer qu'il échappe aux inconvénients de ceux qu'il prétend supplanter. Je ne crois pas pouvoir échapper à cette mise en demeure et je demande au Congrès la permission Je lui exposer sommairement un système d'organisation de l'assurance ou plutôt de la prévoyance^en général, qui permettrait de fermer graduellement les caisses publiques déjà consacrées à cet emploi et dispenserait d'ouvrir les nouvelles caisses en projet, notamment celles que réclament Dubois et ses amis.

Ce système s'inspire de diverses institutions qui existent actuellement à l'étranger, et, en particulier, de la Caisse nationale italienne d'assurance contre les accidents, dont je suis forcé de rappeler en quelques mots le mécanisme.

Par une féconde division du travail, les différents facteurs qui peuvent avoir une action dans les questions sociales, s'y trouvent associés, chacun dans son exacte mesure, sans qu'aucun d'eux empiète sur l'autre. C'est ainsi qu'on voit concourir harmonieusement l'Etat, les institutions de prévoyance et l'initiative individuelle. *

Les principaux rouages de la caisse n^tiônale ^assurance contré les accidents en Italie, ce sont les caissès»d'épargne des grandes villes. On sait que, dans ce pays, les cais^bs d'épargne ont des traditions séculaires et tiennent au sol par de puissantes racines; elles jouissent de la personnalité civile et, suivant l'heureuse expression de M. Luzzatti, « de Timpersonnalité maternelle»'. Elles n'ont ni actionnaires à e-nrichir, ni dividendes à distribuer. C'est à ce trésor de forces morales et dé popularité légitime qu'on a fait appel pour organiser la nouvelle assurance. Dix caisses d'épargne ont répondu à cet appel. Parmi elles se trouve celle de Cagliari qui a sombré, mais sans entamer la vitalité de l'institution collective. Cette combinaison

n'est donc pas à la merci d'un sinistre partiel. C'est là un fait d'expérience intéressant à noter.

Ces dix caisses ont formé un fonds de garantie de 1 ,5<><>,ooo francs ; elles ont, en outre, pris à leur charge tous les frais de gestion, et comme elles ne recherchent pas les bénéfices, elles ont pu réduire les tarifs à des taux très bas. Ellesont mis à contribution, pour rétablissement de ces tarifs, l'expérience des caisses les plus prospères de l'étranger, celle de la ./Préservatrice en France, de la caisse de Winterthur en Suisse, etc.

C'est ainsi que le taux moyen de leurs assurances ressort, en moyence, à 1 centime par jour et par tète. Tel est le prix pour lequel on peut assurer un ouvrier en Italie; ce taux est le cinquième de ce que lui coûte un petit journal quotidien; le dixième de ce qu'il paie pour le petit verre matinal.

Cette modération des tarifs a rejailli sur les compagnies privées, qui ont été obligées de se mettre à l'unisson.

Quant à l'État, il s'est réservé l'approbation des tarifs et dès modifications aux statuts; en échange,, il accorde des immunités fiscales pour les droits de timbre et d'enregistrement.

Une fois la caisse fondée et contrôlée, restait à l'achalander, à lui procurer des clients.

La prévoyance n'est pas, en Italie, comme ailleurs, assez développée pour que la plupart des intéressés s'assurent spontanément. Il faut, afin de les y décider, des intermédiaires bénévoles et dévoués, faisant pour ainsi dire l'office de « rabatteurs ». Ce rôle est admirablement rempli, vis-à-vis de la caisse italienne, par des « patronats », qui se sont donné la noble tâche de propager l'assurance. Ils se sont mis en rapport avec les chefs d'industrie et les ouvriers pour leur apprendre le chemin de la caisse nationale ; ils leur ont aplani les difficultés; ils ont même fait des avances pour le paiement des primes et ont prêté leur ministère aux ouvriers pour la liquidation des indemnités après accident.

Grâce à cet apostolat véritable, qui réunit les diverses classes dans une sorte de confrérie, patriciens et bourgeois côte à côte avec les ouvriers manuels, on a familiarisé les intéressés de Milan et de sa circonscription avec l'assurance contre les accidents.

D'autres patronats se sont fondés, à l'exemple de celui de Milan : à Gênes, à Palerme, à Turin, et par leur action féconde de grands résultats ont été obtenus dans ces villes. Aujourd'hui la caisse na-

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tionale italienne compte 160,000 assurés, dont les 3/5 ont été fournis par les patronats. Ce sont là des modèles qui méritent toute notre attention. Ils ont été signalés à celle du Sénat français par un bon juge, M. Léon Say, qui leur a rendu un éloquent hommage.

Rêvant pour notre pays un système pareil, je m'orienterais vers cette organisation ou, — pour prendre un type avec lequel nous soyons mieux familiarisés en France, — vers celui que nous présentent nos grandes compagnies de chemin de fer.

Comment a-t-on procédé pour les entreprises de transport ? On a combiné l'intervention des compagnies privées, leur souplesse, leur maniement direct du public, leur initiative, avec la tutelle de l'Etat, son contrôle et sa garantie. Les tarifs de chemins de fer, par exemple, ne sont pas à la merci de l'État : ils sont la propriété des compagnies; l'État a un droit d'homologation et de veto, mais il ne peut imposer un tarif déterminé.

Supposez qu'il en soit autrement et que l'État ait la dangereuse responsabilité de cette fixation. Aussitôt à quels tiraillements ne serait-il pas en butte! Les élections pourraient se faire sur cette question, des coalitions se nouer entre divers groupes d'intérêts et tout cela au grand détriment du budget. Dans un pays de suffrage universel, il est bon d'interposer des compagnies privées entre l'État et les intérêts, ou plutôt les appétits, comme un tampon qui amortisse le choc. L'avantage n'est pas moindre en matière de prévoyance qu'en matière de transp ott. Si la gestion de l'épargne et de l'assurance devient un service d'État, les électeurs seront tentés d'exiger l 'abaissement des primes, le relèvement des indemnités oti du taux de l'intérêt, le relâchement des restrictions inspirées par le souci des finances publiques. Le danger est analogue, les entraînements pourraient être les mêmes : la même digue doit leur être opposée.

Je voudrais que ces sociétés, que ces compagnies d'assurances fussent fégionalek. J'attache, je l'avoue, une grande importance à ce caractère. Étant régionales, elles se recruteraient avec des éléments locaux qui, aujourd'hui, restent trop souvent inertes et stériles faute d'emploi. Elles se constitueraient, comme en Italie, avec les principales caisses d'épargne de la région, qui possèdent, pour les administrer, un personnel de choix. C'est un grand honneur d'être administrateur d'une caisse d'épargne et l'on sait que cette fonction est remplie par les hommes les plus capables et les plus considérés.

Si je pouvais citer ici des noms propres et entrer dans quelques détails sur les caisses d'épargne que je connais, celles de Paris,

Lyon, Marseille, etc., vous verriez quelles précieuses ressources présente leur personnel le jour où l'on saura lui faire appel. De tels hommes sont tout préparés à jouer un rôle sur une scène plus vaste et apporteraient à la nouvelle institution, avec le concours de leur expérience, le capital de la confiance et de l'estime qu'ils ont su conquérir. A côté d'eux, il faudrait, au moins à titre consultatif, faire place à quelques ouvriers délégués.

Voilà donc constitué le conseil d'administration de ces grandes compagnies régionales. En ce qui concerne leur fonctionnement, elles seraient régies par un cahier des charges élaboré en Conseil d'État et soumises à un contrôle rigoureux, par exemple celui des inspecteurs des finances. De plus, — parce qu'il faut que ces caisses inspirent une confiance absolue sous peine de ne pas voir réussir l'œuvre entreprise — j'irais jusqu'à leur accorder la garantie de l'Était.

Dernièrement, nous discutions la question des caisses d'épargne dans une autre enceinte, et un éminent spécialiste, M. Mahillon, directeur de la caisse générale d'épargne et de retraite de Bruxelles, nous déclarait que la garantie accordée par l'État belge à cette caisse était essentielle au succès de l'institution, qui tomberait si elle en était privée \

Je crois que ce qui est vrai pour la Belgique l'est aussi pour la France, et je ne m'effraye pas de cette intervention. Si l'on a jugé nécessaire pour les compagnies de chemins de fer de recevoir la garantie du Trésor, il y a un intérêt au moins égal à accorder cette garantie aux fonds de la prévoyance.

Cette combinaison aurait l'avantage de soulager les attributions financières et les responsabilités morales et politiques de l'État, de lui épargner le choc direct des intérêts, de le renfermer dans son rôle supérieur de contrôle et de tutelle, d'allumer dans chaque région un foyer de vie sociale et de dévouement, tant par l'institution de la caisse régionale elle-même que par celle des patronats gravitant comme des satellites autour d'elle et faisant pénétrer partout la notion et la pratique de la prévoyance sous ses diverses formes.

Comme pour les grandes compagnies de chemins de fer, l'État, sans s'y astreindre en droit, s'abstiendrait, en fait, de donner la

(i) Société d'économie politique. Séance du 5 juillet 1889. (Voir Journal des Économistes, n° du i5 juillet i88<).)

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même investiture à plusieurs compagnies analogues dans une régions déterminée et de faire pour son compte ce genre d'opérations. Là où la compagnie régionale serait organisée, c'est elle qui remplirait désormais les attributions de la Caisse des dépôts et consignations vis-à-vis des caisses d'épargne, de même que celles de la Caisse nationale delà vieillesse et de la Caisse nationale d'assurance contre les accidents et en cas de décès. Ce serait, en un mot, la décentralisation des caisses publiques par région.

Le recours à ces caisses resterait facultatif, comme l'est aujourd'hui le recours à la caisse publique, dont elles sont la monnaie. Elles sci aient, — toujours comme celte caisse, — soumises à la concurrence des institutions libres, telles que Compagnies d'assurance, Sociétés d'épargne ou de retraite, Fournit, Prévoijants de V avenir 9 drain de bit'*..., et lutteraient contre elles à armes loyales, sans monopole, leur organisation étant combinée de manière à couvrir tous les frais et à laisser expressément nominale la garantie de l'État.

Ces caisses régionales ne différeraient pas seulement des caisses publiques actuelle^ par Leur décentralisation et par leur autonomie relative, mais encore par l'emploi de leurs fonds, <jui serait régional, comme elles le sont elles-mêmes. Au lieu que tout afflue à Paris, chaque région retiendrai! les fond qu'elle a produits. Quel emploi en ferait-elle? Libres de leurs placements sous le contrôle de l'État, les caisses régionales pourraient reverser les fonds reçus sur la région qui les aurait fournis. Il y aurait là une sorte de circuit bienfaisant. Émanés de la région, les fonds y retourneraient pour féconder le travail et les institutions de patronage, conformément à l'honorable initiative prise par les caisses d'épargne de Marseille et de Lyon, qui viennent de prêter, sur leurs réserves personnelles et dans des conditions de prudence absolue, leur concours financier à des entreprises de maisons ouvrières en pleine prospérité.

Ce système, qui parait en France une nouveauté audacieuse, est couramment pratiqué à l'étranger. En Belgique, en Italie, en Allemagne, en Autriche, en Espagne, en Suède, en Suisse, aux États- Unis, partout enfin, sauf chez nous, on sait donner aux capitaux d'épargne un emploi fécond sans les confier à l'État et sans les compromettre.

« La véritable force économique de l'Allemagne, dit un éminent économiste, M. Claudio Jannet, repose sur sa décentralisation financière et sur ses associations libres. Les caisses d'épargne y

emploient librement leurs fonds et les font fructifier en les prêtant aux propriétaires voisins, aux banques populaires, en sorte que les économies du peuple, au lieu de se perdre dans le gouffre sans fond du Trésor, fécondent les entreprises des cultivateurs et des artisans de la région \.. »

Ce même pays nous offre d'excellents modèles d'institutions régionales de prévoyance. Ce sont des caisses provinciales d'assurance contre l'incendie (obligatoires dans quelques États) et de crédit foncier (Lundschaften) *, des caisses centrales de crédit rural groupant les caisses locales dites liaffeisen 3 . Citons encore les grandes associations provinciales de paysans, les fiaiiernvereine, qui ont rendu les plus grands services aux classes rurales, non seulement au point de vue politique, agricole, fiscal, mais encore sous le rapport des institutions de prévoyance (assurances sur la vie, contre l'incendie, la grêle, etc.), dont elles ont appris et aplani l'usage à tous leurs adhérents. C'est certainement à l'intensité de cette vie provinciale et de ses institutions régionales que l'Allemagne doit une partie de sa solidité *.

Si, par une préoccupation purement politique, pour ne pas dire policière, le gouvernement allemand a adopté les corporations professionnelles s'étendant à tout l'Empire en vue d'organiser l'assurance des ouvriers de l'industrie contre les accidents, il est revenu à la division provinciale pour l'assurance des ouvriers attachés aux exploitations agricoles et forestières et pour l'assurance de tous les ouvriers contre l'invalidité et la vieillesse '\

(1) Le socialisme d'État, p. i/,5. — En i883, il y avait en Prusse 1,204 caisses d'épargne, dont 5oo fondées par des villes, 96 par des communes rurales, 270 par des cercles, 8 par des districts, 5 par des provinces ; 3 19 étaient des caisses privées. Elles emploient leurs dépôts : en prêts hypothécaires aux villes, aux communes rurales, aux corporations publiques; en prêts sur gages ou sur papier de commerce de premier ordre. — On en peut dire autant des autres pays.

(2) Voir les Appunfi di statistica e legislazione comparate sugli istituli di credito fundiario, par M. Sbrojavacca (Rome, 1884).

(3) C'est ainsi que la Landlische Cenlr alliasse de Munster groupe les 170 Spfirtftidffrlc/tnskassenvereine «le ];i Westphnlie.

(4) Claudio Jannet, Socialisme d'État, p. 189.

(5) Loi allemande du 11 juin 1889. « Les offices régionaux embrassent une province, un pays entier ou plusieurs petits Etats réunis, avec des statuts propres à chacun d'eux Leur conseil d'administration « i sl électif el composé en nombre égal d'ouvriers et de patrons assurés. » (Art. l\\ i\ 45 de la loi.)

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C'est aussi la division territoriale qui a servi do base à l'organisation des corporations sur lesquelles repose la loi autrichienne d'assurance contre les accidents.

On le voit par cette rapide excursion à l'étranger 1 , nos caisses régionales peuvent se réclamer de précédents considérables. Gomme dans ces payé, elles fourniraient un aliment à l'activité des hommes de bien et de dévouement, qui sont aujourd'hui condamnés à l'inaction dans leur province, et elles redonneraient, au point de vue des initiatives généreuses, une vie propre aux localités qui sont accoutumées à toujours attendre l'impulsion du centre. Il s'établirait entre elles une utile émulation pour le bien, chacune pouvant se mouvoir librement dans le cadre tracé par ses statuts.

Ces institutions serviraient, pour leurs régions respectives, de centres de direction et de propagande, semblables à ces c< comités de patronage » dont la loi du g août l88ç) vient tivs heureusement de doter la Belgique et dont il est grand temps de doter à son tour notre pays. Le contraste entre les résultats de notre Caisse officielle d'assurance contre les accidents, qui n'est ni ouverte ni fermée, et ceux de la Caisse nationale d'assurance italienne dont on a vu plus haut l'or-ani<ation, prouve la Supériorité de cet f o dornière pour parvoniran public. Une caisse officielle court grand risque de rester vide faute de clients ; elle ne sait pas les chercher et ses employés ne s'en soucient guère, tandis que la compagnie régionale, grâce à des comités gravitant autour d'elle à l'instar des « patronats » de Milan et de Turin, saurait atteindre sa clientèle jusque dans les plus petits ateliers et le$ plus humbles hameaux de la région.

Au lieu de l'action directe qu'il fait mal, l'État se bornerait au contrôle qu'il fait bien. On restituerait à l'industrie, à l'agriculture et aux œuvres sociales de la région les fonds qui proviendraient de l'épargne locale. Enfin, l'on tiendrait le juste milieu entre des systèmes radicaux et tous deux également dangereux, grâce à une combinaison qui concilierait la fécondité de la gestion individuelle avec la sécurité de la gestion par l'État, tout en échappant aux inconvénients de Tune et de Fautre.

Pour passera l'application, il n'est pas nécessaire d'embrasser au

(i) Voir sur le n'^iiih 1 autonome <l< i s eaissrs d'épargne dans tous 1rs pays la fotrte et substantielle étude dë M. Eugène Rostand intitulée : I^i Question d'emploi des fonds des caisses d'épargne ordinaires (Marseille, n, rue Nicolas, 1890).

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début tout le pays et toutes les attributions du système complet. En choisissant une région où la vie locale soit restée intense et dans cette région celui des services qui semblerait y rencontrer ses conditions les plus favorables, on pourrait tenter un essai partiel dont le succès, une fois acquis, serait contagieux.

Par exemple, serait-il bien difficile d'organiser dans tel ou tel district manufacturier ou dans tel ou tel bassin houiller un groupement des industriels qui, d'accord avec les institutions de prévoyance déjà existantes, se chargerait de la prévention et de la réparation des accidents moyennant des primes équitablement fixées? Une fois bien consolidée, cette première organisation servirait de noyau à la compagnie régionale, qui arriverait ensuite à se développer graduellement dans toute son ampleur. Ces essais modestes sont souvent le moyen le plus sûr de faire prendre une idée : on ne plante pas un chêne tout poussé ; on sème un gland.

Si le système que j'expose est bon, — et l'on me pardonnera de le croire tel, — il faut l'introduire le plus tôt possible dans les faits, soit par la grande porte de la loi, soit par la petite porte de l'essai local. L'important est qu'on se mette à l'œuvre. Honneur à la région, à la grande ville comme Lyon, Marseille, Bordeaux, Lille, Nancy, Rouen... qui se décidera la première à frayer la voie et qui prouvera le mouvement en marchant !

Partout l'attention s'éveille sur l'espèce d'apoplexie qui menace les pays trop centralisés ; partout perce le sentiment, encore mal défini, que si l'unité nationale a ses exigences, elle n'implique pas l'uniformité absolue des solutions et l'absorption des forces totales de la nation entre les mains de l'État. La combinaison que nous venons d'exposer au Congrès aurait l'avantage de détendre ce malaise, de donner une satisfaction à ce besoin, de diminuer la congestion au centre et de réveiller les extrémités engourdies.

Si l'on recourt à l'État toutes les fois que l'individu est convaincu d'impuissance, c'est au panthéisme d'Etat qu'on aboutit par une pente fatale. L'invahissement graduel et irrésistible de l'État découle logiquement de l'individualisme. Tout y mène, tout y pousse, de sorte qu'en dernière analyse, en face d'un État omnipotent, il ne reste plus qu'une poussière d'individus sans cohésion et sans liberté.

Pour échapper à ce danger, il n'existe qu'un moyen : c'est de faire appel à l'association, de quelque nom qu'on la désigne et pourvu qu'elle groupe en un solide faisceau des forces homogènes

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et convergentes de manière à faire, suivant le mot de Platon, ce de l'impuissance de chacun la puissance de tous ». L'association est la clef de toutes ces questions sociales contre lesquelles on se débat et dont on demanderait vainement à l'Etat la solution. Qu'on prenne contre elle des précautions, si Ton a peur de ses empiétements ou de ses abus, — sans aller toutefois jusqu'à l'étouffer ou à la garrotter sous prétexte de surveillance — ; mais qu'on ne l'écarté pas systématiquement au profit de l'État. Si les intéressés y gagnent de gérer leurs propres affaires, de son côté, l'Etat y trouvera le double avantage de soulager sa responsabilité et de contribuer à l'éducation administrative du pays.

Il importe de s'arrêter au plus tôt dans la voie du socialisme d'État. Quand on marche à un abîme, le mieux est de rebrousser chemin. Entre l'individu trop faible et l'Etat trop fort, le moment est venu de faire place à l'association, qui, pour l'objet de cette discussion, prendrait une forme déjà consacrée par des précédents en France et à l'étranger, celle de la Compagnie régionale de prévoyance

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