‹ Les Californies, l'Orégon, et l'Amérique russe [microforme]Chapitre 39 sur 42 · ILES DE LA REINE CHARLOTE · texte numérisé non relu

ILES DE LA REINE CHARLOTE

L'île de Washington ou de la Reine Charlotte gît entre les 54° et 52° parallèles ; elle affecte une forme presque triangulaire, et un canal dont la moyenne est de cinquante lieues environ la sépare de la terre ferme. Cependant de la pointe Rose, qui est la partie nord-est, à l’entrée Essinghton sur le continent on ne compte que quarante-cinq milles géographiques. Une petite île dont l’extrémité a reçu de M. Dixon le nom de cap Saint-James empruntait ce nom à la terre plus considérable dont elle est séparée par un étroit canal. L'île du Nord et l'îledu Hippa ont déjà changé de dénomination; du sud-sud-est au nord-nordouest, la grande île n’a pas moins de cent cinquante-sept milles géographiques.

ancouver, qui rectifia, des la fin du dix-huitième siècle, les données de son prédécesseur sur cette Île importante, sembla être moins au courant de ce qui a trait à la partie historique. Pour peu qu'on lise les observations laissées en

manuscrit par Quadra, il est hors de doute que cette grande île ait été vue par les Espagnols en 1774. Fleurieu en attribue donc à tort la première découverte au malheureux Lapérouse en 1786; à Dixon appartiendrait seulement l'honneur d’avoir déterminé sa position en 1787. Le navire sur lequel ce navigateur avait entrepris une expédition difficile portait le nom de l& Reine Charlotte ; il l’imposa à la plus grande des îles de cet archipel, connu dés lors chez les Anglais sous la dénomination de Queen Charlotte’s islands (1); plus

n Selon Vancouver le cap Saint-James git à 61° 68’ de latitude et 229° 6” 30” de longitude, quoique la carte de Dixon le place à 81° 48’ de latitude et 230° de longitude. Dixon donne

alement aux Îles de la Reine Charlotte une étendue en latitude de 2° 36’ et en longitude de 3° 24", et cette étendue, d’après les calculs de Vancouver, ne se trouve être que de 2° 22’en latitade et de 2° 7’ en longitude. Nous ne nous ra nue pas que le capitaine Belcher ait fait

’hydrographie des côtes de cette Île.

tard le capitaine Gray voulut qu’elle rappale Washington; et il serait à souniter que ce nom, qui réveille tant de nobles souvenirs, fût consacré uniquement par la géographie. L’archipel de Pitt se trouve situé entre cette Île et la terre, et l’on possède déjà des documents sur les localités que nous venns de nommer, la Compagnie de la baie d'Hudson ayant établi sur ce point l’un de ses comptoirs. On se procurera, du reste, dans le beau livre de M. Wilkes plusieurs renseignements géographiques sur cette partie de la nouvelle Calédonie si peu connue.

Bien que l’île Washington ou de la Reine Charlotte ait été pendant un temps le rendez-vous favori des marchands de fourrure américains, nous ne possédons sur son territoire et sur ses habitants (1) quelesrenseignementsles plus restreints.

Ces insulaires appartiennent bien certainement à la race qui peuple l’île voisine de Noutka, et le goût bizarre, mais original, qu'ils dénloient dans la fabrication de quelques ustensiles (2) indique une disposition innée pour les arts du dessin

(1) Dixon nous a donné la peinture du district qu'il regarda comme Île plus remarquable dans l'archipel ; c’est ce havre qu’il cs sous le nom de Banks, en l'honneur dusavant illustre dont le nom se répandait alors en Europe :

« Quoique fa perspective dans ce port ne soit pas étendue, dit-il, c’est le lieu le plus agréable et le plus pittoresque que j'aie vu sur la côte, La terre au nord et au sud s’élève assez haut et représente un tableau fidèle de l’hiver. queue les flancs des collines soient perpétuellement couverts de neiges, le grand nombre de pins qui élèvent leurt tètes superbes de toutes parts en rendent l'aspect moins affreux que celui des montagnes stériles que l’on voit au nordouest de la rivière de Cook. A l’est le terrain est beaucoup plus bas, et les pins y paraissent plantés avec la symétrie la plus régulière; ce qui, joint aux arbustes et aux arbrisseaux qui entourent le havre, forme un contraste agréable avec les terres plus élevées, et donne à l’ensemble un coup d'œil vraiment magnifique. » F’oyage à la côte nord-ouest, p. 279. Marchand dans sa relation donne une peinture assez étendue du district qu'il désigne sous le nom de Cloak Bay; ily trouva en état de pleine prospérité : le framboisier, le groseillier sauvage ou cassis, le rosier, le céleri, le persil, le pourpier, le cresson, da patience, la grande centaurée, l’ortie, une espèce de mauve, une sorte de fougère, dont la racine a le gout de celle de la réglisse, des pois croissant spontanément et semblables à ceux de la France, une reine marguerite, etc. Foyage autour du Monde, t. I.

(2) Poyez, entre autres, une pipe sculptée provenant des Îles Charlotte qui a été figurée par Choris dans son J’oyage autour du Monde.

que l'on rencontre chez la plupart des Indiens qui habitent ces régions. Mar.

chand, néanmoins, semble les considérer comme supérieurs aux autres aborigènes de la côte, qu'il désignait sous le nom de Tchfnkitäné. « Leurs traits sont réguliers, dit-il, et leur physionomie est à peu près celle des purs de l'Europe; leur peau paraît brune; mais s'ils étaient décrassés, et qu'ils s'exposassent moins au grand air et à l’imtempérie des saisons, leur couleur ne différerait pas de la nôtre. » Ajoutons que cette description concise est tout à fait d'accord avec celle que nous fournit Belcher, lorsqu'il parle des Indiens de Noutka,

En portant à cinq mille Ames le nombre d'habitants répartis entre les deux grands îles sur lesquelles nous nous ef-

orçons de réunir quelques détails, le |

commandant Wilkes donne approxi-

mativement le chiffre de la population |

indienne qui demeure à poste fixe dans les Iles Charlotte. Dixon, qui explora vers la fin du dix-huitième siècle toute la contrée dans un but d'intérêt purement commercial, ne paraît pas avoir rencontré de tribus s'élevant au delà de cent à cent vingt-cinq individus des deux sexes, Il fut émerveillé en même temps de la quantité de fourrures que

ces insulaires étaient parvenus à se pro"

curer. À A Ce des Européens, les moindres bagatelles suffisaient pour obtenir d’eux les plus belles pelleteries, et ils les jetaient même à l’envi sur le pont du navire, lorsqu'ils craignaient que le trafic ne pât pas se conclure assez rapidement. Ce fut ainsi qu’en moins d’une demi-heure les Anglais achetèrent trois cents peaux de castor de première qualité, et que le capitaine Dixon n'évalue pas à moins de mille huit cent vingt et une peaux de loutre le nombre des fourrures qu'il put recueillir durant cette campagne (1). :Ce qu’il y eut d’étrange sans doute, c'est que dans le trafic assez bizarre que l’on faisait avec ces Indiens, des ustensiles gros-

(1) Voyage autour du Monde, et principalement à la côte nord-ouest de l'Amérique, fait en 1785, 1786, 1787 et 1748, à bord du King George et dela Queen Charlotte par les capitaines Portlock et Dixon; trad, franç., 1 vol, in-49, avec fig,

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