‹ Les camées parisiens (volume 2)Chapitre 109 sur 128 · FRÉDÉRICK LEMAITRE · texte numérisé non relu

FRÉDÉRICK LEMAITRE

u'il fut beau! c'est avec une

v ^ > tête d'Apollon, avec la chevelure d'un dieu et avec un corps d'Antinotis souple comme celui d'Arlequin Protée qu'il jouait Edgard de Ravenswood et Robert-Macaire, et il n'avait eu qu'à s'habiller en Napoléon, sans rien changer à son visage réel, pour réaliser un Napoléon plus antique et plus idéal que celui de Gros et pareil à une pure médaille, car sa beauté était si

prodigieuse qu'elle pouvait même être portée avec emphase ! Plus tard, l'Ironie que ce grand railleur avait dans l'esprit modela son propre visage, éclairât ses cheveux sans rien leur ôter de leur élégante furie, ouvrit ses paupières toutes grandes, releva démesurément l'arc des sourcils, tira le nez en avant et en releva le bout, et des deux côtés de ce nez creusa deux rides violentes et railleuses; douloureusement abaissa les deux coins de la bouche, dont parfois un des coins se relève sans attendre l'autre, de sorte que cette bouche, alors tordue, a l'air de dire, comme celle de Marguerite d'Ecosse mourante : « Fi de la vie!

qu'on ne m'en parle plus ! » Et par instants, dans un rapide éclair, on voit redevenir olympien et héroïque ce visage fatigué par mille créations, mais qui d'ailleurs, même dans les contorsions et dans l'accablement, ne peut pas exprimer autre chose que la poésie et le génie, car avec lui comme avec Balzac, les galériens et les portiers eux-mêmes ont du génie !

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