MICHELET
Celui ci est un homme, une conscience.
Quelle vie, quelle animation, quelle flamme dans ce visage maigre, ridé, brûlé comme celui d'un missionnaire et d'un apôtre, sous cette forêt de longs cheveux blancs si vénérables et si rassurants à voir ! Sa bouche sans lèvres parle, menace, sourit, caresse, adore, discute, persuade; son regard voit, cherche, interroge, devine, suit les astres, perce les voiles* déchire les horizons, défie la nuit et le passé, et,
quand il est ravi dans une extase, s'épuise à contempler les choses qui ne sont pas encore. Cette face lumineuse, au menton voltairien, d'où vient le feu qui de tous les côtés à la fois l'embrase et l'éclairé ? De l'esprit, n'en doutez pas. Et si pour un instant le songeur se tait, c'est qu'il écoute les plantes soupirer et les oiseaux parler.
On a dit de lui : C'est un fou ! — Un fou en effet, comme Albert Durer et comme Dante, un visionnaire !
LÊONip'E LEBLANC
Les bras, le torse, les épaules et le sein d'une bergère-déesse de Coysevox.
Une expression languissante et suppliante.
Qui donc supplie-t-elle ? La Destinée, hélas ! — Cette enfant éblouissante et belle en la fleur de ses jeunes années nous ramène à Balzac, et nous fait songer comme le monstre Paris est féroce, puisqu'il a besoin de dévorer de telles créatures. Sa bouche est un fruit pourpré; sonnez aquilin avance un peu ; sa peau semble une caresse; ses yeux ont gardé les étonne-
mentsde l'enfance ! Avec leurs grands cils, leurs sourcils impérieux et purs, ces yeux, — saillants et pourtant allongés, — sont de velours noir. Quand elle baisse sa paupière transparente, à travers cette paupière on voit le feu noir de sa prunelle! — Un tas, un monceau de cheveux charmants.
Avant sa gloire, ses diamants, ses pendeloques, oh! qu'elle était plus attrayante encore ! Sans poudre de riz, noire, naïve et tous ses grands cheveux emmêlés, délicieuse alors, elle avait Pair d'une petite sauvagesse !
Mesdames, Cy finist la deuxième Douzaine des Camées Parisiens ; si elle ne vous a pas déplu en sa fierté de bijouterie naïve, f espère encore mieux de la troisième Douzaine, qui, résolâmenty va commencer par la représentation d'un dieu.
TROISIÈME DOUZAINE