‹ Les camées parisiens (volume 2)Chapitre 4 sur 128 · ALPHONSE DAUDET · texte numérisé non relu

ALPHONSE DAUDET

Une tête merveilleusement charmante, la peau d'une pâleur chaude et couleur d'ambre, les sourcils droits et soyeux.

L'œil, enflammé, noyé, à la fois humide et brûlant, perdu dans la rêverie, n'y voit pas, mais est délicieux à voir. La bouche voluptueuse, songeuse, empourprée de sang, la barbe douce et enfantine, l'abondante chevelure brune, l'oreille petite et délicate, concourent à un ensemble fièrement viril, malgré la grâce-féminine. Avec

ce physique invraisemblable , Alphonse ' Daudet avait le droit d'être un imbécile ; au lieu de cela, il est le plus délicat et le plus sensitif de nos poètes. Pourquoi n'estil pas né milliardaire comme Rothschild ?

Il ne lui en coûtait pas davange, pendant qu'il était en train de faire du paradoxe!

MADAME THIERRET

Une brune, — brune comme l'intérieur d'un tunnel. S'il n'était évident qu'elle est bonne enfant, elle semblerait terrible. On dirait que la vraie tête est ailleurs, et celle qu'on voit a l'air d'un mascaron joyeusement bouffon qui se moque avec esprit de la vraie tête. Les yeux, expressifs , quoique taillés en boule de loto , sont une rareté d'un effet heureux. La bouche, accentuée comme une épigramme d'Alphonse Karr, est entourée par le cercle

bleu de la barbe, car M mo Thierret a la barbe bleae, et se rase ! Le nez est interrogateur et caustique. Mais, en i8j 5, quand la future excentrique jouait Dafne dans Angeby que faisait-elle de cette barbe follement bleue? Victor Hugo a toujours eu l'art de tirer des acteurs l'impossible : peutêtre avait-on obtenu que M Ilie Thierret se fit épiler la barbe ! Comme son masque, sa voix singulière est un trésor pour les trouvères du Palais-Royal, car elle est à la hauteur des plus orageuses démences.

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