PAULINE VIARDOT
puissance de l'esprit, puissance
V/ de l'âme ! cette lèvre serait sensuelle, ce front, ce nez pareil à celui de la Malibran, ces yeux pensifs, mais avides d'émotion, exprimeraient l'appétit du bonheur réalisé, si la pensée souveraine ne transformait et n'idéalisait pas toute cette poétique figure. Et qui mieux qu' elle eût été Orphée, le charmeur des ruisseaux, des arbres immobiles et des tigres à la gueule san-
glante? Oui, quoique si évidemment femme et féminine , elle, est ellemême avec cette noire chevelure indécise, sous ce laurier sombre, sous ce blanc vêtement de héros et tenant à la main cette grande lyre d'écaillé. Et plus le sexe est indécis et plus elle est elle-même, aussi bien Sapho la poétesse que l'argonaute Orphée : ou plutôt elle n'est pas un être défini, elle est et doit être cet Ange médiateur, ce symbole vivant dont l'existence vraie et chimérique durera à travers tous les âges. Eloquente, passionnée, farouche, frémissante de l'amour du dieu, elle est cette vision à jamais immortelle et touchante : l'Être qui porte la Lyre !
Mesdames, Cy finist la Quatrième Douzaine des nouveaux Camées Parisiens, par le portrait de cette pieuse charmeresse qui a réveillé che\ nous le luth adorable du chevalier Gluck!
Et je ciselais cette dernière image attendrie, précisément à l'heure où, après s'être depuis si longtemps rendus indignes de la Poésie, les hommes
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de ce temps se sont rendus indignes même de la Musique! en acclamant, sous le nom trompeur de Chansons, des beuglements d'animaux en délire, vociférés dans des endroits où l'on boit une bière — brassée avec le buis tortu que le grand Lenôtre taillait classiquement en formes de turbans, de lions, d'obélisques et de pyramides.
Fin.
TABLE
PREMIÈRE DOUZAINE
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