‹ Les camées parisiens (volume 2)Chapitre 89 sur 128 · EUGÈNE GIRAUD ET SON FILS · texte numérisé non relu

EUGÈNE GIRAUD ET SON FILS

elui-là, Eugène Giraud, dont les

V-> portraits valent mille fois ceux que mon outil essaye ici de faire vivre, est bien l'homme de la peinture et de la poésie qu'il aime. Comme son œil aimable est brave! comme sa chevelure d'un dessin «bien accusé, comme son nez hardi, sa lèvre virile et affable, cette taille déliée, svelte et mince, et cette moustache, et ce bouquet de barbe si récemment devenu blanc par une co-

quetterie du hasard, sont bien d'un heureux capitaine d'aventure à la Dumas, fait pour triompher toujours en se jouant, intrépide comme une épée, gai comme une chanson, ingénieux et varié comme les tons délicieux d'une riche palette ! Et son jeune fils dont la beauté est comme un superbe épanouissement de force et de joie, avec son œil calme, son cou robuste, son visage de lutteur où foisonne un léger duvet, et sa chevelure bouclée, aux larges masses gracieuses et farouches, nous donne l'idée de ce que fut Héraclès enfant lorsque le vigilant Eurytos lui enseignait à tendre l'arc et lorsqu'Eumolpos Philamonide l'instruisait à assouplir ses doigts sur la lyre de buis !

M m « ARNOULD-PLESSY

es traits aristocratiques dans le

-L-/ vrai sens du mot, c'est-à-dire d'un grand caractère et faits pour les apothéoses durables de la Statuaire. Ces yeux proéminents et si bien fendus, ce nez un peu long, à la bosse spirituelle, ces lèvres épaisses, minces du haut, fortement arquées et formant une toute petite bouche, ce menton fin, mais où pourtant la chair s'affirme, ce contour du visage qui échappe à l'ovale vulgaire, méritent que le sculpteur couronne sa belle tête d'une de ces coiffures immor-

telles et compliquées, faites de touffes, de tresses et de boucles, comme celle de la Diane de Poitiers, que le génie seul invente et qui semblent avoir existé réellement, tant elles sont plus vraies que la nature ! Oui, c'est ainsi que les Germain Pilon, les Jean Goujon et les Coysevox représentaient dans leur gloire les amantes des rois, grandes, fières, portant sur leur cou divin quelque joyau étrange et tenant dans leur longue main, aux doigts en fuseau, Tare d'or de la déesse Diane. A la Comédie, Sylvia, Célimène et Cydalise, madame Plessy (qui de son vrai nom se nomme Sylvanie) a toujours l'air .d'être prête à dire au héros qui va entrer les mots magiques : « Je vous aime, » avec toute l'affectation qu'ils comportent, et nous devinons sans peine qu'en l'affaire dont il s'agit, ce Dorante ou ce Mario sera tout bêtement un Jocrisse, malgré sa triomphante mine de Chérubin adoré et son merveilleux habit luisant, sur lequel vient d'éclore tout un jardin de fleurs !

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