‹ Les camées parisiens (volume 2)Chapitre 91 sur 128 · LA FEMME AU PERROQUET · texte numérisé non relu

LA FEMME AU PERROQUET

out le monde a vu passer dans les

A rues du quartier latin une femme, quelque chose, un fantôme dont l'aspect inouï vous prend aux cheveux et vous traîne vivant dans la vague nuit du Rêve. La tête étroite, terreuse — elle est coiffée d'un vaste chapeau qui a dû appartenir à madame de Cayla, — est d'une invraisemblance shakspearienne (le crâne a disparu, usé sans doute par la lime du temps !) et s'est réduite à la

simplicité des bonshommes au trait que dessinent les enfants épris de chimères.

L'œil regarde où regardent les yeux des statues. Le corps : un piquet sur lequel flotte un tas de haillons divers, devenus harmonieux à force de traîner dans la pluie du ciel ! Et sur sa main, couleur de terre brune, d'où toute chair est

rsonnel porte un

• Il

perroquet, un perroquet vivant qui, peut-être, a baisé les lèvres roses de la Pompadour. Oh! quelle ode triomphante à la gloire du Superflu, cet oiseau de flamme et d'émeraude promené par cette ombre qui, elle-même, n'existe pas, et qui a un oiseau !

LES CLOWNS PRIGE

oiffés de toupets rouge feu et bleu

faïence, tachetés de chrôme et d'écarlate, vêtus de maillots où tantôt flambent Orion et Sirius, où d'autres fois brille une Lyre absurde, ils s'envolent dans les airs, se prennent, se mêlent, retombent sur le front l'un de l'autre, deviennent un monstre à deux têtes, jouent du violon au milieu de tout cela, s' effacent comme des fantômes, reparaissent étincelants de paillet-

tes et d'astres ; puis, de nouveau, sont lancés, flèches vivantes, par je ne sais quel Arc invisible; et ces adolescents aux visages de Deburau-Apollon flânent violemment dans l'éther, comme des oiseaux, avec le sérieux d'une satisfaction enfantine. Parfois, — nous l'avons tous vu, — ils jouent et se désarticulent le même soir à Paris et à Marseille; j'imagine qu'ils sautent de l'une à l'autre de ces villes, grâce à leurs bonds prodigieux. Des réalistes expliquent cette ubiquité des Price en prétendant qu'ils sont quatre au lieu de deux; mais je hais ces transformations bourgeoises des faits surnaturels ! Ajoutez que nos deux clowns sont peintres, musiciens, gentlemen accomplis, et qu'ils lisent dans son propre idiôme. . . qui ? le poète des poètes, Homère!

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